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Le retour des valeurs - Éléments pour une critique des droites (pas si) nouvelles

Alors que l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil consigne une nouvelle victoire du populisme dans les arènes démocratiques, une analyse des mouvements de fond qui mène les grands États aux portes du fascisme s’impose. Nous publions ici la traduction d’un article écrit au mois de mars par nos amis chiliens du collectif Vitrina Dystópica et du Groupe d’études expérimentales Paul K. Feyerabend. Ce texte permet de prendre un certain recule vis-à-vis de l’immédiateté de l’information et permet de tracer les contours d’une démocratie dystopique à venir. On saluera, par ailleurs, la clairvoyance des auteurs et l’acuité de leurs analyses.

Le retour des valeurs

Encore une de ces « nouvelles » séries. Une série intitulée La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale), issue du roman éponyme de Margaret Atwood (1985), et où il est question, encore une fois, pour changer, d’un futur dystopique. Que se passe-t-il dans le futur en question ? Quelque chose s’est déréglé au niveau de la fertilité de la planète et non seulement les vivres se font rares, mais encore les enfants, la descendance humaine. En conséquence, une sorte de régime totalitaire s’étend sur une partie au moins de ce qu’étaient les États-Unis. Une sorte de régime totalitaire qui, s’appuyant sur un avatar du fondamentalisme chrétien, restaure la domination masculine la plus éhontée : elle fait littéralement des femmes encore fertiles des esclaves de la caste dominante pour assurer la production des enfants.

Le discours officiel les nomme les servantes. Le discours officiel dit qu’elles ont choisi de l’être pour le bien de l’humanité. Le discours officiel dit que ces femmes et les femmes de la caste dominante ne sont pas esclaves des hommes (les uniques bénéficiaires des postes de commandement), mais qu’elles ont été libérées. Libérées de quoi, au juste ? De l’« idéologie du genre » libérale (sic), bien sûr, mais aussi des canons de beauté oppressifs que le néolibéralisme élabore (élaborait) pour son propre maintien. Retour aux valeurs traditionnelles, donc, comme manière de sauver ce qu’il reste de « communauté », ce qu’il reste de « pays », ce qu’il reste de « monde » et même, de libérer enfin les femmes de ces idées « stupides » que véhiculerait l’« idéologie » du genre, puisque comme le dit l’un des personnages (le Commandeur), elles sont désormais libres de se consacrer à leur fonction biologique : avoir des enfants.

« Selon le recensement de 2013, la communauté évangélique du Chili représente 16,62% de la population, c’est-à-dire 3,5 millions de personnes, dont 2,5 millions sont estimées jouir du droit de vote : un butin non négligeable que les candidats considèrent avec toujours plus d’attention », énonce un journaliste de la revue Qué Pasa, bien sûr liée à COPESA [1]
, en tête de son article « Le facteur évangélique » paru dans le cadre de la campagne présidentielle 2017.

Cette force religieuse a connu une croissance inégale mais soutenue depuis les appels du pied de Pinochet à son endroit, et les flirts avec les démocrates ont achevé de la consacrer en force politique. Même si cette dimension était évidente dès le départ, son caractère massif, mais surtout sa capacité à produire des points de fixation et à faire émerger de l’unité dans la différence, autrement dit à formuler une axiomatique en apparence très simple, attire l’attention de toujours davantage de « candidats ». N’oublions pas que, dans notre économie affective, l’attention appelle l’attention, autrement dit se renforce réciproquement.

« Il y a une grande préoccupation que nous partageons avec Franco et qui a trait à l’importance des valeurs. Il insiste beaucoup sur le fait qu’il ne doit rien à personne, qu’il n’est pas tenu par le monde de la finance. Sur ce point nous le rejoignons, explique le pasteur Molina, qui nous reçoit en compagnie de son épouse, la pastoresse Zuñiga, dans un café bouddhiste végan de Providencia [2]. » Pour la prochaine élection, Franco [3] peut compter sur le soutien d’un parti, Unis dans la foi, et en dépit des lugubres consonances éveillées par son nom, ce n’est pas le mouvement en soi qui constitue un danger, mais l’axiomatique [4]qu’il exprime.

Selon Qué Pasa, la « marche pour la vie » a été un moment fondateur, qui a permis aux catholiques et aux évangéliques de se retrouver par-delà les « désaccords historiques ». Cela a été possible car, comme le signale José Antonio Kast [5], anciennement candidat UDI avant de rejoindre les « indépendants », il se « retrouve » entièrement dans « le point de vue des valeurs sur tout ce qui touche aux questions pro-vie », est « convaincu qu’une politique du genre nuit gravement à la société », et enfin les « rejoint totalement » sur « l’importance décisive de la liberté. »

Puritanisme et financiarisation de l’économie

Liberté ? Tout lecteur un tant soit peu vigilant serait tenté de se demander : de quelle liberté Kast veut-il me parler ? Il suffit alors de répondre, grosso modo et en vitesse, par l’hypothèse suivante : la liberté de ne pas se mélanger, la liberté de se protéger. Comment ? Il ne s’agit donc plus de la liberté de consommer, de choisir, de se mettre en valeur, d’être un individu, tout ce qui, comme nous le savons, constitue la pointe avancée du néolibéralisme ? Oui, bien entendu, mais tout cela désormais ressaisi dans un discours sur la communauté. Les solitudes ont fait communauté et, évidemment, celle-ci est traversée, circonscrite, agglomérée par la peur.

Et si le principal objet de la consommation était un mode de vie et que, partant, toute consommation tendait finalement à la propagation du mode de vie impérial ? Et si, bien entendu, cette démocratisation des possibilités se trouvait désavouée encore et encore par le crédit, résumant l’essence de l’axiologie néolibérale à la manière des livres de développement personnel, autrement dit, comme vide immense au sein duquel il s’agit de faire comme si nous avions tous la vie que nous méritons, parce que son cours ne dépend que de nous (et, par conséquent, toutes nos photos sur Instagram) ?

Et si, par ailleurs, elle se trouvait désavouée dans sa réciproque, autrement dit dans l’esthétisation de la condition dépressive, compagne structurelle du comme si néolibéral et, bien entendu, de la prolifération du « développement personnel » et des cures psychothérapeutiques ? Alors, même si, ou plutôt parce qu’elle se trouverait ainsi désavouée, il n’y aurait plus moyen d’assurer l’accumulation. Cette communauté qui ne recule pas devant le vide, mais qui cherche à le gérer en constituant une société des opportunités, c’est-à-dire à proprement parler, un rien, rien d’autre que l’obligation implicite d’intégrer la forme de production dominante, ou de mourir, cette communauté, face à la catastrophe de notre présent, a fini par devoir se doter d’au moins un axiome supplémentaire : celui de sa défense en tant que telle.

C’est qu’ici, tous les slogans apparemment nationalistes, comme America first ou Le Chili aux Chiliens, ne peuvent être isolés d’autres tels que Make America great again ou Les choses vont s’arranger [6]. Le désaveu répété du règne des opportunités a été retourné en faveur du processus d’accumulation, non contre lui. Le nationalisme, comme souvent par le passé, mais peut-être désormais avec une clarté inédite, se fait le vecteur d’une domination mondiale de classe. Les choses qui vont s’arranger (ou se réarranger), supposent la reconstitution d’un paradis perdu des opportunités, et, si celui-ci n’a jamais existé, la désignation d’un coupable. Mais qui ? Ceux qui ont fait intrusion. Alors comment tracer la frontière ? Et qui expulser, parmi ces intrus ? Rien de plus simple : ceux dont la foi vacille.

Par conséquent, toute être qui par son intrusion sera venu perturber un équilibre antérieur, autrement dit traditionnel, sera suspecté, qu’il s’agisse des femmes, des homosexuel-le-s, des exilé-e-s, des mobilisé-e-s. Dans une telle situation, heureux ceux qui persévèrent, car la communauté leur appartient et ils appartiennent à la communauté. Le nationalisme peut moins que l’adoption du nouveau dogme. La production du désir de purification et le fascisme qui l’accompagne sont une affaire de classe ou de caste, plutôt que de nation. Pour mieux dire, avant tout une affaire de chasse. La relation du puritanisme à la finance n’est donc pas tant d’opposition, comme le voudrait notre couple de pasteurs, que de continuité complexe, affectant jusqu’aux acteurs de la finance eux-mêmes. La finance joue avec l’idée d’un monde infini, les fascistes savent qu’il ne l’est pas, et c’est la raison pour laquelle ils prétendent protéger la communauté plutôt que défendre la société. Cela pourrait, certes, faire penser à une opposition, mais à condition d’oublier que les formes d’exclusion sont aussi des modes d’intégration bon marché. Par exemple, fermer les frontières ne signifie pas en finir avec les migrants, mais les faire entrer dans de pires conditions, décidément voués à satisfaire les besoins des grands groupes économiques. Autrement dit, créer les conditions permettant la plus grande extraction possible de plus-value, qu’elles soient quasiment esclavagistes, ou supposent l’obligation de s’incorporer le dogme de la production de valeur (pour un autre).

Si on cherche à relativiser l’importance de problèmes tels que celui de la catastrophe écologique, c’est tout simplement que cette dernière est indéniable. Or, s’il en va ainsi, il devient possible d’en appeler au sentiment selon lequel il n’y a pas assez de place pour tout le monde. C’est alors que la communauté se révèle dans sa violence et qu’elle désire la mort. Elle désire la mort en général, et n’attend plus qu’on lui désigne des boucs-émissaires. Or, le il n’y a pas assez de place suppose le maintien de l’augmentation de la croissance sur la base de l’appropriation de la richesse, même dans un contexte d’impossibilité manifeste. Dans la situation présente, on l’a déjà dit, la production des richesses suppose en soi le dépouillement d’un tiers et, si les plus riches souhaitent continuer à s’enrichir comme ils l’ont fait jusqu’à présent, c’est à eux que revient d’opérer la « clôture des communautés », autrement dit d’en contrôler l’accès à leur profit. Néanmoins, dans la mesure où le vide a été « démocratisé » comme mode de vie, l’insécurité et la peur comme communauté, la clôture est aussi devenue authentique désir collectif, auquel il faut donner voix et fournir des ennemis. Au passage, on réorganise le système des normes et, au nom de valeurs prétendument humanitaires, mais au fond conservatrices, on ouvre la voie à une nouvelle technologie de pouvoir fondée sur la capacité de faire la chasse à tout corps menaçant la communauté des producteurs de valeur (pour un autre). L’insécurité a été territorialisée par diverses formes de puritanismes qui, en recourant au désir de se protéger, assurent la poursuite de l’appropriation de la richesse en situation de catastrophe. En un mot et littéralement, ON administre la ruine.

Économie financiarisée et catastrophe

L’allusion au monde de la finance n’est pas anodine. Son essor coïncide précisément avec l’époque où la catastrophe écologique se constitue comme problème mondial, tandis que les développements technologiques permettent la formation d’un marché financier de dimension internationale. La financiarisation de l’économie rend possible le devenir-rentable de la destruction environnementale, sans même qu’il nous faille supposer quelque cellule coordinatrice, ou Dieu sait quelle autre grande conspiration. En ce sens, la remarque du journaliste selon laquelle les pasteurs se réunissent dans un « café bouddhiste végan » ne l’est pas davantage.

Elon Musk, brillant homme d’affaires en lutte contre la catastrophe écologique, grand défenseur des énergies renouvelables, est également patron de la compagnie spatiale privée américaine SpaceX, dont l’objectif est d’organiser des voyages de tourisme dans l’espace, et de permettre la constitution d’une humanité multi-planétaire, sur la base même de ce constat catastrophique. Il a récemment lancé sa première fusée d’essai afin d’envoyer sur Mars une voiture, bien entendu électrique, de son autre entreprise Tesla. Mais l’enjeu principal, outre l’indéniable dimension publicitaire, était de mettre à l’épreuve son système de propulsion recyclable, autrement dit, censé mettre la fusée en apesanteur non sans retomber sur terre avec assez de délicatesse pour pouvoir être réutilisé, récupération sans laquelle l’entreprise ne pourrait être considérée comme économiquement viable. Le premier voyage touristique sur l’orbite lunaire est annoncé pour la fin de 2018. Et les propos de l’ingénieur ont tout le lustre de l’humanisme : « Il s’agit de la première opportunité d’exploration de l’espace profond par des êtres humains depuis 45 ans », a entre autres déclaré Musk à la BBC. Il y aura deux touristes. Leur identité n’a pas été dévoilée, mais Musk, nous apprend ce même article, assure qu’ils ne viennent pas d’Hollywood, et qu’ils ont procédé à « un dépôt de garantie significatif ». On imagine sans peine à quoi doit ressembler son humanité multiplanétaire.

Depuis la succession des crises financières des années 2000, et les séismes politiques de 2011, une vérité a éclaté au jour : l’économie financiarisée marche au risque, et celui-ci a des implications on ne peut plus réelles. Malheureusement, sous l’effet combiné de la pauvreté de l’imaginaire politique de gauche, et de l’inertie des forces économiques mondiales, la protection est devenue une nécessité vitale. Les affects ayant provoqué la mise en cause du régime contemporain de la valeur finissent enrégimentés dans des discours qui, faisant mine de se situer à l’écart du monde de la finance et des politiques corrompues, débouchent sur l’élection de politiciens millionnaires manifestement corrompus. En déplaçant le centre de l’attention, en désignant ceux qui, par leur simple présence, semblent mettre en péril le système des valeurs traditionnelles, ceux-ci parviennent à tirer profit de la peur de la crise, toujours annoncée comme si elle n’était pas déjà survenue. Le seul dogme auquel on ne puisse toucher n’est pas celui de la nation, mais bien celui de l’accumulation. Ses moyens : la finance.

La chasse aux désobéissances

Supposons que le capitalisme tienne tout entier dans cet axiome et lui seul : tu produiras de la valeur pour un autre. Nous disons que quelqu’un doit s’approprier ton travail comme force de travail, ce qui veut dire, non pas comme produit concret, mais comme l’énergie de ton corps, ta créativité, ta force, ta concentration, etc. Et nous ajoutons que c’est avant tout l’explosion de l’économie financiarisée qui rend possible cette appropriation non seulement dans l’espace des usines et de l’ancienne économie industrielle, mais encore de manière continue. Du travail au loisir. C’est pourquoi il est si difficile de savoir quand on en a fini avec le travail, dans les nouvelles formes d’emploi de l’économie contemporaine.

Ce qui précède permet aussi de comprendre la financiarisation comme une grande réponse à l’érosion de l’économie matérielle depuis les années 70. Depuis lors, il y a d’un côté une immense masse de travailleurs profondément précarisés et exploités dans les ateliers et usines des géants de l’économie mondiale, de l’autre, une masse branchée à un vaste dispositif de taylorisme digital, dont ce sont moins les aptitudes physiques classiques que les capacités de traitement de l’information qui se trouvent exploitées, capacités devenues essentielles à nos interactions avec les machines contemporaines. Et nous voilà tous condamnés à acheter, promouvoir et fournir du travail physico-virtuel gratuit pour les gestionnaires de la ruine du monde. En bref : le seul dogme est celui de la financiarisation de l’économie mondiale, qui rend possible la production de la valeur en situation de catastrophe.

« Il ne faut pas tout mélanger, signale la jeune députée de Rénovation nationale, Camila Flores [7]. Nous parlons de la défense vigoureuse et intransigeante du droit à la vie de l’enfant à naître, non des droits de ceux qui sont déjà nés. »

Que peut bien vouloir dire défendre une vie comme ça, toute nue ? La défense d’une vie dépourvue de qualité, pardonnez-moi de vous le faire remarquer, Monsieur le Conservateur, n’est, eu égard aux rapports existants, pas autre chose que la défense d’un corps-batterie, dont il sera possible d’extraire de la valeur avant même qu’il ait proféré ses premiers mot. Ceux qui sont déjà nés n’ont qu’à s’arranger avec le règne des opportunités qui, nous l’avons dit, n’est rien d’autre que le grand interrègne que remplit la seule obligation de vendre sa force de travail. Et de ceux qui ont échoué, on extrait aussi de la valeur comme déchets.

Les difficultés commencent à partir du moment où ça commence à résister. En l’occurrence, résister ne signifie rien de bien dramatique de prime abord, simplement, par exemple, refuser de supporter plus longtemps ce qu’un certain féminisme appelle écart salarial ou, élément qui lui est étroitement associé, le travail domestique non payé. Ou, dans le cas des migrants, prétendre jouir des mêmes droits que le reste des animaux humains qui ont eu le bonheur de naître dans quelque organisation juridique qu’ils n’hésitent pas à adorer comme « leur pays ». En fait, toute forme de résistance qui met en péril le processus d’accumulation, autrement dit, la capacité de dépossession. Sans parler de la défense d’une forme-de-vie différente… Alors, l’intensité de la guerre civile en cours se manifeste dans toute sa brutalité.

Il n’y a donc nulle contradiction entre marchés mondialisés et frontières barricadées. Le mouvement de clôture apparent n’est rien d’autre qu’un mécanisme d’incorporation articulé au déploiement d’un nouveau paradigme de surveillance. La production de l’exclusion ne vise pas tant à l’expulsion de groupes entiers qu’à la mise hors circuit de ceux qui résistent au processus d’accumulation exponentielle. Tactique de démarcation, elle autorise la chasse aux corps qui, refusant de rester à leur place dans l’échelle de l’exploitation, menacent de reconduire l’attention collective au problème, si absurdement évident et apparemment invisible, des taux de profit débordants des spéculateurs de tous pays, à l’heure où ces derniers ne sont que des fictions. Des taux si inadmissibles que les grands gagnants de ce modèle ne peuvent pas ne pas imaginer une humanité interplanétaire comme seule solution au rythme de croissance effréné de leurs richesses.

Dans La Servante écarlate, le régime totalitaire a pour fonction principale d’assurer les conditions du processus d’accumulation (les échanges internationaux se poursuivent, notamment) au sein de la ruine la plus évidente. Le retour aux valeurs traditionnelles n’est que le moyen de justifier l’intensification de l’exploitation. Il y a là l’un des éléments les plus intéressants de la série en question : l’histoire du passage en apparence imperceptible d’un monde comme le nôtre, où nous nous moquons encore de Trump, de Piñera, de Macri ou de Macron, à une vie puritaine intégralement surveillée, dans laquelle une série d’espaces fermement délimités autorisent la chasse, soit la capture et l’exécution, de toute personne franchissant ses bornes.

Dans un tel contexte, l’inflation sécuritaire des arsenaux juridiques nationaux, allant jusqu’à l’inclusion dans les débats de la question de la peine de mort, ou la régularisation de régimes constitutionnels d’exception tels que l’État d’urgence en France, revêt une dimension politique essentielle. Il n’est pas seulement question de frontières, de contrôle des corps ou de souveraineté sur la vie, mais ce qui se joue est la transformation de l’ensemble de l’appareil en vue de déterminer le droit comme pouvoir de prendre en chasse, et ses détenteurs, toujours plus inatteignables, comme oiseaux de proie des corps en résistance contre le capital mondial.

Alors, comment penser ces nouvelles résistances ? Comment faire irruption dans le local, avec son corps et sur la terre, tout en s’en prenant à l’empire algorithmique de la finance ? Comment déployer, dans un tel contexte, une désobéissance collective ? Que peut impliquer, signifier désobéir aujourd’hui ? Enfin comment devenir, comment se construire un corps-de-hacker ?


Notes

[1Copesa (Consorcio Periodístico de Chile), propriété de l’homme d’affaires Álvaro Saieh, se partage le quasi-monopole journalistique du pays avec El Mercurio S.A., conglomérat appartenant à la famille Edwards. [Toutes les notes sont du traducteur].

[2L’auteur de notre article souligne

[3La personnalité politique dont il est ici question, Franco Parisi, se présente au moment de l’article de Qué Pasa sous l’étiquette des « indépendants ». Quoiqu’il ait soutenu la dépénalisation de l’avortement sous trois conditions ainsi que le « mariage pour tous » en vue de de l’élection présidentielle de 2013, il est « revenu » de ses « erreurs » à l’échéance 2017. En cause : un séjour comme professeur d’économie dans une université au Texas, une accusation de harcèlement sexuel, un retour au pays, une thérapie de couple, plusieurs séances de prières sur Skype, nous apprend le même journal. C’est ainsi qu’il a pu « clarifier » sa position axiologique..

[4Le Groupe d’études expérimentales K. Paul Feyerabend joue sur la proximité terminologique entre axiomatique et axiologie. Réduire la question éthique à la tautologie, faire de la question des valeurs une axiomatique, c’est proprement l’opération du puritanisme analysé ici.

[5José Antonio Kast, avocat chilien anciennement proche de la famille Pinochet, ne fait pas mystère de sa foi catholique. Après avoir obtenu près de 8% des voix aux élections de 2017, il fonde un mouvement, Acción Republicana, qui reprend le logo du Rassemblement National de Marine Le Pen.

[6L’auteur reproduit le slogan de campagne de l’actuel président du Chili, Sebastian Piñera Echenique, un politicien homme d’affaires et financier qui a obtenu près de 55 % des voix au second tour avec le mot d’ordre « Vienen tiempos mejores ».

[7Cette députée d’un grand parti de la droite chilienne multiplie les déclarations aussi inquiétantes que grotesques. Dernièrement, elle a prétendu que la Brigade Ramona Parra, un collectif de peintres muralistes, s’était rendue coupable d’assassinats sous le mandat d’Allende.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.


Des policiers défendent les banques contre les manifestants pacifiques d’Occupy Madrid, en 2011. Source : gerardoperez.es