Iran : mouvement ouvrier et revendications des travailleurs

On peut énumérer les problèmes généraux des travailleurs d’Iran comme suit : manque de sécurité de l’emploi, travail intérimaire et contractuel, fermeture des usines, chômage de millions de travailleurs, non paiement des salaires (allant d’un mois à un an), concurrence intense parmi les travailleurs à l’intérieur du marché du travail, manque d’intérêt et de réponse du régime aux revendications des travailleurs, appui du régime aux revenus du pétrole et parallèlement manque absolu d’intérêt pour la production des biens de consommation, importation sans contrôle au détriment de la production interne conduisant à la faillite des grandes industries comme la sucrerie, le thé, la fabrication de chaussures, l’industrie électrique, etc.

L’autre volet de cette situation est la répression de tout mouvement pacifique de revendication ouvrière, et l’absence d’utilisation des recettes de la banque mondiale et du fonds monétaire international qui conduirait à la création d’un marché du travail bon marché au bénéfice des capitaux étrangers et autochtones. Le résultat en est une inflation de l’ordre de 19% et un salaire qui conduit les travailleurs à avoir un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté absolue. (Les ouvriers touchent un salaire de l’ordre de 150 dollars c.à.d. l’équivalent d’un mois de loyer d’habitation) Ainsi, malgré l’intensification des mouvements de protestation et des grèves, les assauts du régime contre les acquis sociaux des travailleurs ne se sont pas arrêtés et ceux-ci n’ont pas obtenu les moyens de subsistance minimum reconnus au niveau international.

La situation des femmes est pire que celle des hommes ; elles sont moins bien rémunérées et disposent de moins de sécurité d’emploi. En plus, elles subissent constamment le harcèlement et la ségrégation sexuels, surtout de la part des dirigeants d’entreprises. A cause de l’emprise des idées et pratiques machistes, les travailleuses sont souvent privées de la solidarité de classe des travailleurs. Dans les organisations des travailleurs (y compris dans le syndicat de Sherkate Vahed), les femmes n’ont pas de place. Si elles participent aux rassemblements des travailleurs, généralement l’accompagnement et la soumission aux hommes leurs sont imposés.

Mais, la pire des situations est celle des travailleurs afghans. Ils sont les plus démunis et les plus exploités des travailleurs d’Iran. Le code du travail ne les concerne pas. Leurs enfants n’ont pas droit à l’instruction. A cause de l’irrégularité de leur séjour en Iran et parce qu’ils sont des « Afghans », beaucoup de patrons ne paient pas leurs salaires. Lorsqu’ils tombent dans les mains des forces de « l’ordre », les policiers pillent leurs économies. Pour une bouchée de pain, ils acceptent les pires travaux pour des rémunérations dérisoires. L’exercice d’un grand nombre de professions est interdit aux travailleurs afghans en Iran. A ceux qui ont le permis de séjour et de travail les travaux les plus pénibles, les moins « nobles », et les plus mal payés sont proposés. Il n’y a presque pas de travailleurs afghans membres des syndicats ou d’autres organisations des travailleurs en Iran.

Les menaces militaires américaines et les blocus économiques ont empiré la situation des travailleurs d’Iran. Par exemple, l’arrêt des activités de Total à Assalouyeh, suite à la décision du gouvernement français, a condamné au chômage des milliers de travailleurs iraniens. Il est à noter que les conditions de travail dans ‘le projet de gaz d’Assalouyeh’ n’ont rien à voir avec celles des pays occidentaux. Ici règnent des méthodes semi féodales et les travailleurs sont exploités suivant les méthodes des camps de travaux forcés.

Le manque d’organisation des travailleurs est l’obstacle principal pour lutter efficacement contre cette situation lamentable. A cause de la menace permanente de licenciement ou d’arrestation, les travailleurs n’ont pas encore réussi à créer leurs organisations indépendantes. Dans ces conditions, il est normal que le régime parvienne à imposer un ordre néo féodal au marché du travail iranien. Ces considérations nous conduisent à étudier le passé et le présent des organisations ouvrières en Iran, avec pour but de donner un aperçu des possibilités de solution à la situation actuelle.

Activités clandestines

A la suite des répressions de 1981 à 1987, un grand nombre de militants ouvriers ont été licenciés, emprisonnés, ou exilés. La création de toute organisation ouvrière est devenue illégale dans les faits. Les éléments inféodés aux associations islamiques ont occupé « la maison des travailleurs ».

Les « Conseils Islamiques du Travail » qui sont des organisations idéologiques pro-régime, sont les seules organisations ouvrières légales reconnues par le gouvernement. Les dirigeants de ces organisations sont désignés par des ministres et des hommes du régime. Après la guerre Iran – Irak et au début d’une période que le régime a nommé « construction », la stagnation et le recul du mouvement ouvrier a pris fin. Peu à peu, les protestations ouvrières ont pris de l’ampleur et ont commencé à prendre forme. Les foyers clandestins à l’intérieur des entreprises y jouaient un rôle déterminant. Pendant ces mêmes années, quelques publications qui traitaient des problèmes des travailleurs iraniens ont apparu. L’existence de ces publications et le débat sur les divers problèmes du monde du travail et surtout les interventions théoriques sur les questions d’organisation, ont créé une ambiance qui a permis aux militants de se retrouver et de donner encore plus d’envergure aux débats.

Parallèlement, les militants à l’étranger ont mis en place des structures de solidarité et d’aide à la lutte des travailleurs d’Iran et ont pris part à la publication d’articles dans les revues des travailleurs de l’intérieur. Ainsi, la question de la création d’organisations indépendantes des travailleurs a été mise à l’ordre du jour du mouvement ouvrier.

Activités publiques

Les contradictions internes à la République Islamique ont conduit à une importante friction entre les responsables de « La Maison du Travailleur » et les « Conseils Islamiques » d’une part, et ceux du « Front de Participation » de l’autre. (Le « Front de Participation » est le parti des réformistes dirigé par le frère de Khatami). Par la suite, une scission est apparue au sein de la « Maison des Travailleurs » qui a conduit à l’apparition de deux organisations ; « Association Professionnelle des conducteurs de l’extérieur de la ville » et « Les Journalistes », liées au « Front de Participation ».

De même, une partie des militants du mouvement ouvrier a adressé une lettre au ministère du travail et demandé l’autorisation de créer des syndicats. A la suite de ces activités, le « Comité Fondateur des Syndicats et des Associations professionnelles » a annoncé sa création. D’autres militants, groupés dans les « Associations Culturelles des Travailleurs » ont organisé des séminaires et des réunions et engagé des discussions avec la participation de certains militants du « comité Fondateur… » Ainsi naquit le périodique « Avaye Kar ». Dans la même période, d’autres militants ouvriers ont organisé des rassemblements pour la célébration du premier mai ainsi que pour d’autres occasions. Des publications et déclarations ont fait leur apparition.

Manifestations Publiques

La bataille des travailleurs de Khatoune Abad en 2003 a été propagé à l’étranger. La confédération libre des travailleurs a envoyé clandestinement un groupe pour enquêter sur la situation. Mais, le secret a été divulgué en Iran par les militants ouvriers de l’extérieur d’Iran. Mahmoud Salehi, (un travailleur qui est actuellement en prison) a réussi à rencontrer la responsable du groupe et à exposer les problèmes et les difficultés des travailleurs iraniens. La discussion s’est déroulée dans un quasi état d’urgence, imposé par le régime, qui s’est mis à empêcher tout contact entre les travailleurs indépendants et le comité d’enquête. A la fin du mois d’avril, Mahmoud Salehi et Mohsen Hakimi, ainsi que quelques autres militants ouvriers de Saghghez ont été arrêtés sous l’accusation d’avoir organisé un cortège indépendant au premier mai 2002. La lutte pour leur libération a marqué un point important pour les activités publiques des militants ouvriers. La vaste campagne internationale et surtout l’intervention de la CGT, ont obligé le régime à reculer et à libérer les militants emprisonnés. Mais, le régime est revenu à la charge plus tard et les a de nouveau emprisonnés sous d’autres accusations. SALEHI est encore en prison et son état de santé est inquiétant. D’autres militants ouvriers traînent en permanence dans les couloirs du palais de justice du régime.

L’annonce publique de la création de comités et du syndicat de « Sherkate Vahed »

C’est dans cette atmosphère que les militants de l’association culturelle des travailleurs et le périodique « Avaye Kar » (La voix du Travail) en compagnie d’autres militants ouvriers, ont créé le « Comité pour le Suivi de la Création des Organisations Indépendantes et Libres des Travailleurs ». Leur déclaration portait 4000 signatures et ils ont bien exposé leur volonté de créer des organisations libres des travailleurs dans les entreprises. Après cette annonce, un autre groupe de militants a rendu publique une déclaration sur la création du « comité de Coordination pour la Création des Organisations des travailleurs ». Celle-ci portait aussi 4000 signatures. Le but déclaré du groupe était la création d’une association anticapitaliste.
Pendant ce temps, les militants de « Sherkate Vahed » dont un certain nombre faisaient partie du « Comité de Suivi » organisaient des cours sur les rudiments nécessaires pour mettre sur pied, sans bruit, un syndicat. Ils ont finalement fixé une date pour les élections des responsables. Mais leur réunion a été attaquée par les membres des conseils islamiques du travail ainsi que par ceux de la « Maison des Travailleurs ». Il est à noter que cette attaque était sous la direction de Monsieur « Hassan SADEGHI » qui malgré ses implications contre les travailleurs, a siégé aux réunions de I.L.O. D’autre part, l’I.L.O. a accepté la délégation des conseils islamiques du travail et leur a accordé le statut de représentants des travailleurs iraniens. Au cours de ces attaques, Mansour OSSANLOU, a été blessé au couteau à la gorge et à la langue et a été transporté à l’hôpital. Un certain nombre d’autres militants ont aussi été blessés. Mais les élections ont quand même continué. Les responsables syndicaux ont été élus et la création de l’organisation a été rendue publique. Plus tard, le syndicat a réclamé une convention collective que le gouvernement a refusée et ainsi un mouvement de grève s’est déclenché. Mansour OSSANLOU a été arrêté et le syndicat a été interdit par le gouvernement. En guise de protestation les travailleurs n’ont pas fait payer les passagers de transport urbain pendant 24 heures. Pour intimider les grévistes, les forces de l’ordre ont arrêté et incarcéré 1200 personnes pendant la nuit, y compris les femmes et enfants des grévistes. Après 7 mois, Mansour OSSANLOU a été libéré sous une pression venant de l’intérieur et de l’international. Pour pouvoir retourner au travail, les travailleurs ont été obligés de signer un engagement à ne plus faire partie du syndicat. Les 55 militants qui ont refusé de signer ont tout simplement été licenciés et 11 d’entre eux déférés devant les tribunaux. Pour retrouver la liberté, ils ont versé de lourds gages. A l’heure actuelle, Mansour OSSANLOU est condamné à 5 ans de prison et son adjoint, Ebrahim MADADI, à 2 ans. Ils sont encore en prison et 9 autres militants attendent leur jugement. Le mouvement continue et prend de l’ampleur. Récemment, « l’Association des Travailleurs de Métaux et de l’Electricité de Kermanchah » et un groupe de travailleurs d’« Iran Automobile » ont organisé des manifestations publiques. Un certain nombre d’autres entreprises ont aussi manifesté. Une partie de ces travailleurs a distribué des tracts au nom de « l’Union des Comités des travailleurs ».

On peut signaler la publication des journaux tels que « Nouvelle Critique », « La vie ouvrière », qui traitent des problèmes des travailleurs. Quelques lettres d’informations sur la situation des travailleurs afghans et la nécessité de la solidarité internationale ont aussi été diffusées.

La situation des organisations ouvrières existantes :

Le Comité de Création des Syndicats et des Associations Professionnelles :

Ce groupe qui a diffusé plusieurs tracts et déclarations, a toujours milité pour la création de syndicats ou d’associations professionnelles. Dans sa dernière déclaration, il a invité les travailleurs à mener un mouvement commun autour de ce thème. La principale difficulté de ce groupe réside dans le fait qu’au lieu de s’appuyer sur le mouvement des travailleurs, il se berce dans l’illusion de pouvoir obtenir de l’Etat ou de ses ministères la permission de créer des organisations syndicales indépendantes ; il veut prendre la voie d’un cadre tripartite.

Les comités à l’extérieur de l’espace de travail :

Le Comité de Suivi et le Comité de Coordination qui au début de leur existence avaient fait de la création des organisations ouvrières leur objectif principal, se sont éloignés de leur but au fur et à mesure de leur existence et ont perdu le lien avec la masse des travailleurs. Ils se sont ainsi transformés en groupes repliés sur eux-mêmes. Pourtant, vu leur programme de départ, on espérait voir surgir plusieurs organisations ouvrières dans diverses branches. On espérait que parmi les 8000 signataires, au moins une centaine de militants passent à l’action et créent quelques organisations indépendantes. Mais, comme ces espoirs ont été déçus, le groupe a essayé de créer une organisation à l’extérieur de l’espace de travail et ensuite d’inviter les travailleurs à le rejoindre. Actuellement, ils forment un groupe sans base ouvrière et publient de temps à autre un bulletin d’information.

L’union des comités des travailleurs :

Les militants ouvriers de ces comités ont la possibilité d’organiser des mouvements de protestation comme par exemple, un groupe de travailleurs d’Iran Automobile. Mais, ils n’ont pas encore une trace concrète et visible d’organisation ouvrière. L’utilisation de méthodes de travail clandestines et publiques, légales et illégales, peut les aider à résoudre leurs problèmes. Ces méthodes font partie des acquis précieux du mouvement ouvrier. Si après tant d’années, ils préfèrent encore éviter de rendre publiques leurs activités et se limitent à diffuser de temps en temps quelques tracts.

Le centre de défense des droits des travailleurs :

Depuis quelques mois, l’ensemble des militants de diverses organisations, associations et comités, sont parvenus à la conclusion qu’il fallait entreprendre une action commune pour organiser les travailleurs malgré les divergences théoriques qui les séparent. Ainsi, à la suite d’une réunion commune, ils ont créé le « Centre de Défense des Travailleurs d’Iran ». En plus des travailleurs, ce centre regroupe un certain nombre d’intellectuels, des étudiants, des militants des mouvements des femmes, des enseignants et des écrivains. La grande partie des efforts du centre vise à encourager les travailleurs à former leurs organisations indépendantes et à défendre les revendications ouvrières.

Les enfants ouvriers en Iran :

Une phrase qui est sur toutes les bouches chez les patrons en dit long sur le sort des enfants. Celle-ci est : plus l’enfant est petit et mieux c’est. Suivant les statistiques officielles de 1996, plus de 1 800 000 enfants de 10 à 18 ans travaillaient dans les domaines de l’industrie, de la vente au détail, de la réparation, du transport et de la pêche. A la même année, 3 150 000 enfants qui avaient fini le collège, n’ont pas réussi à s’inscrire au lycée et ont été absorbé par le marché officiel et non officiel du travail. La moitié d’entre eux sont des filles. En ce qui concerne le respect de l’âge du début d’activité, l’Iran se trouve au plus bas de l’échelle des pays du monde.

L’un des prétextes des chefs d’entreprises concernant l’engagement des enfants de moins de quinze ans, est la difficulté légale pour le licenciement de ceux qui sont plus âgés. Ni la clause numéro 182 sur le droit fondamental du travail et ni l’article 79 du code de travail, n’ont permis d’apaiser les souffrances des enfants d’Iran.

La grève des travailleurs de canne à sucre de « Haft Tappeh » (Khouzestan ; sud de l’Iran)

Après l’échec de tous les efforts des travailleurs de cette entreprise de plus de cinq mille travailleurs, une grève s’est déclenchée pour empêcher sa privatisation, sa vente et sa fermeture. Les revendications se portaient sur le limogeage du directeur, Monsieur SHAFIÏ, la dissolution du conseil islamique de travail, la constitution d’un syndicat indépendant, la signature d’un contrat collectif, la titularisation de 3000 travailleurs temporaires et la non fermeture de l’entreprise. Le gouvernement qui importe de grandes quantités de sucre, veut céder l’entreprise à l’Ayatollah DJANNATI qui veut, à son tour, fermer l’entreprise et licencier ses employés pour ensuite, comme pour les industries de textile, construire de grands ensembles résidentiels sur ses terrains et les vendre à des prix faramineux ! L’année dernière, les travailleurs ont organisé onze actions collectives.

Ils ont obtenu satisfaction quant au limogeage du chef de l’entreprise mais le 1/8/2007, deux militants ouvriers, Ghorban ALiPOUR et Mohammad HUJARI MEHR ont été arrêtés dans la rue et condamnés à verser l’équivalent de 5000 dollars chacun pour retrouver la liberté. Par manque de moyens, ces deux travailleurs se trouvent encore en prison et leurs camarades menacent de se mettre en grève pour obtenir leur libération.

Que Faire ?

Tout d’abord, les organisations qui ne sont pas implantées à l’intérieur des entreprises (du Comité de Suivi jusqu’au Comité de Coordination et d’autres comités de travailleurs) doivent réviser leurs méthodes d’approche des problèmes des travailleurs. Il faut éviter de se prétendre représentants ou de créer des organisations à la place des ouvriers. Ensuite, il est possible d’aider les travailleurs de deux façons ; d’abord en les encourageant à se prendre en main ; ceci doit figurer à l’ordre du jour de toutes les actions. Parallèlement, il faut se rassembler autour d’une plateforme de solidarité et de soutien à la lutte des travailleurs, aussi bien les militants ouvriers que les étudiants, les écrivains, les militants du mouvement des femmes et les intellectuels qui croient à la libération de la classe ouvrière du joug de l’exploitation capitaliste. Ils doivent sensibiliser la société aux revendications des travailleurs telles que la création d’organisations ouvrières indépendantes, la sécurité de l’emploi, le payement des indemnités de chômage à tous les travailleurs de plus de 18 ans, la fin de la discrimination sexuelle, la défense des droits civiques et du droit au travail des travailleurs afghans, le salaire égal à travail égal, l’abolition des contrats à durée déterminée, la non intervention des forces de l’ordre dans les affaires concernant les travailleurs, l’abolition de tous les jugements des tribunaux contre les militants ouvriers et la fin des poursuites judiciaires, la libération de tous les travailleurs emprisonnés, l’interdiction du travail des enfants et l’autorisation des publications des travailleurs, etc. par divers moyens (comme par exemple la collecte de signatures). Les luttes des travailleurs ne sont pas encore suffisamment dirigées vers les capitalistes étrangers (comme par exemple Total à Assalouyeh). Les militants qui se trouvent à l’étranger non plus, n’ont pas organisé assez d’action pour attirer l’attention des syndicats étrangers à ce problème important. Les contraintes devant la réorganisation des travailleurs L’inexistence de la sécurité de l’emploi est une des difficultés qui empêche les travailleurs de penser à s’organiser.
Nous savons que 96 % des travailleurs sont des contractuels, embauchés dans des entreprises de moins de dix salariés. Ils seront licenciés dès qu’ils prononceront le mot d’organisation. A cause de la contrebande et de l’importation inconsidérée de marchandises, les entreprises moyennes comme dans le textile, l’industrie électrique, l’industrie de chaussure, l’industrie de porcelaine, etc. sont en crise profonde. Certains ont fermé leur porte et d’autres sont en fermeture. Dans la grande industrie, la loi interdit la création d’organisations et les travailleurs ne sont pas autorisés à s’organiser. D’autre part, dans ces entreprises les travailleurs sont embauchés par des contrats à durée déterminée et sont soumis aux lois votées par l’assemblée islamique. Dans les rares entreprises où les travailleurs ont la possibilité de créer leur organisation, la pieuvre islamique veille et empêche par tous les moyens l’apparition d’une organisation indépendante. C’est ainsi qu’à l’Iran Automobile et aux industries de pétrole, par une machination organisée avec les concours du Ministère du Travail et de la Maison du Travailleur, la première entreprise a été fermée pendant les deux jours prévus pour les élections et pendant la deuxième, les deux assemblées générales ont été déclarées illégales et dissoutes et plus de 120 travailleurs ont été arrêtés pour avoir osé penser à s’organiser.

L’équilibre des forces à l’intérieur de la société :

Les travailleurs iraniens ont fait des pas importants pour arriver à comprendre la nécessité de s’organiser. Il n’y a pas longtemps que les militants ouvriers n’osaient pas se mettre autant en danger et apparaître sur le devant de la scène avec leur vraie identité. L’exposé des problèmes des travailleurs d’Iran et la dimension du soutien international ont eux aussi pris des extensions considérables. Le syndicat des travailleurs de « Sherkate Vahed » est admis comme membre à part entière de la confédération internationale des travailleurs du transport. Les informations sur les travailleurs iraniens sont maintenant diffusées par les médias internationaux. Une relation directe est établie entre les militants connus du mouvement ouvrier et les syndicats et les unions des travailleurs de l’occident. Dans les 25 dernières années, il n’y avait pas autant de mouvement de protestations ni de luttes des travailleurs. Mais malgré tout, ces activités sont encore dispersées, sans coordination, occasionnelles et inorganisées. En comparant la situation actuelle et celle des années 1980, on constate qu’actuellement les travailleurs se trouvent dans un état défensif. Défensif pour préserver leur emploi, empêcher les fermetures des entreprises, faire payer les salaires à leur terme, arrêter la répression sans relâche de tout mouvement de protestation, ne plus vivre sous le seuil de pauvreté absolue, ne plus être obligé de travailler en plusieurs endroits pour être capable de subvenir aux besoins de plus en plus lourds d’une vie élémentaire, etc. Il est vrai que les fêtes du premier mai sont célébrées convenablement par une partie des travailleurs, de même que la victoire des travailleurs de « Sherkate Vahed » pour la création de leur syndicat indépendant, ainsi que l’action des travailleurs de l’ouest de l’Iran pour la création de leur syndicat libre, ce qui peut être considéré comme autant de signes de mouvements offensifs. Mais on ne peut pas généraliser cette conclusion pour tout le pays.

Le mouvement des travailleurs de 1979 à 1982 peut être évalué comme offensif. Les conseils ouvriers ont été installés dans beaucoup d’entreprises. Ils avaient les pleins pouvoirs et ne rendaient de compte à personne. Les ouvriers occupaient les usines et choisissaient leur directeur. Dans les grandes entreprises, ils géraient la production.
A l’époque, à la suite de l’affaiblissement du régime de Chah et de son reversement, avant que les Mollahs installent leur régime, l’équilibre des forces penchait du côté des travailleurs. Mais dans les conditions actuelles, nous ne sommes même pas témoins de revendications telles que l’augmentation des salaires en fonction du niveau de vie, des contrats collectifs ou ldu projet de l’évaluation des emplois. Pour atteindre ce niveau de revendications il faut disposer d’organisations indépendantes dans les entreprises au niveau national. Mais comme nous l’avons fait remarquer, mis à part le « Sherkate Vahed » nous n’avons pas rencontré un tel mouvement aujourd’hui.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.

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