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RDC

Contestation, négociation et résistance : L’État congolais au quotidien

Saisir l’essentiel du politique congolais n’est pas tâche aisée. Comment
faire l’état des lieux d’un État gigantesque où la multitude d’acteurs rivalisent
avec des institutions faibles pour créer une atmosphère constante d’incertitude
et de chaos apparent ? Les observateurs occasionnels peuvent être tentés
d’affirmer que le Congo ne va nulle part, au regard des développements de
ces dernières années. Le cycle de violence pratiquement jamais interrompu
dans les provinces du Kivu, par exemple, les violations continues des droits
de l’homme, l’échec de la réforme du secteur de sécurité, les intimidations et
répressions étatiques contre certains opposants, des élections frauduleuses
(2011), et plus généralement l’effritement du processus de démocratisation,
sont autant de signes d’une crise persistante.

Crise, sans doute, mais sur fond de flux, de transformations et d’adaptations.
Comme le disait une jeune résidente de Goma en juillet 2010
 : « 
Ce pays est
toujours en mouvement, tout le temps. C’est juste que nous ne sommes jamais
sûrs si c’est vers le haut ou vers le bas
 »
 [1]
. Témoignant d’une profonde ambivalence, cette déclaration nous rappelle que la certitude n’est pas de mise
au Congo, pour la majorité des habitants dans leur vie quotidienne comme
pour les observateurs que nous sommes et qui peinent à donner du sens aux
événements en cours.

Dans cette introduction et dans ce dossier, toutefois, nous souhaitons
suggérer trois pistes qui permettent d’appréhender, au moins en partie, les
logiques de la politique congolaise. La première concerne le caractère autement contesté du politique au Congo, qui se joue notamment à travers
l’usage de la violence qui continue d’affecter certaines parties du pays depuis
maintenant deux décennies. Ainsi, et bien que les conflits aient été inégalement
vifs dans l’espace et dans le temps, la violence s’est imposée comme un fait
dominant, voire une force structurante. Les deux numéros de
Politique africaine
consacrés antérieurement à la RDC
 [2]
en témoignent. Les lecteurs ne seront
par surpris que le présent numéro insiste sur le fait que la violence –
et les
stratégies violentes des acteurs politiques
– continue de marquer le pays,
comme le montrent les contributions de Jason Stearns, Maria Eriksson Baaz
et Judith Verweijen, bien qu’il ne s’agisse pas du sujet principal de ce dossier.
Au contraire, plutôt que de traiter de la violence comme dimension principale
de la politique congolaise, nous y référons comme une des manifestations
de ses caractéristiques essentielles, au premier rang desquelles figure la
contestation.

Il est en effet erroné de réduire la RDC à la violence, sorte de condition
permanente, apparemment dénuée de toute rationalité à moins que celle-ci
ne soit économique –
si l’on en croit le discours dominant sur la relation
entre celle-ci et la richesse du Congo en ressources naturelles. Il apparaît
plus judicieux de comprendre une part importante de la violence récente dans
l’Est du Congo comme l’effet de modes
politiques
militarisés où la coercition
et la menace associée à celle-ci représentent une stratégie de contestation et
de négociation très cohérente, et souvent couronnée de succès, pour faire
entendre des revendications.

La contestation est monnaie courante au Congo à tous niveaux, le plus
souvent sous des formes non-violentes. La vie politique à Kinshasa, à la fois
à l’intérieur et à l’extérieur du parlement, est très conflictuelle, y compris au
sein de la « 
majorité présidentielle
 » où les orientations des dirigeants sont
souvent mises au défi ou simplement ignorées par les députés
 [3]
. La contestation
est également présente dans les relations entre Kinshasa et les provinces,
lesquelles représentent un enjeu important à l`échelle nationale. La nouvelle
constitution de 2006 prévoit une décentralisation plutôt forte qui, si elle
était mise en place, promettrait de véritables bouleversements en matière
d’accès aux ressources financières et politiques.


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Notes

[1Discussion avec un des auteurs, Goma, juillet 2012

[2R.
Banégas et B.
Jewsiewicki (dir.), « 
RDC, la guerre vue d’en bas
 »,
Politique africaine
, n°
84,
décembre 2001
 ; P.
Quantin (dir.), « 
Les deux Congos dans la guerre
 »,
Politique africaine
, n°
72,
décembre 1998

[3« 
RDC
 : Mouvement de fronde au sein de la majorité présidentielle
 »,
RFI
, 1
er
novembre
2012
 ;
entretiens avec plusieurs membres de l’Assemblée nationale, Kinshasa, novembre
2012 et
mars
2013.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.