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Les deux racines de la colère haïtienne

Depuis juillet 2018, Haïti connaît une situation insurrectionnelle. Rues barricadées, circulation bloquée, activités commerciales paralysées : le pays est régulièrement mis à l’arrêt, parfois pendant plusieurs semaines. À l’origine de ce mouvement social inédit ici, la fusion de deux colères : celle contre la « vie chère » et celle contre la corruption, deux fléaux désormais identifiés comme soutenant un même système.

Vendredi 6 juillet 2018. L’équipe du Brésil, très populaire en Haïti, affronte les « diables rouges » belges en quart de final du Mondial de football. Le gouvernement profite de l’occasion pour annoncer une augmentation de 38 % du prix de l’essence. La mesure, longtemps cachée, fait partie d’un accord signé avec le Fonds monétaire international (FMI) le 25 février de la même année. Le plat pays l’emporte, Haïti se soulève.

En moins d’une heure, des barricades s’élèvent dans les rues de Port-au-Prince, la capitale, prémisses d’une insurrection urbaine qui dure deux jours, jusqu’au retrait de la mesure et à la démission du premier ministre. Mais la colère ne retombe pas : un mois plus tard, le 14 août 2018, une photo postée sur Twitter, avec le hashtag « petrochallenge », devient virale sur les réseaux sociaux. On y voit l’écrivain et cinéaste Gilbert Mirambeau Jr, les yeux bandés, tenant un carton sur lequel est écrit, en créole : « Où est l’argent de Petrocaribe ? » (lire ci-dessous). Social et éthique, le double détonateur de l’été 2018 illustre que vie chère et corruption sous-tendent un même système : celui dont les Haïtiens ne veulent plus.

Dès le mois de mai 2017, des milliers d’ouvriers embauchés par les industries textiles des zones franches — en fait, dans leur majorité, des ouvrières — prennent régulièrement la rue pour demander une hausse du salaire minimum, alors fixé à 300 gourdes (4 euros) par jour. Ignorée, leur revendication se fond dans une autre ébullition, qui préfigure le soulèvement populaire de l’année suivante : celle qui entoure, au mois de septembre, le vote du budget.

Le texte cristallise l’hostilité. Dans le pays le plus pauvre (près de 60 % des Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté), mais également l’un des plus inégalitaires d’Amérique latine, le pouvoir n’innove guère. Les nouvelles recettes identifiées proviennent d’une hausse supplémentaire de taxes affectant l’ensemble de la population. Par contre, les tarifs douaniers qui s’appliquent au riz, (...)

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Voir en ligne Les deux racines de la colère haïtienne (Monde Diplomatique - février 2020)

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.