Madagascar

Mobilisation populaire et répression

Les premiers développements de l’affrontement entre
le président Marc Ravalomanana et le maire de la
capitale, Andry Rajoelina, se distinguent des crises
politiques de 1991 et de 2002 par le caractère massif
des pillages, l’usage des armes par les forces de l’ordre
au coeur de la capitale, un certain recul de la ritualisation
religieuse de la mobilisation politique. Ces faits
constituent-ils un défi à la refondation des relations
de pouvoir sur la capacité d’intervention unitaire des
Églises et sur l’imagination d’une tradition chrétienne
autochtone légitimant l’État de droit ?

La mobilisation populaire cristallisée autour de l’affrontement entre le
président Marc Ravalomanana et le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina
dit « Andry TGV », a débuté comme une sorte de remake des grandes
manifestations citadines de la transition démocratique de 1990-1991 et du
contentieux postélectoral de 2002 . Le rival du président élu lui ressemble
à bien des égards : même phénotype si conforme aux canons de « l’idéologie
indonésienne » encore si prégnante dans la société tananarivienne, même
profil de fonceur attesté par une spectaculaire réussite patronale. Son aura
de jeune « fils de pub » est doublement conforme aux rationalités introduites
par l’extraversion croissante de la société urbaine malgache, qu’il s’agisse
de confirmer l’efficacité sociale du credo libéral ou de mettre en scène les avantages de l’individuation des comportements religieux. « Andry TGV »,
catholique et peu confit en dévotion, cultive sa différence tout en confirmant
l’installation de l’imaginaire de l’accumulation dans l’économie morale
de la cité.

Ces analogies méritent d’être explicitées, mais elles ne doivent pas dissimuler
la nouveauté profonde de la crise politique actuelle. En moins d’un mois,
celle-ci a bouleversé les régularités installées par les cortèges bien-pensants des
années 1990, en contradiction avec le mythe culturaliste d’une société non
violente et respectueuse des positions acquises. Au lendemain de l’immense
meeting du 24 janvier, une frénésie de pillages et de vandalisme jaillit comme
une flamme des quartiers de la ville basse et s’installe pendant trois jours,
prenant de court l’instigateur du mouvement. Une véritable panique sociale
vient brouiller la dynamique de mobilisation contre le pouvoir. Deux semaines
plus tard, le 7 février, la violence d’État prend le relais. Son intensité est
plus forte que lors des affrontements du 13 mai 1972 entre forces de l’ordre
et manifestants, seul épisode comparable dans toute l’histoire – coloniale et
postcoloniale – de la capitale malgache. Toute l’ambivalence de la mémoire
du renversement de la Première République s’en trouve réactivée, avec sa
charge de libération nationale et de basculement vers les temps difficiles.

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