Continent de forte croissance économique, de démocraties fragiles et d’inégalités extrêmes, l’Amérique latine est aussi traversée d’une dynamique soutenue de rébellions et de contestations sociales, aux formes, aux identités et aux revendications renouvelées.
Et pourtant, les mouvements sociaux de la région ont fort à faire aujourd’hui pour continuer à exister, à peser sur le politique. Menacée de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du « consensus de Washington » ; menacée d’instrumentalisation, de cooptation ou d’institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et à redistribuer les dividendes des richesses exportées, la protestation émancipatrice offre un visage pluriel.
Un double clivage prévaut d’ailleurs au sein de la « gauche sociale » latino-américaine. Celui – de fond – qui divise tenants et opposants du neo-desarrollismo, nationalisme populaire d’un côté, écosocialisme de l’autre. Et celui – plus stratégique – qui oppose les partisans d’un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social.
Reste que, du Chili au Mexique, du Brésil au Venezuela, de l’Uruguay au Guatemala, de la Bolivie au Honduras et dans le reste de l’Amérique latine, les mouvements sociaux – paysans, urbains, indigènes, étudiants, etc. – influent tant bien que mal sur la redéfinition de la participation démocratique et de la citoyenneté politique.
Editorial et sommaire complet ci-dessous.
- Recension (par Christophe Ventura) dans Le Monde Diplomatique, février 2012 : www.monde-diplomatique.fr/20...
Recension (par Franck Gaudichaud) dans Dissidences, mars 2012 : Avec ce nouveau volume sur l’Amérique latine, le Centre tricontinental (CETRI) poursuit sa réflexion critique sur les relations entre mouvements sociaux, modèle de développement et champ politique dans la région. Cette livraison, composée de plus de 20 courts articles, fait suite au numéro de 2005, ainsi qu’à deux autres numéros, l’un sur la Bolivie (2009), l’autre sur le Brésil (2010). Comme le note le sociologue Bernard Duterme, qui a coordonné ce volume, outre plusieurs lectures possibles des gauches latino-américaines, « un double clivage » prévaut au sein des mouvements sociaux progressistes : « celui – de fond – qui divise tenants et opposants du neo-desarrollismo, nationalisme populaire d’un côté, écosocialisme de l’autre. Et celui – plus stratégique – qui oppose les partisans d’un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social ». Ce numéro offre de nombreux éclairages nationaux, bien au-delà des seuls pays gouvernés par la gauche ou le nationalisme populaire. Soulignons à ce propos la présence de plusieurs textes sur l’Amérique centrale, dont un sur le Nicaragua : un pays dominé par un gouvernement « sandiniste » largement « rénové » et décrié par un mouvement populaire qui se réorganise peu à peu. Trois analyses transversales concluent la revue, avec en particulier un article de synthèse de José Seoane, Clara Algranati et Emilio Taddei sur « une décennie de luttes et de changements en Amérique latine » qui est tout à fait éclairant. Au final, un numéro qui balaye rapidement tout le continent, grâce à la plume de spécialistes, dans leur majorité, latinoaméricains. On pourra regretter le caractère très succinct de plusieurs articles, mais ce numéro offre néanmoins une riche entrée en matière, avant d’aller approfondir telle ou telle thématique au travers d’ouvrages plus spécifiques et sur le site Web du CETRI, qui propose de nombreux compléments. http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dis...
Toujours rebelle l’Amérique latine ? Mouvements sociaux, contestations et pouvoirs de Tijuana à Ushuaïa
Colombie : du vin nouveau dans de vieilles outres ?
Venezuela : mouvement populaire en manque d’autonomie et de participation
Équateur : une « révolution citoyenne » contestée
Pérou : changement de régime en phase avec les nouvelles mobilisations sociales ?
Bolivie : 2000 jours plus tard, État, mouvements sociaux et dissidences
Paraguay : déconvenue de l’option électoraliste de la gauche sociale
Mexique : résistances sociales au pays de la « guerre contre le narcotrafic »
Guatemala : sujet communautaire émergent sur fond de globalisation néolibérale ?
Honduras : résistances populaires, des réformes du 19e siècle à l’après-coup d’État de 2009
Costa Rica : face à l’« ajustement », des contestations « pacifiques » ou « pacifiées »
Panama : quelles résistances populaires face au redéploiement capitaliste ?
L’impact des mouvements indigènes sur la scène politique en Amérique latine
Une décennie de luttes et de changements en Amérique latine
Les mouvements sociaux en Amérique latine : un bilan historique