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Maroc

Jeunes, mouvement sociaux, alternatives et résistance sociale

Contexte général

Les concepts de société civile et de mouvements sociaux sont assez récents au Maroc. Ils sont apparus avec l’ouverture et l’élargissement du champ des libertés publiques. Organisés en associations et en réseaux, ces mouvements adoptent une nouvelle forme de gestion des conflits sociaux. Ces actions tendent à dépasser l’attitude séculaire de la peur du sujet envers les organes de l’État marocain. Cependant ces mouvements restent très fragiles, leurs actions étant limitées dans l’espace, et ne couvrant qu’une partie des besoins de la population marocaine. Parallèlement, le concept de société civile, repris et vulgarisé par les médias et le régime politique, devient un mot valise, vide de son contenu politique originel.

Dans un contexte de détérioration du niveau de vie et des services publics, des mobilisations citoyennes plus ou moins spontanées ont lieu et sont violement réprimées. L’implication des jeunes, démographiquement majoritaire au Maroc, reste essentielle au sein de ces mouvements, et pourrait, si elle est organisée, jouer le rôle d’interlocuteur des autorités locales dans des formes de dialogues pacifiques et institutionnalisés.

Aperçu de la situation de la jeunesse

Malgré leur poids important au niveau démographique, les jeunes sont assujettis et dépendants dans cette société fortement hiérarchisée, car ne disposant ni de pouvoir social décisionnel, ni de pouvoir politique. Le système éducatif est inadapté à leurs besoins d’intégration, et offre peu de possibilités de réussite. Le chômage est très élevé pour chez les jeunes (35% de la population est âgée entre 15 et 35 ans au Maroc). Sur le marché du travail, le jeune est placé au bas de l’échelle, et reste en première ligne en cas de licenciement. Quant au contrat ANAPEC, ils contribuent grandement à la précarité des jeunes. Au niveau politique, on note un grand désintérêt des jeunes (95% d’entre eux). Par méfiance ou indifférence, ils abandonnent leur droit de vote, et ils ne croient plus à un système qui les rejette. Les discours politiques, émaillés de « jeunisme », s’orientent plus dans l’intégration des jeunes à un système consumériste, sans pour autant développer des politiques concrètes leur permettant de se doter d’outils nécessaires pour être des citoyens à part entière.

Renouveau de la mobilisation sociale de la jeunesse

Cette situation explique sans doute la résurgence des mouvements sociaux et culturels dans lesquels les jeunes sont à l’avant-garde. Ainsi, de nouvelles formes d’actions, de mobilisation et de contestations sont apparues. La création de l’Association de diplômés chômeurs est un exemple marquant, au travers de leurs actions collectives très organisées. D’autres types de mobilisations illustrent le renouveau sociale des jeunes marocains, comme la participation au Forum Social Marocain, la création des coordinations nationales contre la hausse des prix, l’apparition de la presse indépendante jeune et l’avènement d’une nouvelle scène musicale engagée socialement. Cette dernière tendance à se tourner vers l’art illustre en tout point cette volonté des jeunes à se faire écouter, à protester et à revendiquer le changement. Elle traduit aussi un positionnement de l’art et des artistes en tant que force de mobilisation et de propositions alternatives dans une reformulation du rapport du jeune citoyen au politique. Cependant, les forces du marché et l’inexistence d’accompagnements et de parrainage font que ce mouvement contestataire risque d’échouer.

Nécessité de se structurer

Dans ce contexte difficile, les mobilisations de la jeunesse se posent donc comme une alternative aux formes traditionnelles de militantisme, et elles ne cessent de se renforcer. Mais encore faut-il qu’elles puissent se structurer pour peser sur les décisions concernant la jeunesse du Maroc.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.