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Du tourisme de masse au profit de qui ?

Avec 1,3 milliard de touristes en 2017, le secteur du voyage dominé par les grands tours opérateurs a pris une ampleur considérable à travers le monde. Au Sud, les retombées économiques sont limitées et les impacts sociaux et environnementaux nombreux.

Article de Jean-François Pollet (Imagine - CNCD 11.11.11), avec une interview de Bernard Duterme (CETRI).

Le marché du tourisme s’est développé de manière exponentielle ces dernières années : en 2017, près d’1,3 milliard de personnes ont voyagé hors de chez elles, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). C’est deux fois plus qu’en 2000 et cinquante fois plus qu’en 1950. « Mais on devrait multiplier les chiffres par quatre pour mesurer l’exacte importance du secteur, analyse Jean Viard, sociologue, auteur de Triomphe d’une utopie (Broché, 2015), car l’immense majorité des personnes prennent leurs vacances à trois ou quatre heures de leur domicile. Au final, les chiffres sont gigantesques : cela représente près de quatre milliards de déplacements par an. L’Autre est désormais présent partout. On est entré dans l’ère de la mondialisation humaine. »

Dès les années 1960, bon nombre d’autorités publiques en Europe ont anticipé ce tourisme de masse et pris le parti d’en tirer profit : « La France de De Gaulle a planifié la construction de grands complexes dans les Landes et sur la côte du Languedoc avec l’idée d’encourager l’installation de ces vacanciers dans la région. Plus tard, en Espagne, la droite catholique s’est servie du tourisme pour ouvrir le pays et sortir du franquisme. Ce fut d’ailleurs un calcul victorieux qui a conduit à une renaissance de la démocratie. »

Aujourd’hui, les pays du Sud font également en sorte d’attirer ces milliers de voyageurs pour assurer leur développement économique. Quatre d’entre eux, la Chine, le Mexique, la Thaïlande et la Turquie, figurent déjà dans le top 10 des destinations les plus fréquentées.

A l’avenir, cet attrait pour le Sud devrait s’intensifier pour plusieurs raisons : l’apparition de classes moyennes dans les pays émergents, la chute des prix des billets d’avion et l’expansion continue du marché.

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) prévoit une croissance continue du secteur de 3 % par an jusqu’en 2030 au moins. Avec, à la clé, une série d’avantages pour les pays accueillants : la construction d’infrastructures qui profiteront aux populations locales, la création en nombre de petites entreprises, des nouveaux emplois essentiellement occupés par des jeunes et des femmes, etc.

« Ce tourisme vers le Sud soulève de gros espoirs, mais il demeure aussi un grand marché basé sur les mêmes rapports de domination des plus forts (le Nord) sur les plus faibles (le Sud), tempère Bernard Duterme, directeur du Centre tricontinental (Cetri). Lorsqu’un hôtelier marocain négocie avec un opérateur de la taille de Thomas Cook, que croyez-vous qu’il se passe ? L’hôtelier écrase ses (...)

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Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.