Syrie : la solidarité sélective

Le soulèvement syrien « fêtera » bientôt son quatrième anniversaire dans une indifférence abasourdie, malgré les apparences trompeuses. Plusieurs centaines de milliers de victimes, de milliers de détenus et de disparus, des millions de déplacés et de réfugiés, une destruction massive des infrastructures et une fissure profonde du tissu social. C’est le résultat catastrophique d’une gestion militaire et sécuritaire d’une révolte, pacifique dans ses débuts, par un régime « sécuritocratique ».

Cependant, fidèles à leur inaction structurelle, les Nations-Unies, dont le secrétaire général ne cesse d’exprimer son « inquiétude », ont suspendu cyniquement le décompte des victimes. En revanche, les programmes onusiens ont trouvé un « marché » fructueux pour explorer des scénarios de reconstruction.

Les Nations « désunies », en Europe et ailleurs, ont adopté des attitudes politiques variées et variables à l’égard de la tuerie en Syrie, dès ses débuts en mars 2011. Si les discours répandus étaient solidaires avec les droits du peuple syrien à sa liberté et sa dignité, les actions diplomatiques et humanitaires n’étaient qu’un reflet d’un désordre décisionnel, d’une hésitation endémique, d’une hypocrisie phénoménale et d’une indifférence tragique.

La croissance « hystérique » du terrorisme de « Daech », inattendu pour les uns ou orchestré pour les autres, annonce un autre regard international et régional sur la « question » syrienne.

S’alarmant rapidement de ce « loup » radical et terroriste qui vient véritablement dévorer les citoyens, les Syriens n’ont pas cessé, en vain, d’appeler au secours et à la conscience « universelle ». Le développement de ce monstre résulte d’une multitude de facteurs. Parmi lesquels, la manipulation de la question religieuse dans son aspect le plus radical par le régime, les ingérences étrangères dans le processus révolutionnaire, le désarroi d’une frange de la population face au délaissement international de leurs causes et de leur souffrance, les fragmentations au sein des oppositions immatures ou manipulables, et la complicité implicite des acteurs régionaux, par mauvais calculs ou malice structurelle, qui caractérisent certains systèmes politiques influents.

Subitement, la Syrie devance la scène, puisque la tendance exotique, orientaliste et colonialiste de parler des minorités, est de retour en Occident. La sonnette d’alarme, qui a eu du mal à fonctionner durant les trois dernières années, pour alerter sur le sort des Syriens, tous les Syriens, retentit maintenant avec virulence. Cette distinction déplorable contribue vigoureusement à la stigmatisation d’une partie de la population en relation avec son appartenance communautaire. Elle approfondit le fossé au sein de la société épuisée et déchirée.

Décider, soudainement, après un long silence et inactivité, de réagir, puisque les minorités sont menacées, renvoit à une autre époque que les Occidentaux dans leur majorité, ont dépassé. En revanche, si les tendances populistes et extrémistes qui se développent à l’ombre des crises sociales et économiques poussent les décideurs à tomber dans le piège, le prix à payer par tous les protagonistes, va être très élevé. Cela engendrera, entre autres, un extrémisme religieux accéléré, une méfiance soutenue entre les citoyens et un rejet accru de l’Occident.


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