En 2004, l’Afrique du Sud a célébré ses dix ans de démocratie.
Souvent érigé en modèle de transitologie, le cas sud-africain est moins
associé, depuis quatre ou cinq ans, par ses observateurs à l’idée de « miracle »,
pourtant omniprésente dans les discours politiques et scientifiques de la fin des
années 1990. Si la thèse de la « fragile stabilité » doit encore être vérifiée,
force est de constater que la croissance économique et un rayonnement diplomatique
dépassant le continent africain ne parviennent pas à faire oublier un
taux de chômage touchant près d’un actif sur deux, la propagation du sida et la
montée en puissance d’une économie informelle, source de précarité. En outre,
la question sociale particulièrement complexe que l’on peut recomposer à
partir de ces quelques éléments se confond, depuis le début du siècle, avec la
réaffirmation d’une contestation sociale qui emprunte souvent le chemin de la
violence protestataire. Les années 2000 ont ainsi vu se multiplier les mobilisations
hostiles aux politiques menées par les gouvernements que dirige l’African
National Congress (ANC) depuis 1994. C’est à ces mouvements et aux structures
qui les encadrent que cet article est consacré. Plus précisément, il s’agira
de mettre en perspective l’émergence de ces nouvelles organisations à travers
l’analyse des reconfigurations successives dont a fait l’objet l’espace des mouvements
sociaux ; espace dont on interrogera également le rapport à un champ
politique qui a connu – et connaît encore – de profondes mutations.