« All residents, can you please move out all immigrants (makwerekwere)
from your yards/houses before end of this week ? We are sick and tired of them.
THIS IS A WARNING LETTER. Anytime is tea time. You know what is
going to happen if you don’t do the right thing [1]. »
Si l’on connaissait bien la longue histoire de violence des rapports sociaux
et politiques en Afrique du Sud, l’opinion internationale n’avait certainement
pas pris la mesure, avant les événements de mai 2008, de l’hostilité d’une partie de la population sud-africaine envers ceux qu’elle désigne d’un mot
du parler zoulou des villes, les amaKwerekwere, littéralement « les barbares ».
Épisode pourtant relativement prévisible d’une longue liste d’agressions
et de mobilisations contre les étrangers remontant au début des années 1990,
la série d’émeutes qui s’est étendue du 11 au 23 mai dernier, appelle, plusieurs
mois après les événements, un retour « à froid » tant sur leur enchaînement que
sur leurs implications en termes de politique migratoire. Les informations
disponibles aujourd’hui – les premiers résultats d’enquêtes policières, parlementaires
et d’ONG de recherche – commencent à dévoiler les conséquences
de la durable négligence, par les autorités, face au sentiment xénophobe,
d’un manque patent de coordination interministérielle et de l’impéritie de
municipalités et de provinces largement oubliées dans les réformes successives
de la politique de l’immigration.
Sept mois après ces événements, le caractère hétéroclite des analyses auxquelles
les émeutes de mai 2008 en Afrique du Sud ont donné lieu est frappant.
Cette hétérogénéité est révélatrice des lacunes de la recherche sud-africaine
sur le lien entre xénophobie, racisme et violence [2], mais elle est aussi plus
largement le reflet d’un champ scientifique international parcouru de désaccords
sur l’objet à considérer (violence ou conflit, ethnicisation ou rationalité) et sur
les manières de l’appréhender [3]. Le présent article tente, suivant la démarche
de Brubaker et Laitin, de confronter des « façons différentes de poser les questions
» et reprendra globalement la division proposée par ces auteurs entre
approches inductives, soucieuses de saisir les mécanismes de développement
de ces violences, approches « théoriques » inspirées du choix rationnel et enfin,
approches culturalistes au sens large ; comme eux, il plaidera surtout pour une
désagrégation des phénomènes de violence observés, non pour nier la pertinence
de leur regroupement sous le qualificatif de « xénophobie » en Afrique
du Sud (encore qu’il reste à discuter), mais pour mieux mesurer la spécificité
de ce type de violences par rapport aux nombreuses autres formes de violences
qui ont marqué l’histoire sud-africaine [4].
L’article commence par circonscrire et replacer le phénomène étudié dans
le contexte de la gestion postapartheid des flux migratoires et dans celui d’un
environnement de faible capacité de l’État, de crise de succession politique
et de creusement des disparités socio-économiques. Au-delà du bilan humain
dramatique et de ce que l’on sait aujourd’hui de l’enchaînement des faits,
l’article envisage les principales approches analytiques adoptées en soulevant
un certain nombre de questions. Il s’achève sur une analyse de l’impact
de la « crise » et de sa gestion sur le repositionnement des acteurs et des
groupes politiques dans le référentiel migratoire sud-africain.






