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Brésil et Proche-Orient

« Un nouveau joueur dans la partie »

Radio France International (RFI), 15 mars 2010.

Un dossier réalisé par Valérie ROHART sur la tournée de Lula au Proche Orient.

Avec la participation de François Polet, chercheur au Centre tricontinental.

MP3 - 6.1 Mo

En Israël, Lula appelle Israéliens et Palestiniens à rêver de paix

Luis Ignacio Lula da Silva rêve de paix. Le président brésilien est au Proche-Orient pour transmettre ce message aux Israéliens et aux Palestiniens. Lui-même se rêve en acteur de cette paix. Avec ce voyage de trois jours en Israël, dans les Territoires palestiniens puis en Jordanie, Lula souhaite aussi s’imposer et imposer le Brésil comme acteur déterminant sur la scène internationale, avec comme objectif final, un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

14/03/2010 - Brésil

Lula au Proche-Orient pour faciliter le dialogue israélo-palestinien
Luis Ignacio da Silva en avait fait l’expérience en 2003 : au Proche-Orient, mieux vaut peser chaque mot, chaque pas, chaque rendez-vous. A l’époque le président brésilien s’était rendu dans les Territoires palestiniens sans faire étape en Israël. Négligence qui avait été très modérément appréciée du côté israélien. Depuis Lula a appris que la politique à l’égard de la région doit être scrupuleusement équilibrée. Il a donc commencé sa tournée par Israël, a enchaîné sur les Territoires palestiniens pour finir mercredi 17 mars 2010 en Jordanie.

Le président brésilien tente de s’imposer

C’était la première visite d’un président brésilien en Israël. Le programme était donc incontournable : rencontre avec le président israélien Shimon Pérès, le Premier ministre Benyamin Netanyahu, discours à la Knesset, dîner officiel, visite du musée de l’Holocauste et plantation d’un arbre dans le parc de Jérusalem.
Lula avait décidé de faire de son discours à la Knesset, le temps fort de sa journée en Israël. C’est là qu’il a appelé les Israéliens et les Palestiniens à rêver comme lui de paix, à engager un dialogue. Il a pris l’exemple du Brésil qui vit depuis 135 ans en paix dans une région libre de toute arme de destruction massive.
Dans les Territoires palestiniens, Lula l’a dit à la tribune de la Knesset, il est venu pour écouter les Palestiniens.

Lula en médiateur de paix ?

Si le président brésilien est si attentif à l’équilibre diplomatique entre les deux parties, c’est qu’il veut s’imposer comme homme de paix dans la région. S’il y parvenait, ou du moins, si sa médiation pouvait se targuer de quelque succès, le Brésil pourrait réclamer plus haut, plus fort et surtout avec peut-être un peu plus de chances d’aboutir, le siège permanent qu’il réclame au sein du Conseil de sécurité, pour le moment sans succès. La relation économique que le Brésil est en train de nouer avec les pays de la région en sortirait aussi renforcée.


16/03/2010 - Dossier Proche Orient

Lula en visite au Proche-Orient

Mais l’objectif premier de cette tournée proche-orientale du président Lula c’est d’abord d’imposer la diplomatie brésilienne comme partenaire incontournable de la résolution du conflit israélo-palestinien. Pour cela, le Brésil a un atout majeur : être un pays neuf, un pays qui n’a aucun passif ni avec l’une ni avec l’autre partie, un pays neutre, même si Israël soupçonne le Brésil d’être un peu plus favorable aux Palestiniens.

Mais la médaille a un revers : si le Brésil est un pays neuf dans la négociation, il n’en a pas l’expérience et au moment d’entrer dans la phase délicate, le manque de liens particuliers, d’interlocuteurs privilégiés pourrait se transformer en sérieux handicap.

Le style Lula

D’autant que la position du Brésil sur la question palestinienne n’est pas particulièrement novatrice et surtout elle s’inscrit dans le strict respect des décisions de l’ONU. En 1947, il a voté la partition et la création d’un Etat israélien, en 1975, il a voté la résolution qui apparentait le sionisme à du racisme. Aujourd’hui le Brésil plaide donc pour deux Etats indépendants, le partage de Jérusalem et une compensation financière pour les réfugiés palestiniens.

Mais pour François Polet, chercheur au Centre tricontinental, « les positions brésiliennes ne s’écartent pas radicalement des positions occidentales, mais c’est dans la manière d’arriver à ce résultat que les Brésiliens font apparaître leur style plus personnel et notamment dans le fait qu’ils veulent inclure tous les acteurs du conflit dans la négociation et c’est là qu’il y a une divergence avec les Etats-Unis, sur la question de l’Iran ».

En effet, s’il y a un dossier sur lequel, le Brésil fait valoir sa position de pays non-aligné, c’est bien celui-là. Lula continue de prôner un dialogue constructif avec l’Iran. En novembre dernier, il a accueilli Mahmoud Ahmadinejad peu après Mahmoud Abbas et Shimon Peres. Mais si Israël désapprouve cette politique qui contribue à bloquer d’éventuelles nouvelles sanctions contre l’Iran, le gouvernement israélien y trouve aussi son compte, car le Brésil devient en quelque sorte, le seul interlocuteur de l’Iran sur la scène internationale.

Lula : un Bill Clinton brésilien ?

Reste que cette tournée proche-orientale de Lula arrive bien tard. Son mandat s’achève à la fin de l’année. Mais d’une part, la diplomatie brésilienne est très stable. Quelque soit le vainqueur de la prochaine élection présidentielle, la position du Brésil ne changera pas du tout au tout. D’autre part, Lula se voit bien en médiateur au-delà de son mandat. Un Bill Clinton brésilien car tous les observateurs sont unanimes : son charisme, sa capacité à négocier, à dialoguer avec tout le monde, à trouver des compromis, en font un médiateur idéal.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.