Agriculture

Nourrir ou détruire ?

La vocation de l’agriculture est, depuis toujours, de produire des aliments pour nourrir les humains. Pourtant, aujourd’hui, une part de plus en plus importante de l’activité agricole est consacrée à des produits non alimentaires. Les agrocarburants n’en sont qu’un exemple parmi d’autres, sans doute le plus connu. Quant à la nourriture, elle tend à devenir elle-même une simple marchandise, objet d’une activité économique hautement lucrative sur fond de spéculation boursière. Une arme particulièrement efficace dans une guerre économique qui ne connaît plus de limites, puisque même les politiques d’aide alimentaire contribuent souvent, à leur tour, à l’inféodation de populations entières à des lois commerciales dictées de l’étranger.

Ce type d’exploitation productiviste conduit à un accaparement des terres, à la ruine des petits paysans locaux, à un exode rural massif, à la détérioration des écosystèmes ainsi qu’au gaspillage énergétique résultant des transports à longue distance. Sans parler des conflits armés dans certaines régions du monde particulièrement riches en ressources naturelles.

Cette agriculture industrielle qui prétend nourrir le monde et qui contribue, en fait, à le détruire continue à jouir d’importants appuis officiels en raison d’un lobbying efficace des banques et des milieux d’affaires. Nos responsables politiques négocient d’ailleurs en ce moment des accords transatlantiques de libre-échange qui risquent d’aggraver encore la situation. Sans parler de la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, lancée récemment par le G7, favorisant l’apport de capitaux privés internationaux qui profitent avant tout aux grandes multinationales comme Monsanto ou Cargill, et qui menacent l’accès à la terre, la souveraineté alimentaire et l’environnement des populations locales.

Au milieu de cette confusion, on ne peut que souligner le courage et la lucidité des producteurs qui, chez nous et ailleurs, ont fait le choix d’une agriculture fidèle à sa vocation de nourrir tous les humains et de respecter la terre, première source de vie. Face à l’abandon des fermes au profit des grands consortiums productivistes, ils résistent et innovent tout à la fois.

Rappelons que c’est pour mieux les faire connaître que le Mouvement d’action paysanne, en collaboration avec de nombreuses associations solidaires, organise depuis cinq ans la Petite Foire [1] qui les accueille le dernier week-end de juillet dans une ferme ardennaise, face à la grande Foire agricole de Libramont, à ses 200 000 visiteurs, à ses 2 000 exposants, à ses 300 000 m² et à ses multiples sponsors privés et officiels.

Ce ne sont pas les innovations techniques que ces pionniers remettent en cause, mais bien l’usage qu’en font les affairistes qui se les approprient, et ce dans tous les domaines de l’activité humaine. En tant que mouvements citoyens attentifs à cette réalité et à la nécessité de revoir fondamentalement nos modes de production et de consommation et, singulièrement, dans le secteur clé de l’activité agricole, nous tenons à exprimer publiquement notre solidarité à l’égard des agriculteurs, éleveurs et artisans de ces voies nouvelles, et nous demandons instamment aux pouvoirs publics un soutien beaucoup plus ferme de leurs choix. Des choix qui répondent d’ailleurs à l’attente d’un nombre croissant de concitoyens.


Notes


P.-S.

Une opinion d’Agir pour la paix, CAGL (Centre d’animation globale du Luxembourg), CETRI (Centre tricontinental), CINL (Centre des immigrés Namur-Luxembourg), Entraide et fraternité, Equipe du Gletton, Ferme Arc-en-Ciel, Ferme du Hayon, FGTB (Fédération générale du travail de Belgique), Halle de Han, Maison luxembourgeoise de l’écologie, MAP (Mouvement d’action paysanne), MOC (Mouvement ouvrier chrétien), MOJOCA (Mouvement des jeunes de la rue), Oxfam-Magasins du monde, Périple en la demeure, SCI (Service civil international), Vie féminine Centre-Ardenne.

Carte blanche publiée dans Le Libre.be


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.

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