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Mozambique

La faim et la colère au front par SMS

Des violences ont éclaté lorsque des milliers de personnes sont descendues mercredi matin dans les rues des faubourgs pauvres de la capitale pour protester contre la hausse des prix du pétrole, du blé, du pain, de l’eau et de l’électricité. Des hausses difficilement acceptables, dans un pays ou environ 90% de la population vit avec moins de 2 euros par jour.

Fortes tensions au Mozambique. Des manifestants ont bloqué, mercredi, à l’aide de pneus enflammés, les routes principales conduisant à l’aéroport et à la plus grande banlieue de Maputo, Matola. Des dizaines de magasins et stations-service de Maputo, où vivent un million d’habitants, ont été attaqués par des pillards tandis que les manifestants mettaient le feu à des voitures. La police a tenté de disperser les manifestants à coups de balles en « caoutchouc ». Submergées, les autorités ont ouvert le feu sur la foule avec de vraies balles. Le dernier bilan fait état de 13 morts. [1]

Ces violentes protestations sont considérées comme l’aboutissement d’une série de grèves et manifestations. Le ministre de l’Intérieur mozambicain, Jose Pacheco, a condamné ces émeutes, estimant que les manifestations étaient illégales. Le ministre a reconnu que la constitution donnait le droit à tous les citoyens de manifester, mais il a déploré que personne n’ait adressé de requête à cet effet aux autorités. En effet, la police avait annoncé lundi qu’elle n’avait autorisé aucune manifestation de ce type tout en précisant qu’elle était bien préparée pour stopper toute action contraire à la stabilité sociale. La police a d’ailleurs annoncé avoir arrêté 400 personnes. [2]

Le portable, arme de contestation [3]

Le téléphone portable au secours des pauvres. Un SMS a mis le pays sens dessus dessous, la semaine dernière. « Mozambicain : prépare-toi pour le grand jour de grève. Manifeste contre la hausse des prix de l’électricité, de l’eau, des transports et du pain. Fais suivre ce message ». Ce petit texte a eu l’effet d’une bombe pour le gouvernement. En quelques heures, des milliers de personnes se sont rassemblées mercredi à Maputo pour contester la hausse des prix.

Le téléphone mobile permet aux pauvres de s’organiser pour exprimer leurs colères et leur désarroi face aux nouvelles mesures prises par le gouvernement à propos de l’inflation des prix. C’est la première fois que des manifestations sont organisées par ce moyen. « Il y a déjà eu des manifestations avant, mais elles n’avaient jamais été organisées par SMS », souligne un lycéen de 18 ans, Hares Serafim Mulango, interrogé par l’AFP. L’accès à cet appareil est facile pour cette catégorie de population. Contrairement aux autres moyens de communications, les téléphones portables peuvent envoyer des SMS à un très grand nombre de personnes instantanément dans n’importe quel endroit.

« Les SMS sont pratiques parce qu’ils informent de situations qui peuvent se dérouler très loin », précise le jeune homme de 18 ans. Ignorés lors des élections présidentielles, les pauvres utilisent le portable pour s’exprimer. D’après Joao Pereira, un militant qui dirige le Mécanisme de soutien à la société civile du Mozambique, « cette technologie est un nouveau moyen de donner une voix, un pouvoir, un moyen d’expression aux pauvres ». Le portable a servi aussi à critiquer la politique du président Armando Guebuza, au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1975. Malgré ces actions, le gouvernement a rappelé jeudi que la hausse des prix était inéluctable. Les pauvres semblent refroidis par les moyens utilisés par les policiers pour neutraliser les grèves. Depuis samedi, le calme règne sur le pays.

Le pays connait une misère alarmante

« La hausse du prix du pain et autres produits essentiels n’est pas la raison de la protestation, mais seulement la goutte d’eau qui fait déborder le vase », a déclaré Alice Mabota, de la Ligue mozambicaine des droits de l’homme.

Le Mozambique, dévasté par la longue guerre civile (1976-1992) qui a suivi le conflit armé pour l’indépendance, connaît une misère alarmante. Le PIB par habitant est de seulement 802$, contre 9 757$ en Afrique du Sud, et l’on estime que 70% des 20 millions d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le pays possède le 175e indice de développement humain sur un classement de 179 pays.

Conformément à une décision prise au début du mois d’août, le gouvernement mozambicain a augmenté de 30 % le prix du pain mercredi. Depuis deux mois, l’on assiste à une véritable flambée des prix. Déjà, début août, les carburants avaient augmenté de 8%. L’électricité, quant à elle, devrait connaître une hausse de plus de 13%. Et pour finir, la monnaie locale, le metical (MT), a perdu beaucoup de valeur en quelques mois. En juin, un euro valait 40 MT. Aujourd’hui, il en vaut 50.

Tout en condamnant les pillages, le porte-parole de la Renamo, le principal parti de l’opposition, Fernando Mazanga, a dénoncé un « gouvernement qui ne sait répondre aux manifestations que par la violence ». En 2008, six personnes avaient été tuées dans des émeutes contre la hausse des prix des taxis collectifs, qu’empruntent les plus pauvres pour se rendre au travail.

Jeudi, des affrontements sporadiques étaient toujours signalés entre policiers et émeutiers dans les quartiers défavorisés de Maputo.

Le président du pays, Armando Guebuza, a assuré la population que son gouvernement tenterait d’agir pour faire baisser le prix des denrées et de l’énergie, mais a prévenu que ce ne serait pas facile. À l’issue d’une réunion extraordinaire du conseil des ministres, jeudi, un porte-parole du gouvernement a toutefois été moins ambivalent. « Les hausses de prix sont irréversibles », a affirmé Alberto Nkutumula. Le peuple est-il prêt à l’entendre ?

Voir en ligne Afrik.com

Notes

[1Chiffre issu de l’article « Mozambique : SMS de combat » d’Abou Cissé du 7 septembre alors que l’article original du 2 septembre indiquait 7 morts.

[2Chiffre issu de l’article « Mozambique : SMS de combat » d’Abou Cissé du 7 septembre alors que l’article original du 2 septembre indiquait 142 arrestations.

[3Extrait remanié de l’article « Mozambique : SMS de combat » d’Abou Cissé du 7 septembre


P.-S.

Cet article est un regroupement de deux articles parus sur Afrik.com. Le premier,rédigé par Maxime Serignac, est intitulé « Mozambique : la faim et la colère » et a été publié le 2 septembre 2010. Le second, « Mozambique : SMS de combat », écrit par Abou Cissé, date du 7 septembre 2010. Les chiffres les plus récents ont été conservés et les passages redondants ont été supprimés.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.