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Afrique

L’émergence des minorités sexuelles dans l’espace public

Si les pratiques homosexuelles existent probablement de longue date en
Afrique, c’’est seulement récemment que, dans différents pays, l’’homosexualité
a émergé dans l’’espace public. Pendant longtemps, en effet, l’’idée pourtant
fausse d’’une Afrique purement hétérosexuelle a dominé1. L’’histoire de la
recherche et des mobilisations liées au sida atteste à elle seule la force de cette
occultation, la question de la transmission homosexuelle du VIH en Afrique
n’’ayant pas été posée pendant les vingt premières années d’’épidémie.

Les recherches qui se sont finalement développées au cours de la dernière
décennie [1], notamment dans le contexte du sida, ont généralement porté sur
les personnes homosexuelles elles-mêmes, mais insuf samment sur la façon
dont elles sont considérées. En effet, en dépit des prises de position toujours
plus nombreuses sur l’’« homophobie » en Afrique, en particulier de la part
de commentateurs occidentaux, rares sont encore les travaux qui analysent
avec précision les conceptions contemporaines de l’’homosexualité et les
discours qui la prennent pour objet sur le continent, comme le souligne
l’’auteur d’’un article récemment publié (qui est le signe que la situation est en
train de changer) [2].

Jusqu’’à présent, dans la littérature francophone, aucun volume collectif
n’’avait été spécifiquement dédié à la question homosexuelle ou transgenre en
Afrique, à l’’exception d’’un numéro publié par une revue camerounaise, dont
la plupart des contributions portaient sur le Cameroun4. Ce dossier de Politique
africaine est donc une initiative presque inédite. Nous avons fait le choix de
le consacrer à différentes sortes de discours tenus dans l’’espace public sur
les orientations sexuelles ou les identités de genre minoritaires. La notion
d’’espace public est utilisée ici au sens habermassien sans toutefois en conserver
la dimension normative5 ; elle désigne un ensemble de positions exprimées
ou échangées par des acteurs institutionnalisés, sous la forme par exemple
de controverses médiatiques, de débats politiques ou religieux, de mobilisations
collectives ou d’’expressions artistiques.

Suivant la voie de ce processus de publicisation et ses évolutions récentes,
la thématique de ce dossier ne pouvait se concentrer sur la seule question
homosexuelle qui, au travers du développement des mobilisations collectives,
s’’est trouvée progressivement reformulée en termes de minorités
sexuelles, couvrant dès lors à la fois les domaines de l’’orientation sexuelle et
de l’’identité de genre. Un double mouvement d’’expression est donc dépeint
dans ce dossier : des formes diverses d’’hostilité à l’’homosexualité d’’une part,
un processus de visibilisation et de mobilisation des minorités sexuelles
d’’autre part.

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Notes

[1C. Broqua, « Une découverte scientifique récente : l’’homosexualité en Afrique », in J.-P. Cazier (dir.),
L’’Objet homosexuel : études, constructions, critiques, Mons, Sils Maria, 2009, p. 87-97. Parmi les ouvrages
qui ont marqué cette décennie de publications, voir en particulier M. Epprecht, Hungochani : The
History of a Dissident Sexuality in Southern Africa, Montréal, McGill-Queen’’s University Press, 2004.

[2L. Lado, « L’’homophobie populaire au Cameroun », Cahiers d’’études africaines, n° 204, 2011, p. 921-944.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.