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Libye

Pouvoir insaisissable des comités révolutionnaires, tribalisme et espoir de recomposition d’un Etat démocratique

En Libye, comme dans la plupart des pays musulmans, le poids des tribus (Kabayales), ou le régionalisme, constituent des réalités sociales et politiques dont il faut tenir compte. En effet, d’un pays à l’autre, l’influence des structures tribales néo patriarcales se fait sentir de manière différenciée, dans la vie politique et sociale. C’est le cas, de l’Irak, de la Jordanie et de la plupart des pays du Golfe. En Libye, certaines tribus « nationales », comme les Warfalla (région du Fezzan et du Sud libyen), les Zenata (à l’Ouest de Tripoli), les Zouwaya, les Magariha (Ouest de la Libye) et les Gadhadfa (tribu du colonel Kadhafi implantée à Syrte et au Sud de Benghazi), les Beni Slimanes (Sud du pays et dans les oasis), les Bara’isa (à l’Est) contrôlent des zones territoriales bien délimitées depuis des siècles.

D’autres tribus libyennes sont « transnationales » ; c’est le cas des Toubous, qu’on retrouve à la frontière entre la Libye et le Tchad ; des Touaregs Tamacheks qui se répartissent entre la Libye, le Niger, le Mali et l’Algérie ou encore les Berbères (Amazigh) vivant dans les montagnes à Ouest de la Libye, près de la Tunisie. L’ensemble des tribus libyennes (nationales et transnationales) est évalué, par les spécialistes libyens, à environ 140 entités tribales, dont certaines ne dépassent pas la taille d’un clan (‘Achira, pl. ‘Achair)) moyen, comptant quelques dizaines de familles.

Cependant il faut préciser que les tribus « nationales » libyennes qui comptent réellement dans l’échiquier libyen ne dépassent pas la trentaine. Ces entités sont représentées à tous les niveaux de la vie publique et des institutions étatiques libyennes : Armée, Affaires étrangères, Intérieur, Police et Comités révolutionnaires institués par le colonel Kadhafi.
Néanmoins, les 41 ans d’exercice du pouvoir par Kadhafi ont eu pour conséquence de marginaliser et d’affaiblir les institutions étatiques et la société civile (notamment les syndicats, les organisations de défense des droits de l’Homme, etc…). L’Etat libyen s’est progressivement éclipsé pour revêtir un caractère impersonnel similaire à l’a-étatisme. En d’autres termes, le pouvoir étatique a cédé la place à des comités révolutionnaires tentaculaires mais sans attributions légales répondant aux exigences des structures juridiques modernes, notamment au niveau de la séparation entre la gouvernance et l’exécutif.

Ce flou juridique qui a entouré les comités révolutionnaires, a essentiellement servi au renforcement du pouvoir de Kadhafi, donnant l’illusion d’une gestion des affaires publiques par l’ensemble des 6,5 millions de Libyens. Mais, en réalité, l’instauration de ce système « révolutionnaire », n’a abouti qu’à la mise en place d’une combinaison de pouvoirs entre les mains du colonel Kadhafi et d’une oligarchie qui a réussi à contrôler les fabuleux revenus de la rente pétrolière (1,6 million de barils par jour) et les a souvent dilapidé dans des dépenses de prestige (grande rivière artificielle, armes sophistiquées, financement de dictateurs africains et autres, propagande, etc.…). Finalement ce système mis en place par Kadhafi a abouti à l’instauration d’un Etat « insaisissable », ce qui est une curiosité dans le régime du droit international.

Aujourd’hui, l’ensemble des tribus les plus importantes et qui jouent un rôle dans la vie politique libyenne, comme les Warfala ou les Zouwaya (dépassant un million de membres), ont pris parti contre Kadhafi. Ce dernier bénéficie encore du soutien des tribus minoritaires de Syrte, mais l’ensemble du pouvoir et du territoire libyen lui échappe progressivement au profit des opposants. Une question reste ouverte, c’est la position des Touaregs libyens qui restent divisés et hésitent à soutenir ouvertement Kadhafi. Ces Touaregs maîtrisent les espaces désertiques aux confins du Niger, de l’Algérie et surtout du Mali où Al-Qaida (AQMI) opère par le biais d’éléments aguerris venant de tout le Maghreb, dont la Libye.

Sur le terrain Libyen, la révolte des jeunes s’organise et fait appel à des personnalités, non compromises avec le clan Kadhafi, pour les diriger vers l’établissement d’une nouvelle organisation étatique, en phase avec les sociétés modernes démocratiques et respectueuses des droits de l’homme.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.