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Forum social mondial de Bamako : l’altermondialisme prend du galon

L’altermondialisme s’est fait connaître par les émeutes anti-OMC de Seattle, en 1999. Depuis, il a gagné en légitimité, peut-être pas en lisibilité….

Le Forum social mondial de Bamako se tient jusqu’à lundi et sera suivi de deux autres rassemblements, à Caracas (Vénézuela) et Karachi (Pakistan), histoire d’ « encercler le Sommet de Davos », explique Diadié Dagnogo, coordinateur du secrétariat de ce 6ème forum.

Médiatisé par les affrontements qui ont éclaté à la face du monde à Seattle, en 1999, lors d’un sommet de l’Organisation mondiale du commerce, l’altermondialisme a acquis depuis une légitimité qui serait sans doute plus large si son message était plus lisible.

Chercheur au Centre tricontinental de Louvain-la-Neuve, François Polet [1] nous explique l’évolution de ce mouvement mondial.

L’altermondialisme n’apparaît-il pas comme une « nébuleuse » indéfinissable ?

Plutôt que de « nébuleuse », qui fait penser à un rassemblement mou, je parlerais de convergence. Dans cet ensemble assez hétérogène, il y a des lignes de force convergentes. On y trouve des ONG, des syndicats, des mouvements sociaux ayant les mêmes vues sur des thèmes comme le commerce mondial, la dette, la lutte des femmes, le chômage, l’économie sociale…

Ces mouvements ont en commun de considérer que les problèmes trouvent leur source dans la politique ou l’idéologie économique néo-libérale qui régit la mondialisation.

Est-on passé de la contestation à la proposition ?

L’antimondialisation existait avant Seattle. Au début, les médias ont d’ailleurs parlé d’antiglobalisation. Comme çà a un autre sens en anglais, on a alors parlé d’anti-mondialisation. Mais ce terme ne collait pas : ces mouvements ne sont pas contre la mondialisation, mais contre la mondialisation néo-libérale ! Et pour une autre mondialisation…Et effectivement on est passé aux propositions.

Ces mouvements parlent-ils d’une même voix ?

C’est la difficulté. Toutes ces organisations sont porteuses, dans leur diversité, d’un projet commun de société plus équitable. Mais il faut du temps pour se mettre d’accord sur une expression commune.

N’y a-t-il pas une fracture entre ceux qui veulent s’intégrer aux structures classiques (partis, syndicats…) et ceux qui au contraire veulent faire pression de l’extérieur ?

Il y a une première divergence importante en terme stratégique. Entre ceux qui disent que l’altermondialisme doit rester un vivier d’idées nouvelles, où chaque mouvement puiserait ce qui lui convient. Et ceux qui veulent élaborer un programme commun.

Ensuite il y a ceux qui prônent l’alliance avec tel ou tel parti, et ceux qui au contraire veulent continuer à faire pression sur tous.

En Belgique, on observe que des partis comme le PS, le cdH et Ecolo invitent souvent des altermondialistes. Et chaque parti cherche à pêcher dans ce mouvement qui a acquis sa légitimité et séduit une partie de la population. Mais les altermondialistes veulent une vraie récupération des idées, pour leur concrétisation, pas pour en faire des slogans !
Je crois pouvoir dire qu’une majorité du mouvement estime qu’il doit y avoir une médiation par les partis politiques pour que les idées se concrétisent. Et une minorité, plus libertaire, qui se fiche des partis et prône l’action directe…

Est-ce que le soufflé n’est pas un peu retombé ?

Le soufflé médiatique peut-être. C’est la loi du genre : quand un événement se répète, les médias en parlent moins. Mais même six ans après, l’intérêt subsiste pour les thèmes développés par l’altermondialisme Ce qui fait difficulté, c’est peut-être le manque de lisibilité des prises de position.

Peut-on parler d’un forum de réalistes à Davos et de rêveurs à Bamako ?

Davos est le sommet de l’élite mondiale, qui se donne des allures respectables, mais qui dans la pratique foule au pied les questions d’éthique. En face, on a des forums plus spontanés, moins ordonnés, mais véritablement reliés aux intérêts sociaux et aux problèmes des gens. D’un côté vous avez le réalisme des finances, de l’autre les réalités des gens !

Propos recueillis par Didier Catteau.


Notes

[1L’analyse de François Polet a paru dans le numéro 84 de Manière de voir, co-édité par le Cetri et le Monde diplomatique (5 euros).


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.