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Maroc

Succès du Forum Social Maghrébin

Le « Forum social marocain tourné vers le Maghreb, l’Afrique pour un Monde meilleur », les 25, 26 et 27 janvier à Bouznika au Maroc, a remporté un beau succès à la fois par son contenu et par sa fréquentation, près de 1500 participants, soit le double de celle attendue.

Le Forum Social Maghrébin (FSMagh), en gestation depuis trois ans, devait initialement se tenir dans les mêmes dates à Nouakchott en Mauritanie, où depuis le coup d’Etat militaire de 2005 se profilait un dégel de la société civile. Or, voilà quelques semaines, le nouveau gouvernement mauritanien a décidé souverainement de « reporter » le FSMagh. Malgré les difficultés de tous ordres, parmi lesquelles l’autonomie du FSMagh par rapport aux pouvoirs nationaux n’est pas des moindres, un Forum social transversal au Maghreb a finalement été organisé au Maroc en remplacement. Diverses rencontres se sont tenues par ailleurs à Alger et Nouakchott.

Parmi les réussites à mettre à l’actif de la rencontre, un débat public sur les droits humains au Maghreb a réuni la quasi-totalité de la Coordination Maghrébine des Droits humains (Comdh), qui déjà avait été créée lors de « l’Assemblée préparatoire » du FSMagh à Bouznika en janvier 2006. A l’issue de la réunion, Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des Droits de l’homme, sourit : « l’année 2008 verra certainement le décollage de la Comdh ».

Autres succès majeur à mettre à l’actif du Forum Social de Bouznika, la coordination des mouvements travaillant sur les flux d’immigration entre Afrique subsaharienne, Maghreb et Europe, continue de progresser. Egalement, la question du Sahara Occidental a pu être discutée avec l’ensemble des acteurs concernés, pour la deuxième fois au Maghreb, le précédent ayant eu lieu lors de l’Assemblée préparatoire du FSMagh de janvier 2006.

De fait, le Forum Social a permis utilement l’expression, voire la confrontation, des identités et mouvances politiques qui travaillent le Maghreb : pro- ou anti-indépendantistes sur la question du Sahara Occidental, courants amazighs et arabophones, tendances de gauche et d’extrême gauche… Et bien sûr, omniprésent, transparaissait la ligne de fracture entre militants démocrates laïcs et ceux d’identité politique musulmane et islamiste, tous réunis pour le forum malgré l’absence des figures de proue des partis islamistes qui avaient focalisé l’attention lors des élections marocaines de l’automne dernier. Les mouvements jeunes et des quartiers populaires présents, forts d’un travail social et éducatif local impressionnant, s’accommodaient quant à eux assez naturellement d’une juxtaposition des militants de sensibilités diverses, comme l’ont prouvé les associations présentes, notamment RESAQ, réseau des associations de quartiers et bidonvilles du Grand Casablanca, forte de 400 participants au Forum de Bouznika.

Rares étaient les Libyens présents, « en raison de la faiblesse de la société civile dans ce pays », résume le Marocain Kamel Lahbib, fondateur de l’Espace associatif à la fin des années 90 et plus récemment du Forum Alternatives Maroc (FMAS), une organisation pivot dans l’organisation du Forum. Le secrétaire général de la Ligue des droits humains libyenne, Sliman Bouchuiguir, lui, ironise en tribune sur la situation des militants de son pays : « Pardon de ne savoir bien parler, en Libye nous avons d’abord appris à écouter… En Libye, nous ne réclamons pas des élections libres, mais simplement des élections, même truquées. »

La représentation algérienne était quant à elle source de batailles politiques en amont du Forum du fait de tensions autour notamment du « Forum Social Algérien », association dont la légitimité contestée. Une « deuxième délégation », composée particulièrement du RAJ (Rassemblement Actions Jeunesse) et du Collectif des familles des disparus a fait entendre cependant à Bouznika les voix des mouvements sociaux et revendications démocratiques algériennes. Les syndicats autonomes de la fonction publique, qui préparent d’importantes grèves nationales en Algérie du 10 au 12 février prochains, étaient absents.

A l’issue des assemblées des mouvements sociaux, du dimanche matin, deux communiqués transversaux ont été produits. L’un proteste contre le refus d’entrée sur le territoire marocain opposé à Khemais Ksila, secrétaire général de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme attendu à Bouznika. L’autre appelle à une journée de solidarité maghrébine le 15 février avec Gaza assiégé, et demande l’envoi d’une délégation par le Conseil international des forums sociaux à la frontière palestino-égyptienne ce jour-là.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.