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Ouïgours. « Un système de détention préventive » des musulmans chinois

Rebiya Kadeer est née au cœur du Xinjiang. Elle a 71 ans. En 1995, alors qu’elle conduit une brillante carrière d’entrepreneure, le gouvernement chinois l’envoie comme déléguée à la Quatrième conférence mondiale sur les femmes des Nations unies qui se tient à Pékin. Deux ans plus tard, devenue membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois, elle participe à ce titre à l’audition de témoins des violences policières qui avaient fait plus de 170 morts dans la ville de Ghulja, dans le nord-est du Xinjiang. Elle décide de dénoncer à la tribune de l’Assemblée le rôle des policiers responsables de cette tuerie. Par ailleurs, elle refuse de condamner son second mari, l’intellectuel Sidik Rouzi qui, à l’issue d’une peine de dix années de camp de travail, s’est réfugié aux États-Unis où il multiplie les déclarations critiques à l’encontre du pouvoir. Devenue persona non grata, Rebiya Kadeer n’est plus réélue à la Conférence consultative.

Que l’autonomie soit appliquée

Considérée comme une opposante, elle est condamnée en 1999 à huit ans d’incarcération, dont deux qu’elle passera à l’isolement total et dans l’obscurité. Finalement, elle voit sa peine réduite d’un an pour « bonne conduite » et « problème de santé » et sort de prison en 2004, année où elle reçoit le prix Rafto pour sa défense des droits humains [1]. Cette libération semble s’être effectuée sous la pression des États-Unis, tout particulièrement de Condoleezza Rice, secrétaire d’État lors du second mandat de George W. Bush [2], et de la fondation Dui Hua [3]. Expulsée vers les États-Unis, elle y retrouve son mari et cinq de ses onze enfants. Les autres, vivant au Xinjiang, sont alors considérés comme des otages par le gouvernement chinois et servent de garants à la continuité de sa « bonne conduite ». En dépit des menaces qui pèsent sur eux, elle n’en poursuit pas moins son combat afin que cessent les discriminations et la répression envers les Ouïgours. En 2006, elle est élue présidente de leur Congrès mondial et depuis, comme elle le rappelle, « je me bats pour que la Constitution chinoise qui prévoit une autonomie réelle de la province soit appliquée. »

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Notes

[1Le prix Thorolf Rafto, souvent abrégé en « prix Rafto » est une récompense offerte chaque année à une personnalité ayant agi en faveur des droits humains.

[2Les organisations des droits humains telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch avaient critiqué les États-Unis qui, en échange de la mise en liberté de Rebiya Kadeer avaient consenti à retirer un projet de résolution de l’ONU condamnant sévèrement la façon dont les autorités chinoises traitent les minorités ethniques.

[3Organisation à but non lucratif ayant pour but d’améliorer la situation des droits humains au moyen d’un dialogue (dui hua en mandarin) entre les États-Unis et la Chine.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.

Rebiya Kadeer au Forum des Nations unies sur les minorités, Genève, 30 novembre 2011.
Rebiya Kadeer au Forum des Nations unies sur les minorités, Genève, 30 novembre 2011.

photo : Éric Bridiers/Mission des États-Unis à Genève