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Martinique

Grève et changement d’époque

Le mouvement social qui se développe depuis le 5 février est exceptionnel, dans l’histoire récente des luttes ouvrières de notre pays. Ce côté exceptionnel lui vient de la force qu’il dégage dans l’ampleur inusitée des manifestations. Depuis les fortes mobilisations sociales d’octobre 1973 à février 1974, (c’était il y a 35 ans !), une telle déferlante n’avait jamais submergé les rues de notre capitale et de divers bourgs de nos communes. 35 ans !, Plus de la moitié de la population n’avait pas encore vu le jour ! Une bonne moitié qui, par conséquent, n’avait pas partagé les expériences passées du mouvement populaire. Le mouvement initié par le Collectif du 5 février 2009 montre depuis une semaine sa puissance, affiche un esprit conquérant, libère une énergie exaltante de milliers de jeunes, de femmes, de travailleurs et travailleuses, de chômeurs et chômeuses. En fait la classe ouvrière de la Martinique dans toutes ses composantes (salariés, précaires et intérimaires, chômeurs, rmistes, employés, djobeurs, ouvriers d’industrie), en répondant à l’appel des syndicats pour la grève générale du 5 février a entraîné le reste de la population dans ce mouvement reconductible et régulièrement reconduit.

La lutte se mène d’abord sur deux fronts principaux : le coût de la vie et les bas salaires, les médiocres retraites, les minima sociaux misérables. Ce combat syndical placé d’emblée sous l’impulsion des travailleurs intéresse la majorité des couches de la population, car le coût de la vie frappe aussi petits artisans, petits planteurs, couches moyennes, métiers libéraux en voie de paupérisation etc. La démonstration est ainsi faite que c’est le mouvement ouvrier organisé et uni qui peut le mieux poser l’ensemble des problèmes du peuple, proposer et imposer des solutions. Imposer à qui ? Aux profiteurs ! C’est-à-dire à ceux qui détiennent l’import-export, ceux qui concentrent la plupart des moyens de production, ceux qui possèdent les richesses financières, ceux qui emploient, licencient et sous- payent. Ceux là qui déterminent : « Salaires, Prix et Profits » pour reprendre le titre célèbre de cet ouvrage référence vieux de 145 ans.

En exigeant à la fois la baisse des prix et la hausse des revenus de tous les exploités, le mouvement percute l’organisation capitaliste elle-même. Il s’agit en fait d’obtenir une nouvelle répartition des richesses.

Incontestablement la puissance de ce mouvement de grève générale reconductible, comme celle, encore plus spectaculaire, de la lutte de nos camarades du LKP de Guadeloupe, vient de l’implication de larges couches populaires dans l’action.

Ce mouvement embrasse aujourd’hui plus que les revendications syndicales qui en constituent le cœur. Il témoigne de toutes les aspirations populaires et sociétales.

C’est cela qui explique cette présence massive de jeunes, de femmes, d’artistes, de militants écologistes, d’universitaires et de tant d’autres.

C’est cela qui explique la très forte adhésion du peuple martiniquais à ce mouvement. C’est cela qui explique la multiplicité de ces groupes qui après avoir défilé le matin, se retrouvent tout l’après midi et jusque tard dans la soirée et la nuit autour de la Préfecture ; à la Maison des syndicats, sur le parking et devant le hall de l’Atrium pour discuter, prendre la parole, jouer et danser du bèlè, tenir forum, donner leurs points de vue approbateurs ou critiques sur les discussions et négociations en cours.

C’est, autour de la colonne vertébrale prolétarienne, un public nouveau, majoritairement jeune et féminin dont l’observateur blasé et pressé de notre société ne pouvait soupçonner qu’il ferait irruption sur la scène sociale et ferait ainsi de la « politique » au sens premier du terme, c’est-à-dire se permettrait de vouloir donner son avis mais surtout agir sur le cours des choses en prenant en mains son propre destin. Il est clair qu’une nouvelle génération entre dans l’arène et fait son apprentissage pour porter plus loin les traditions de lutte de notre peuple.

Notre peuple a raison d’avoir su unir son combat à celui du peuple de la Guadeloupe, C’est maintenant la Guyane et La réunion qui probablement se mobiliseront à leur tour. Nous devons obtenir du mouvement ouvrier français qu’il popularise ces luttes des peuples des dernières colonies. Plus encore nous devons l’interpeler pour qu’il se mette en marche sans attendre la mobilisation prévue pour le 19 mars. C’est cette solidarité entre opprimés et exploités qui augmentera les chances de victoires sérieuses des peuples des colonies et de la France.

De toutes façons, après février 2009, plus rien ne sera comme avant aux Antilles !


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.