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Faim

Il faut protéger l’agriculture familiale

Echo - par Marie-France Cros, La Libre Belgique - à une journée d’étude organisée le 21 mars 2011 au Parlement belge par Entraide et Fraternité, avec l’appui du CETRI, de la Commission Justice et Paix, du CNCD, du Monde selon les femmes, de la Fugea, de Via Campesina, etc.

Rencontre entre paysans du Sud et du Nord, lundi, à Bruxelles. Mise en cause de l’agrobusiness dans la hausse de la pauvreté.
Alors que la FAO (agence de l’Onu pour l’agriculture et l’alimentation) mettait en garde, il y a deux semaines, sur une possible hausse des prix alimentaires en raison du changement climatique et de l’attribution croissante de terres aux biocarburants, des ONG belges ont consacré, lundi, une journée d’études à l’agriculture paysanne et à l’accès à la terre.

Des représentants d’organisations paysannes du Sénégal, des Philippines, de Bolivie, du Brésil, sont venus expliquer la situation dans leur pays. Tous ont décrit l’accaparement des terres arables par des nationaux non paysans (« notamment des religieux » au Sénégal) puis par des étrangers - récemment en Afrique, depuis longtemps en Amérique latine. « Asiatiques », « Chinois », « Arabes », « Brésiliens », « Argentins », « Japonais », sont cités comme accapareurs de terres par différents récits, « le Nord » faisant figure d’accusé sans exemple à l’appui.

Loin des anathèmes, entrer dans le détail des difficultés des paysans pour sortir de la pauvreté révèle des situations souvent comparables : même quand une constitution ou des lois existent pour donner aux paysans des titres de propriété, la pratique est contournée par les grands propriétaires terriens pour accaparer les terres. Ainsi, au Sénégal, on va donner des titres aux paysans, « mais sans volonté politique pour développer la sécurité alimentaire, ils vont s’endetter auprès des banques, qui prendront leurs terres », prévoit Mariam Sow. Aux Philippines, une réforme agraire de 1986 est ralentie par les pressions des grands propriétaires - « notre Président », Benigno Aquino Jr « possède lui-même 6 000 ha » , souligne Jesus Tardo. « Beaucoup de gens figurent, comme moi, sur la liste de ceux qui ont reçu un titre de propriété, mais n’ont jamais reçu les documents » ad hoc.

La réforme agraire en Bolivie (1953) « a été importante, mais n’a pas éliminé la pauvreté », note Graciela Lopez. « Depuis les années 90, il y a eu beaucoup de mouvements sociaux pour la décolonisation des terres [ ] , mais les latifundistes ne se laissent pas faire et ont lancé des mouvements autonomistes » à l’est du pays - politique combattue par le gouvernement socialiste d’Evo Morales. En outre, dans bien des cas, plusieurs propriétaires grands et moyens se réunissent pour relancer des projets de monoculture ; « le soja, qui occupait 172 000 ha dans les années 90 en occupe aujourd’hui plus d’un million, contrôlés essentiellement par des non Boliviens ».

Au Brésil, ce ne sont pas tant les étrangers que l’agrobusiness local qui pose problème, explique Aderson Liberato Gouvea : il occupe un quart de la main-d’œuvre, mais dispose de trois quarts des terres. L’Etat de Goiás (où se trouve Brasília) est le deuxième du Brésil comme producteur de canne à sucre et compte 35 usines d’éthanol ; il veut arriver à 100 en 2017. Cet Etat a été en 2008 « le champion du travail esclave au Brésil », souligne M. Gouvea. La concentration des terres, souligne-t-il, « produit une féodalisation qui entraîne le recours au crime. Notre capitale d’Etat a le record des homicides parmi les capitales d’Etat brésiliennes ; il existe chez nous des équipes d’exterminateurs au service des latifundistes ».

Le Belge Xavier Delwarte a, de son côté, lancé l’alarme quant à une prochaine disparition des agriculteurs en Belgique : il n’y en avait plus que 43 000 en 2010 (80 % de moins qu’en 1970), dont seulement 2 050 de moins de 35 ans. « Ce n’est pas assez pour assurer la sécurité alimentaire », d’autant que 11 % seulement des agriculteurs ont un successeur pour reprendre leur exploitation.

Enfin, Laurent Delcourt, du Centre Tricontinental, estime que la crise alimentaire est surtout « une faillite du modèle agricole » en vigueur, qui n’empêche pas un nombre toujours plus grand d’humains de tomber dans la malnutrition - tandis que les profits de l’agrobusiness croissent.

La libéralisation des marchés agricoles, souligne-t-il, présentée comme la panacée contre la faim, n’a pas empêché un appauvrissement accru des paysans. Les investissements privés ont été multipliés par dix depuis les années 90, tandis que le secteur public désinvestissait. Et l’introduction de la production familiale sur les marchés internationaux par le biais de contrats de farming n’a profité qu’à l’agrobusiness, dit-il. « Il faut protéger l’agriculture familiale si l’on veut protéger la sécurité alimentaire », dit-il.

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P.-S.

Source : article publié dans La Libre Belgique, par MFC, 22/03/2011.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.