Le « Chat » du Soir

Quel bilan pour les années Chavez ?

Les principaux alliés latino-américains du Venezuela ont salué la mémoire d’un « homme exceptionnel », tandis que Barack Obama a estimé que le Venezuela « entame un nouveau chapitre de son histoire ». Quel avenir pour le pays sans Chavez ? Bernard Duterme, directeur du Cetri était l’invité du Chat du Soir, ce mercredi 6 mars à 13h

par Bernard Duterme
(6 mars 2013)

Bernard Duterme (Cetri) a commenté en direct le bilan de Chavez, décédé hier. « Il n’est ni le grand satan, ni le grand libérateur (…) mais son bilan social est objectivement positif ». Le résumé du chat :

Comment expliquer la popularité dont a bénéficié Hugo Chavez dans les couches populaires du Venezuela pendant toute la durée de sa présidence ?

« Sur le plan social, son bilan est objectivement positif. En réorientant la rente pétrolière (en constante hausse ces dernières années) vers des politiques redistributives volontaristes, le gouvernement Chavez a de facto favorisé une forte diminution de la pauvreté et des inégalités, d’où sa popularité exceptionnelle (dans sa durée) dans les couches populaires.

Son « règne » aura mêlé nationalisme populaire, anti-impérialisme (relatif !) et capitalisme d’Etat. Un capitalisme d’Etat clairement plus redistributif, plus social, plus égalitaire, plus souverainiste que celui de ses prédécesseurs ou de ses proches voisins, mais un capitalisme d’Etat toujours très dépendant des Etats-Unis (le principal partenaire commercial du Venezuela), de l’Asie, etc.

Tant le socialisme de Chavez que son anti-impérialisme auront été relatifs. En interne, s’il a effectivement rendu à l’Etat les moyens de politiques sociales volontaristes (et parfois clientelistes), plus de 70% de la production de richesse au Venezuela reste le fait du secteur privé (la proportion aurait même légèrement augmenté ces 10 dernières années, d’après la CEPAL). En externe, il aura été le moteur d’initiatives d’intégration latino-américaine non subordonnées à la puissance états-unienne, tout en maintenant d’excellentes relations pétrocommerciales avec les Etats-Unis. »

« En revanche, Chavez n’a pas su ou pu juguler la corruption endémique de l’administration, son inefficacité, ses dysfonctionnements. L’insécurité est elle aussi hautement problématique. Les taux d’homicides et d’enlèvements sont parmi les plus élevés du continent latino. »

Comment expliquer les relations « amicales » qu’il entretenait avec certains dictateurs du Moyen-Orient ?

« Au nom d’un anti-impérialisme binaire (souvent essentiellement rhétorique – « les ennemis de mon principal ennemi sont mes amis »), le chavisme a développé une diplomatie « aberrante » dans son amitié plusieurs fois réaffirmée à certains dictateurs du Moyen-Orient. En cela, pour recontextualiser sur le plan latino-américain, il n’a fait que pousser à l’extrême une lecture largement répandue en Amérique latine, dans la gauche politique et sociale, qui n’a pas attribué beaucoup de légitimité aux soulèvements populaires arabes. »

La prochaine élection est-elle perdue d’avance pour le candidat de l’opposition ?

« Les dernières élections présidentielles d’octobre 2012 ont certes consacré une nouvelle fois Hugo Chavez, mais le candidat de la droite réunie a également enregistré un score conséquent (44 %). Notamment en édulcorant son opposition frontale à Chavez (qui l’avait amenée à fomenter ce coup d’Etat de 2002, avec l’appui des Etats-Unis), en garantissant la continuité des bénéfices sociaux de l’administration Chavez et en se réclamant du « Lulisme » brésilien. »

Hugo Chavez, finalement ange ou démon ? Sa personnalité et ses engagements n’ont jamais cessé de faire polémique…

« La controverse est effectivement passionnée. Hugo Chavez n’est pourtant ni le grand Satan, le dictateur que nous dépeint une certaine presse de ce côté-ci de l’Atlantique, ni le grand libérateur, l’homme providentiel à sanctifier séance tenante que nous vendent ses inconditionnels. Si à raison on peut lui reprocher son « hyperprésidentialisme » (qui hypothèque d’ailleurs la viabilité à terme de sa « révolution » socialiste), il a effectivement rompu avec les politiques de ses prédécesseurs dont le bilan social était catastrophique, dans un pays si riche en ressources. »

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.
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