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Haïti

Le mouvement social se prononce

Le mouvement social haïtien a fait parvenir cette déclaration aux gouvernements et organisations réunis à Montréal, le 26 janvier, pour faire face à la situation en Haïti.

La récente tragédie en Haïti a ému les peuples du monde entier de par son impact destructeur, ses conséquences environnementales et sociales, et surtout la perte de vies humaines qu’elle a provoquée. Lamentablement, les désastres naturels ne sont pas une nouveauté dans ce pays des Caraïbes, comme en font foi les ouragans Hanna et Ike au cours de l’année 2008.

Il n’est pas non plus nouveau de voir la communauté internationale lancer des promesses de coopération et d’aide à Haïti. En tant qu’organisations et mouvements sociaux, et sur la base du contact permanent et de consultations avec nos partenaires là-bas, nous nous inquiétons que la réponse internationale puisse être coordonnée autrement que sur la base du respect de la souveraineté et de plein accord avec les nécessités et demandes du peuple haïtien.

Le moment est venu pour que les gouvernements qui participent à la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), les Nations unies et en particulier les Etats-Unis, le Canada et la France, revoient de fond en comble les politiques erronées qu’ils ont appliquées en Haïti. La vulnérabilité du pays aux désastres naturels — en grande partie causée par la dévastation de l’environnement, le manque d’infrastructures de base et la faible capacité d’action sociale de l’Etat — n’est pas sans liens avec ces politiques qui, historiquement, ont miné la souveraineté du peuple et de son pays. Elles ont engendré une dette historique, sociale, économique, environnementale et culturelle dont la responsabilité est en grande partie attribuable à ces pays et institutions. Il est urgent de réparer ces dettes avec le peuple haïtien, encore plus maintenant face à la situation à laquelle il est confronté.

En ce sens, nous rejetons la militarisation du pays en tant que réponse inappropriée au récent désastre et dénonçons la mesure unilatérale des États-Unis d’envoyer plus de vingt mille soldats afin de protéger ses intérêts économiques et géopolitiques. L’occupation des six dernières années par des forces étrangères, par le biais de la Minustah, n’a pas contribué dans les faits à la stabilisation ni à l’établissement d’infrastructures et de services publics adéquats. Rien n’indique que le maintien de ces politiques constitue un moyen efficace dans la période à venir.

Nous exigeons des gouvernements et organisations internationales l’annulation immédiate et inconditionnelle de la dette externe de Haïti, dont le remboursement affecte des millions de vies humaines. Nous exigeons également que les ressources destinées à l’aide et à la reconstruction ne conduisent pas à un nouvel endettement, ni qu’on impose des mesures de conditionnalité ou autres restrictions de nature externe qui en altèrent les objectifs, comme cela est devenu une pratique courante des institutions financières internationales, comme la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement (BID) et le Fonds monétaire international (FMI), ainsi que des pays dits « donateurs ». De plus, nous refusons que les entreprises privées multinationales profitent de cette tragédie pour faire des affaires en or par le biais de la reconstruction du pays, comme cela est arrivé en Irak, ou qu’elles exploitent la main d’œuvre bon marché et tirent parti des ressources naturelles.

La société haïtienne, ses organisations, ses mouvements sociaux et ses représentants au sein de l’Etat, doivent être les protagonistes de l’effort international de reconstruction de leur pays. Ils doivent être les premiers à être écoutés et entendus, et doivent conserver la maîtrise finale et souveraine des décisions prises sur leur destinée. Le peuple haïtien s’est remis debout à maintes occasions, partant d’une force de volonté et conviction exemplaire qui en ont fait le premier peuple libre de l’Amérique. Toute coopération ne peut être efficace que si elle sait prendre acte de cet engagement et compte sur l’entière participation populaire.

Nous demeurons aux aguets et suivons les événements dans un dialogue constant avec les organisations et partenaires haïtiens, pour faire en sorte que la coopération internationale s’effectue sur la base de principes solidaires, et pour éviter que les erreurs des politiques du passé ne se répètent. Pour une Haïti libre et souveraine !

Voir la liste des signataires sur le site de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA).


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.