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Togo

La francophonie recule en Afrique

Du 22 au 24 octobre prochain, la Suisse accueillera à Montreux le XIIIe Sommet de l’Organisation internationale de la francophonie. L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) est censée non seulement regrouper les populations des États membres autour de la langue française, mais aussi, et surtout, leur faire partager les valeurs de la démocratie et de la diversité. Même si on semble assurer la promotion de la langue française aux dépens de celle des langues africaines, la francophonie a le mérite de favoriser l’éducation et l’ouverture sur le monde dans nos pays où l’on compte des dizaines de communautés qui s’expriment dans plusieurs langues. Mais, aujourd’hui, l’institution semble lasser l’opinion africaine et va à reculons.

Volte-face des étudiants africains

L’illustration de cette régression se concrétise par la volte-face des étudiants africains qui se tournent de plus en plus vers les États-Unis et le Canada. Partout en Afrique, ceux qui parlent le français s’efforcent ou rêvent de parler aussi l’anglais. Mais la principale raison qui mène la francophonie à l’échec, ce sont les ambitions géostratégiques de la France. Pour les locataires successifs de l’Élysée (de gauche comme de droite), la francophonie est le cadre idéal pour restaurer l’influence de la France sur ses ex-colonies après les pseudo-indépendances des années soixante. Aux yeux de l’opinion africaine, la francophonie sert à pérenniser des régimes réfractaires à tout changement démocratique. En clair, nos populations ne se retrouvent pas dans les projets de l’OIF, car l’organisation profite aux dirigeants politiques sans vraiment se préoccuper du sort des citoyens.

Ce constat se justifie par la situation catastrophique que vivent nos populations depuis un demi-siècle : la grande majorité vit avec moins de 1 dollar par jour. L’écart est grandissant entre les quelques très riches et la grande majorité qui vit dans l’extrême pauvreté. Les gouvernements corrompus de la plupart des pays francophones africains sont pour certains au bord de la faillite. Les revenus issus de la commercialisation de ressources naturelles sont souvent détournés par les dirigeants avec la complicité des anciennes puissances coloniales, qui défendent avant tout les droits de l’homme des Affaires.

La pauvreté du Togo est devenue endémique

Parmi les chefs d’État et de gouvernement attendus à Montreux en octobre prochain, il y aura, par exemple, Faure Gnassingbé Essozimna, qui vient de s’octroyer un second mandat au terme d’un scrutin taillé sur mesure. Le 14 juillet dernier, il était l’un des invités de marque de Nicolas Sarkozy. Et pourtant en 2005, il viole les règles constitutionnelles pour succéder à son père, et inaugure ainsi une monarchie de fait au Togo.

Face à la révolte populaire, les répressions de l’armée et des milices du pouvoir font cinq cents morts selon l’ONU, et un millier selon les organisations des droits de l’homme. Contrairement à l’élection de 2005, la présidentielle organisée le 24 mars 2010 n’a pas fait de victime. Le pari d’éviter la violence a donc été gagné par le régime à la grande satisfaction de la France et des autres partenaires, notamment l’OIF. Peu importe la manière.

Quatre mois après le scrutin, des milliers de Togolais continuent de manifester dans les rues de la capitale chaque samedi pour exprimer leur rejet d’un système vieux de quarante-trois ans, qui fait preuve d’autisme et d’incompétence politique. Malgré les beaux discours des autorités togolaises, la justice reste aux ordres du prince.

Le Togo, autrefois considéré comme la Suisse de l’Afrique, est aujourd’hui marqué par la mauvaise gouvernance et présente le visage d’un pays sinistré, avec des infrastructures routières complètement délabrées, des hôpitaux vétustes manquant de moyens et de personnel. La pauvreté au Togo est devenue endémique. Selon le PNUD, plus de 62% des Togolais vivent sous le seuil de pauvreté, alors que le pays dispose de ressources humaines et naturelles considérables.

Arrestations de militants d’opposition

Depuis le scrutin de mars 2010, le climat politique se détériore au fil des jours. Parmi les nombreuses arrestations des militants de l’opposition, on note celle de Komdédzi Kofi Folikpo, survenue alors qu’il se rendait à une manifestation de l’opposition le 11 août dernier. Il bénéficiait d’un statut de réfugié en Suisse et était rentré au pays depuis quelques mois pour poursuivre son engagement. Il est jusqu’à présent détenu au secret.

Depuis quelques jours, sur YouTube, une vidéo montre un militaire français se présentant comme conseiller du chef d’état-major togolais s’en prendre avec véhémence à un journaliste togolais qui couvrait la répression d’une manifestation de l’opposition à Lomé. Malgré la condamnation par les autorités françaises, cet incident confirme tout simplement que la France de Nicolas Sarkozy est toujours là pour soutenir à sa manière les dictatures en Afrique francophone, notamment à travers ses conseillers militaires.

En Afrique, la francophonie paie le prix des relations entretenues par la France avec ses ex-colonies. D’Abidjan à N’Djamena, en passant par Libreville et Lomé, l’institution est aujourd’hui perçue comme un instrument politique de la France. Tant qu’il en sera ainsi, l’OIF ne gagnera aucune crédibilité aux yeux de l’opinion africaine et son combat sera voué à l’échec, malgré les milliards d’euros qui seront investis dans les divers réseaux de coopération.

Traité commun pour le respect des droits humains

La Suisse tient peut-être aujourd’hui la chance de redresser la barre, car les populations africaines restent toujours et profondément ouvertes au rapprochement avec les autres peuples. Il suffirait de prendre en compte les aspirations des populations. Celles-ci sont liées à l’alternance démocratique et aux droits humains en vue d’un développement harmonieux.

La Suisse devra jouer de sa neutralité légendaire pour emmener nos chefs d’État à comprendre qu’en faisant obstacle à la démocratie et aux droits humains, ils mènent leurs peuples au chaos, et l’Afrique à une perdition certaine. Il est d’une gravité tragique d’embrigader la personne humaine et de la soumettre à des lois arbitraires, car la prospérité d’un pays dépend de la qualité de son capital humain. Les situations de non-droit condamnent nos pays à la pauvreté et au sous-développement. Il est temps d’arrêter cette hypocrisie et d’aller au-delà des beaux discours.

Dans un pays de libertés, on ne doit pas avoir à déplorer des interpellations de légalité douteuse, des voies de fait, des atteintes à la vie privée, des brutalités policières, des détentions abusives, des fermeture de radios, des censures abusives, des intimidations et des menaces contre les libertés d’information. Cela vaut pour les démocraties française et suisse, et il doit en être de même pour les pays africains, au nom de l’universalité des droits.

La Suisse, qui contrairement à la France ou à la Belgique n’a aucune responsabilité dans la situation chaotique de la plupart des pays francophone d’Afrique, devra saisir l’occasion du sommet de Montreux pour imposer aux États membres de l’OIF la signature d’un véritable traité comportant des droits et des devoirs pour chacun des pays signataires, afin d’aboutir à l’ambition principale de la francophonie qui est d’instaurer dans cet espace la démocratie, la protection des droits humains et le développement.

Voir en ligne infosud.org

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.