Mondialisation et tourisme : mélange détonant pour les peuples indigènes

Le développement exponentiel du tourisme dans les pays du tiers-monde bénéficie de tous les égards des institutions financières internationales. Considéré comme un vecteur d’emplois et de richesses, le tourisme local n’a pu résisté aux logiques libérales de l’économie mondialisée, contenues dans des textes comme celui de l’Accord général sur le commerce des services. Les populations indigènes du tiers-monde, jusque-là épargnées par les activités touristiques traditionnelles, sont devenues les cibles d’un secteur en pleine expansion : l’écotourisme. Vanté comme alternatif et écologique, l’écotourisme est cependant loin d’être « durable ». Ses effets sont souvent dévastateurs pour les populations indigènes qui doivent supporter tout son poids sans réelle prise sur son développement. Évincées de leurs terres traditionnelles, perdant le contrôle et l’accès à leurs ressources naturelles, les peuples indigènes connaissent régulièrement la déchéance sociale à la suite de la pénétration du tourisme et de la commercialisation de leur culture. Ces populations deviennent ainsi de simples rouages dans une industrie pesant plusieurs milliards de dollars.

La mondialisation et le tourisme ont tout d’un mélange détonant pour les peuples indigènes. L’impact du tourisme sur leur mode de vie, sur l’accès et le contrôle à leurs ressources et leur environnement, s’est exacerbé avec la mondialisation des échanges économiques. Depuis des dizaines d’années, le tourisme constitue une importante source de revenus pour de nombreux pays, particulièrement dans le tiers-monde. Sa croissance est tout bonnement extraordinaire. Dans les années 1950, 25 millions de personnes voyageaient annuellement à l’étranger. Dans les années 1970, ce chiffre est passé à 200 millions. En 2005, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), basée à Madrid, a enregistré 808 millions d’« arrivées » internationales.

L’OMT prévoit pour le 21e siècle, un afflux de plusieurs milliards de touristes par an. Elle calcule qu’en 2010, 1 milliard de personnes voyageront à l’étranger pour leurs loisirs. En 2020, ce chiffre pourrait s’élever à 1,6 milliard. En termes de revenus, cela se traduit par des recettes de plusieurs centaines de milliards de dollars par an. En 2005, elles ont atteint le chiffre de 682 milliards de dollars et elles pourraient doubler en moins d’une décennie. Le tourisme est également vanté dans le monde entier comme une importante source d’emplois. Selon le World Travel and Tourism Council (WTTC), un groupement réunissant plus de 80 patrons du voyage et du tourisme, le secteur emploie directement ou indirectement plus de 260 millions de personnes et génère 1 emploi sur 9 dans l’économie mondiale. 100 millions de postes de travail supplémentaires devraient s’ajouter cette décennie, dont 70 % dans la région Asie-Pacifique.

Le WTTC considère ainsi le tourisme comme la plus importante industrie mondiale et y voit un « vecteur clé d’emploi et de richesse économique ». Le secteur croît en moyenne de 4 à 5% annuellement, et ce, en dépit des éventuels ralentissements économiques. Le WTTC recommande dès lors que les gouvernements accordent une priorité constante au tourisme afin de dynamiser les économies, en Asie et ailleurs.

Développement du tourisme en tant que stratégie d’exportation

Il n’est pas étonnant que les pays du tiers-monde, en cruel manque d’argent, considèrent le tourisme comme la voie toute tracée vers un développement rapide. Ses milliards de dollars de profits potentiels faciles en ont fait la panacée pour les pays criblés de dettes. Plus encore, le tourisme est devenu une partie intégrante du package de propositions économiques encouragé par les institutions financières pour renflouer les finances des pays en difficulté. Le tourisme est à présent considéré comme une stratégie de développement sérieuse pour le tiers-monde…
Le Fonds monétaire international (FMI) a inclus le tourisme dans ses Programmes d’ajustements structurels (PAS). Pour rappel, les PAS, qui constituent des conditions préalables à l’approbation d’une aide économique, obligent le pays endetté à s’intégrer dans l’économie mondialisée ; à déréguler et libéraliser son économie ; à passer d’une économie centrée sur l’agriculture à une économie centrée sur l’industrie de biens et de services ; et enfin à libéraliser son secteur financier (Gonsalves, 1995, 34).

Intrinsèquement, ces conditions préalables lient le pays du tiers-monde à l’économie mondiale. Le PAS ouvre l’économie locale aux investissements étrangers et aux multinationales, tout en éliminant les subsides et la protection des industries locales. Suivant les prescriptions du FMI et de la Banque mondiale (BM), le tourisme est qualifié de stratégie d’exportation. En raison de sa capacité à engendrer des milliards de dollars, le tourisme est considéré par les mêmes instances multilatérales comme un moyen pour les pays du tiers-monde de leur rembourser leur dette.

Les gouvernements du tiers-monde ont dès lors essayé de remplir leurs engagements envers les PAS en réalisant des efforts d’investissement dans des joint-ventures liées au tourisme. En conjonction avec les institutions financières multilatérales et les multinationales actives dans le secteur du voyage et du tourisme, ils ont lancé des projets d’infrastructure tels que des routes, des hôtels et des programmes de promotion touristique. Les investissements publics et privés mondiaux ont alors atteint 800 milliards par an, ce qui représente pas moins de 12% des investissements totaux.

Mais ces conditions imposées par le tandem FMI-BM se sont avérées insuffisantes pour intégrer et ouvrir les économies du tiers-monde. L’Organisation mondiale du commerce a alors pris des mesures supplémentaires pour libéraliser davantage l’économie mondiale. Le principal accord international directement en rapport avec le tourisme est l’Accord général sur le commerce des services (AGCS). Signé au Maroc en avril 1994, cet accord établit un cadre légal et opérationnel pour l’élimination graduelle des barrières dans les échanges de services internationaux (Madeley, 1995). L’AGCS est une émanation des négociations de l’Uruguay Round du General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), le précurseur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

En bref, l’AGCS vise entre autres à faciliter les investissements de grandes multinationales dans les secteurs touristiques locaux des pays du tiers-monde. L’AGCS limite les restrictions imposées aux entreprises pour transférer leur personnel d’un pays à l’autre, leur permet d’utiliser des marques, de filialiser tous azimuts et de rapatrier leurs bénéfices à la maison mère. En vertu de l’AGCS, la protection de l’industrie locale du tourisme serait considérée comme une pratique déloyale et devrait à ce titre être éliminée. Les multinationales doivent ainsi bénéficier des mêmes avantages que les agences locales de voyage et de tourisme. Cela met l’industrie locale en concurrence avec des poids lourds multinationaux et se traduit de fait par un transfert de contrôle en leur faveur.

D’autres accords internationaux visent à intégrer l’industrie du tourisme dans l’économie mondialisée, tels que l’« Accord sur les mesures concernant les investissements et liées au commerce » (MIC), qui élimine l’obligation pour les entreprises étrangères d’utiliser une main-d’œuvre locale. L’Accord multilatéral sur les investissements (AMI) « assure également aux investisseurs étrangers des droits absolus pour investir dans tous les secteurs de l’économie du pays et obtient pour ceux-ci le même traitement que les investisseurs issus du pays d’accueil ». Cette proposition a néanmoins été supprimée grâce à un lobbying intense d’organisations non gouvernementales, y compris les organisations de peuples indigènes.

Menace pour les peuples indigènes

Mais que signifient la mondialisation et le tourisme pour les peuples indigènes ? Il est d’ores et déjà établi que le tourisme a causé des effets néfastes sur les peuples indigènes avant la mondialisation. L’ordre économique actuel exacerbe et accélère ces impacts.

Ainsi les communautés indigènes jusqu’à présent épargnées par les activités touristiques traditionnelles, sont actuellement visées pour de nouveaux projets dans le cadre de l’expansion de ce qu’on appelle désormais « l’écotourisme ». Cette variante relativement récente du tourisme est décrite comme respectueuse de l’environnement, durable et fondée sur la découverte de la nature. Il s’agit d’une réponse à la prise de conscience écologique croissante de ces dernières décennies.

Entendant bien profiter de cette tendance, le secteur du tourisme a promu l’écotourisme comme activité alternative, ostensiblement pour promouvoir les voyages de loisir tout en protégeant l’environnement. Cette activité inclut « la visite de zones naturelles relativement protégées dans le but d’étudier, d’admirer et de profiter du paysage, de la flore et des animaux sauvages, ainsi que de tout aspect culturel » (Ibon, 1998, 2). Cela inclut entre autres la spéléologie, l’alpinisme, la plongée, l’observation des oiseaux ou des baleines par exemple.

Ce secteur touristique particulier rencontre un succès remarquable. Il s’agit actuellement du secteur enregistrant la croissance la plus rapide, de 10 à 15% par an. L’écotourisme représenterait 25% de tous les voyages de loisir à l’étranger (Ibon, 1998). Les destinations écotouristiques étant souvent situées dans le tiers-monde, le tourisme y a connu ici une augmentation de 6% par an, par rapport aux 3,5% de croissance dans les pays développés (Kamuaro, 1996, 59). Après tout, c’est dans « le Sud » qu’il existe encore des zones relativement vierges et préservées ainsi que des environnements « exotiques ».

C’est aussi dans ces pays que l’on retrouve la plupart des diverses cultures indigènes. Les communautés autochtones sont donc, dans une large mesure, devenues des cibles de l’écotourisme dans notre économie mondialisée. En Afrique, le tourisme a déjà laissé des marques profondes sur ces populations : expulsions à grande échelle de leurs terres, délocalisation économique, perte des valeurs traditionnelles et atteintes à l’environnement. Bien que l’écotourisme constitue un phénomène relativement neuf au niveau international, il est en effet présent depuis longtemps en Afrique.

Dans les années 1950, les gouvernements coloniaux de Tanzanie et du Kenya sous le règne britannique ont légalisé la chasse et l’abattage d’animaux sauvages par des « colons blancs », préfigurant ainsi le tourisme de masse (Kamuaro, 1996). Ils ont mis en place des zones destinées à l’usage exclusif de chasseurs et empêché les autochtones d’y accéder. Des gîtes et des campings ont été établis près des réserves, qui devinrent d’importants générateurs de revenus. Quelque 70% des « aires protégées » et des « réserves » d’animaux sauvages ont été conquises au détriment de la tribu des Masai. Simples pasteurs, les Masai utilisaient ces terres pour leurs activités économiques et leurs pratiques traditionnelles. Leur éviction a désintégré leur économie. Expulsés de force de leurs terres, ils n’ont reçu que peu d’appui du gouvernement. Et même après l’indépendance, le gouvernement ne leur a pas fourni de services sociaux tels que l’éducation, ni d’emploi.

Les activités traditionnelles des Masai – le pastoralisme – ont été attaquées de front et taxées de primitives et dommageables pour l’environnement. Pourtant, le « pastoralisme et la conservation de la nature font bon ménage » (Kamuaro, 1996). Aliénés de leur principale activité économique et désavantagés sur le marché de l’emploi en raison d’un manque d’instruction scolaire, les Masai sont tombés dans la pauvreté. Même les institutions sociopolitiques des Masai ont souffert du tourisme. Les terres en dehors des réserves, où les Masai ont été replacés, sont considérées comme des terrains communaux. Dans ces zones, les résidents sont enregistrés et les terres et ressources doivent en principe être redistribuées de façon égalitaire par un comité de gestion.

Des fonctionnaires corrompus sont cependant allés jusqu’à enregistrer des non-résidents qui ont monopolisé des terres de premier ordre proches des réserves. Des conflits territoriaux en sont nés. Les anciens, pourtant traditionnellement médiateurs en cas de conflit, sont devenus impuissants face à ces non-résidents souvent soutenus par des personnalités puissantes. On relève aussi des destructions de propriétés par les animaux sauvages, sans que le gouvernement n’ait offert aucune compensation aux résidents affectés. Cela a causé une rupture dans le rapport entre les tribus et les animaux devenus prioritaires pour le tourisme. En conséquence, les « Masai en viennent à détester les animaux sauvages avec lesquels ils ont coexisté durant des siècles » (Ole Karia, 1998).

Le tourisme n’a pas épargné l’environnement ni la biodiversité. L’arrivée de davantage de touristes dans ces réserves – encore plus depuis l’accélération de la mondialisation – a augmenté la déforestation, la pollution et a déséquilibré l’environnement. Dans le Masai Mara National Park au Kenya et dans la Ngorongoro Conservation Area en Tanzanie, les forêts qui jouxtent les gîtes et les campings ont été abattues en raison de la demande de bois de chauffage. L’afflux massif de touristes motorisés a également causé la destruction de la couverture herbeuse, ce qui a affecté les espèces végétales et animales dans la zone. Les hôtels ont déversé leurs eaux usées dans des zones d’habitation masai, tandis que les campings ont pollué les rivières adjacentes.

La culture Masai a aussi été affectée et commercialisée. Influencés par la pénétration de valeurs occidentales consuméristes, les jeunes perdent progressivement leur propres héritages, tandis qu’on assiste à une augmentation de la prostitution et du sida. Des cartes postales représentant les tribus dans leurs costumes traditionnels abondent, car il est dans l’intérêt de l’écotourisme de « préserver » l’image d’« authenticité », qui constitue un argument commercial très fort pour les touristes étrangers. En revanche, «  on évoque rarement – pas plus qu’on ne soutient — le combat des peuples indigènes pour sauvegarder leur culture, leur autodétermination, leur liberté d’expression culturelle, leurs droits sur les terres de leurs ancêtres, et le contrôle sur l’usage qui en est fait ainsi que la gestion des ressources » (Kamuaro, 1996).

Aux Philippines, où le tourisme est depuis longtemps considéré comme une importante source de devises, l’écotourisme est également devenu une priorité. Riches d’une impressionnante biodiversité, les Philippines ont développé l’offre écotouristique, afin d’attirer davantage de visiteurs. Cette stratégie a bien sûr pour objectif d’accroître le chiffre d’affaires du pays dans le tourisme mondial. Si l’on en croit le schéma directeur de son département touristique (le DOT), les Philippines entendent développer un tourisme « durable », tout en faisant du pays une destination touristique majeure en Asie (Ibon, 1998). Le National Integrated Protected Areas System Act (NIPAS), adopté en 1992, a permis de jeter les bases de cette priorité en décrétant certaines « aires protégées ». Le DOT en a identifié 17 dans tout le pays, qui conviennent pour l’écotourisme. Détail qui a son importance : la plupart de ces zones sont des territoires de peuples indigènes.

Dans la Cordillera, au nord des Philippines, le tourisme influe négativement sur une grande partie des 1,3 million d’indigènes. Sagada dans la province Mountain, qui abrite les Kankanaeys, est renommée internationalement pour son climat frais, ses rizières en terrasses et ses grottes. Depuis des siècles, ses habitants ont maintenu leur mode de vie indigène, basé sur une économie de subsistance et un rapport durable à la nature. Ces dernières années, l’afflux de touristes a crû de façon exponentielle, entre autres en raison des packages écotouristiques vantant la communauté de Sagada, propice à la communion avec la nature primitive. On a assisté à une multiplication des hôtels et des auberges, ce qui a modifié le paysage de la ville et mis sous pression les ressources hydriques. La pollution causée par les immondices et la mauvaise gestion des eaux usées est devenue un grave problème pour la communauté.

Outre la dégradation de l’environnement, l’afflux de touristes a perturbé les traditions et les pratiques des Kankanaeys. Le caractère solennel et sacré des rituels, comme ceux liés au cycle des moissons et au passage de la vie, a été perturbé par la présence de touristes. Des grottes, lieux de sépulture traditionnels, ont été vandalisées par des graffitis, et certains ossements des ancêtres ont été volés. Les influences occidentales ont également été néfastes à la communauté locale. Citons par exemple la production, la distribution et l’usage de drogues prohibées telles que la marijuana et le haschich. Les touristes étrangers ont régulièrement brisé des tabous, en se baignant par exemple nus dans les chutes d’eau, soulevant la grogne de la communauté locale (Carling, 1998).

En 1995, les célèbres rizières en terrasses Ifugao de Banawe, dans la province d’Ifugao, ont reçu le titre de patrimoine mondial de l’humanité par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Cette récompense s’inscrivait dans la campagne du gouvernement des Philippines visant à vanter les mérites d’Ifugao en tant que destination touristique mondiale majeure (Alangui, 1999). L’afflux de touristes au cours des dernières décennies a également influencé les Ifugaos, les indigènes habitant la province.

Le principal problème est le trouble causé dans les pratiques économiques traditionnelles. Les bâtisseurs des rizières en terrasses mondialement connues, les Ifugaos, ont subsisté depuis des siècles à partir des récoltes de riz. L’arrivée de touristes et la construction d’hôtels ont aiguisé l’appétit d’argent des indigènes et causé un désinvestissement de l’agriculture traditionnelle au bénéfice d’activités plus lucratives, telles que la vente de gravures sur bois fort appréciées des touristes philippins et étrangers. En conséquence, de nombreuses terrasses ont été laissées en jachère et menacent de se détériorer. La production commerciale de gravures sur bois a également été dommageable aux forêts des alentours. Conséquence : l’assèchement des ressources hydriques nécessaires à l’irrigation.

Joan Carling de l’Alliance pour les peuples de la Cordillera résume ainsi les effets du tourisme sur les peuples indigènes dans la Cordillera : «  L’industrie du tourisme a accru la destruction du mode de vie des indigènes. L’argent découlant de cette nouvelle activité a orienté les populations locales dans la voie de l’individualisme et du commerce, tout en les éloignant de leurs modes de vie simples, basés sur la coopération. De même, la commercialisation de leur culture les a menés à adopter des conduites avilissantes pour gagner leur vie, les poussant par exemple à se laisser photographier ou à réaliser une danse rituelle pour de l’argent. De telles pratiques ne font pas partie de leur culture ».

Les effets pervers du tourisme mondialisé opèrent également sur d’autres peuples indigènes dans le monde. Dans les îles Cook dans l’Océan pacifique, un hôtel de 204 chambres a été construit sur un terrain considéré comme sacré par les locaux, causant en outre des dommages écologiques estimés à 1 million de dollars (Madeley, 1995, 24). Dans les régions de Providenskij et Tchukogskij de la Fédération de Russie, où habitent les Tchouktchis, le développement du tourisme a aussi affecté leur source de vie. Les zones de concentration de baleines, telles que la baie de Rugor et l’île d’Arykamchechen, sont devenues des destinations écotouristiques. Des groupes de touristes se rendent en hors-bord jusqu’aux zones de reproduction. L’augmentation de ces expéditions a eu un effet négatif sur la population des cétacés stressés. Cette évolution s’est alors traduite par une diminution de la qualité et de la quantité de baleines dont vivent les Tchouktchis (Jurij, 1998)…

Bénéfices et coûts élevés du tourisme

Les peuples indigènes paient le tourisme au prix fort. Désireux de profiter des importantes recettes enregistrées par cette industrie, les gouvernements de pays du tiers-monde et les multinationales ont fait peu de cas des intérêts des peuples indigènes.

Pourtant, les effets du tourisme sont dévastateurs. Les peuples indigènes ont été évincés de leurs terres traditionnelles, perdant le contrôle de leurs ressources naturelles et leur accès à celles-ci. Souvent, ils ont subi une déchéance sociale à la suite de l’influence occidentale et de la commercialisation de leur culture. Leur riche biodiversité naturelle a également souffert de la pollution et des atteintes à l’environnement, incapable d’absorber l’afflux croissant de touristes.

Les quelques profits que les peuples indigènes tirent du tourisme sont insignifiants par rapport aux dommages qui leur sont infligés. Tout le poids du tourisme repose sur leurs épaules, alors qu’ils n’ont aucun contrôle sur cette industrie ni leur mot à dire. Avec la mondialisation, ces menaces ont été exacerbées. Des accords internationaux, ouvrant la voie de l’industrie touristique locale aux multinationales du tourisme et du voyage, n’ont fait qu’accélérer l’exploitation des ressources naturelles, de la culture et du mode de vie des peuples indigènes.

L’écotourisme, considéré comme la forme de tourisme à la croissance la plus rapide dans le tiers-monde, est loin d’être « durable ». Il cible au contraire les communautés indigènes en tant que destinations à exploiter, sous couvert d’une exploitation écologiquement correcte. A moins que les peuples indigènes aient une participation directe dans le planning, l’implémentation et la régulation des activités touristiques qui les affectent, et que des mécanismes de partage des bénéfices soient mis en place, le tourisme ne sera jamais dans leur intérêt. Les peuples indigènes continueront à être de simples rouages dans cette industrie pesant plusieurs milliards de dollars.

Traduction de l’anglais : Arnaud Gaspart

Bibliographie

Alangui Wilfredo (1999), exposé sur Ifugao et l’industrie du tourisme, inédit.

Carling Joan (1998), The Tourism Industry in the Philippines and Its Impact to Cordillera Indigenous Peoples, exposé présenté à l’Atelier sur le tourisme et les peuples indigènes durant le Groupe de travail de l’ONU sur les peuples indigènes, 28 juillet.
 
Gonsalves Paul (1995), « Structural Adjustment and the Political Economy of the Third World », Contours, n°7 : 34.

Ibon (1998), « The Promise of Ecotourism », Ibon Facts and Figures, n° 20, octobre.

Jurij Kalantagrau (1998), Discours d’un délégué des peuples tchouktchis – Fédération de Russie, présenté à l’Atelier sur le tourisme et les peuples indigènes durant le Groupe de travail de l’ONU sur les peuples indigènes, 28 juillet.

Kamuaro Ole (1996), « Ecotourism : Suicide or Development », Voices from Africa : Sustainable Development, n° 6.

Madeley John (1995), « Foreign Exploits : Transnationals and Tourism », CIIR Briefing.

Ole Karia Joseph (1998), Impact of Tourism, exposé présenté à l’Atelier sur le tourisme et les peuples indigènes durant le Groupe de travail de l’ONU sur les peuples indigènes, 28 juillet.

Expansion du tourisme : gagnants et perdants

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Cet article a été publié dans notre publication trimestrielle Alternatives Sud

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