Discours de Berta Cáceres, leader paysanne et indigène du Honduras

Discours de Berta Cáceres, dirigeante de COPINH. Lauréate du Prix Goldman de l’Environnement. Opéra de San Francisco, le 20 avril 2015

Merci à Global Witness et merci à toutes les personnes qui nous rendu possible cet espace de partage. Aujourd’hui, selon le temps long, celui de nos calendriers sacrés, est un jour important signalant la voie que nous devons continuer dans le monde.

Je voudrais commencer par dire qu’en tant que Lenca, en tant que COPINH, en tant que Hondurienne, nous condamnons la présence du Président Juan Orlando Hernández dans ce pays avec le but de continuer à vendre notre souveraineté, nos territoires. C’est ce qu’il fait en faisant la promotion du Partenariat pour la Prospérité ici aux États Unis.

C’est précisément à cause de ce qui est devenu une politique d’état que nous vivons une situation de conflictualité environnementale profonde au Honduras. Celle-ci fait partie d’un contexte plus large de crise politique, économique, culturelle et sociale.

Les luttes et les conflits environnementaux ne peuvent pas se limiter à des actions pour soigner les potagers. Il ne peut pas en être ainsi. C’est beaucoup plus complexe. Nous vivons dans un pays d’enclaves où plus de 30 % du territoire a été cédé à l’exploitation minière transnationale, où il est prévu de construire plus de 300 projets hydroélectriques, où un énorme coup de pouce a été donné au tourisme de masse aux mains destructrices du grand capital. Un pays où voient le jour de projets aussi aberrants que les Zones d’Emploi et de Développement Économique (ZEDE), une autre façon de vendre nos ressources naturelles. Où il existe des projets d’énergie soutenus par la vision néolibérale, pour laquelle celle-ci est uniquement utilisée pour favoriser les intérêts du grand capital et cesse d’être un droit humain des peuples.

On veut nous faire croire que le Partenariat pour la prospérité apportera une solution au problème de la migration, alors qu’il n’est que le produit de l’injustice structurelle existante au Honduras.

Le coup d’État de 2009 est venu renforcer cette économie d’enclaves minière, financière, énergétique et touristique ainsi que le pillage de nos rivières et de nos territoires. Aucun de ces projets n’a respecté le droit des peuples indigènes à une consultation préalable, libre et informée. Au contraire, ce qui a été mis en place c’est une politique de criminalisation, de répression, de menaces, d’enlèvements, de disparitions, de lynchage, de harcèlement sexuel, d’agressions à nos familles, à nos communautés et à nos leaders.

Je pourrais parler de mon cas personnel, mais je tiens à dénoncer ce qu’éprouvent des nombreux militants sociaux, des journalistes, des écologistes, des Afro-Honduriens, des femmes, des féministes. Tous ceux et celles qui osent contester le projet de domination qui s’impose au Honduras.

Je tiens à dire que l’engagement de COPINH est le même depuis 22 ans. L’engagement de nos 200 communautés est de continuer à défendre l’eau, les rivières, les territoires et la souveraineté territoriale, spirituelle, économique, ainsi que la souveraineté de nos corps.

Cette reconnaissance de Global Witness est très importante. C’est une reconnaissance collective. L’observation et le suivi des organisations internationales sont très importants pour nos luttes. Merci. Nous retournons au Honduras pour poursuivre la lutte pour notre dignité et nos vies.

Selon la cosmovision du peuple Lenca, nous sommes des êtres de la terre, de l’eau et du maïs.
Nous sommes les dépositaires ancestrales des rivières. Les esprits de jeunes filles nous apprennent que donner la vie pour la défense des rivières c’est, à bien des égards, donner la vie pour le bien de l’humanité et de la planète.

Réveillons-nous, humanités ! Il n’y a plus de temps à perdre.

Nos consciences se réveillent en contemplant la destruction et la prédation capitaliste, raciste et patriarcale.

La rivière Gualcarque et d’autres rivières qui sont gravement menacées nous appellent. Nous devons répondre à cet appel.

Notre Terre mère, militarisée, clôturée, empoisonnée, témoin de la violation systématique des droits fondamentaux, nous exige d’agir.

Construisons des sociétés capables de coexister dans la justice et la dignité. Unissons-nous et gardons l’espoir dans la défense du sang de la terre et des esprits.

Je dédie ce prix à tous les rebelles, à ma mère, au Peuple Lenca, à la communauté de Rio Blanco et aux martyrs de la défense de ressources naturelles au Honduras.


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