Les syndicats du Sud face au dérèglement néolibéral

Les syndicats du Sud sont confrontés à une double offensive, marquée par la mondialisation néolibérale et la répression. Les relations de travail ainsi que toutes les formes d’organisation des travailleurs en ont été affectées, aggravant la précarisation, l’hétérogénéité et l’« informalisation » de l’emploi. Cette situation, à l’origine d’une recomposition des forces sociales et des luttes, pose un défi énorme au syndicalisme.

À suivre les mouvements syndicaux à travers les lunettes de la presse occidentale, il est difficile de se dégager de la figure du syndicaliste pointilleux, rigide, (démesurément) attaché aux acquis sociaux, voire aux privilèges, en porte-à-faux, sinon avec la fatalité de la crise, du moins avec les réformes nécessaires pour en sortir. À l’heure où, en Europe, le syndicalisme est de plus en plus contesté, le droit de grève menacé, entre autres par la mise en avant d’un « service minimum », les syndicats sont souvent présentés comme irréalistes ou passéistes, en tous cas inadaptés et dépassés par la réalité du monde du travail actuel. Ainsi, Le Soir (2012), en Belgique, entendait-il lever un tabou en supposant que les syndicats sont un frein au progrès, tandis qu’en France, L’Express titrait en septembre 2013 : « les syndicats sont nuls ».

À y regarder de plus près, on mesure à quel point cette image, partielle et partiale, du syndicalisme avoisine la caricature, et participe d’une offensive antisyndicale qui s’est propagée et imposée partout dans le monde ces dernières décennies. Car ce qui domine, à l’échelle internationale, et plus particulièrement dans le Sud, est une guerre larvée ou déclarée aux syndicats. Ainsi, il faut partir non pas du syndicat comme un fait acquis, une institution consensuelle, un rouage ordinaire de la gestion des conflits, mais de son refus, de son rejet ou des tentatives multiples de le contrôler. La répression syndicale, qui va des contraintes à l’assassinat, en passant par toutes les sortes de censures, d’entraves et de criminalisation, est en effet ce qui prévaut dans le panorama actuel.

Le cas de la Colombie est emblématique, comme le rappelle l’article de l’Escuela Nacional Sindical (ENS) dans cet ouvrage : ce dernier quart de siècle, plus de 3 000 syndicalistes y ont été tués. Le pays sud-américain constitue il est vrai un cas extrême, mais il n’est pas unique. Simona Yagenova analyse ainsi la répression syndicale au Guatemala, où soixante-trois syndicalistes ont été assassinés depuis 2007. Si dans les autres pays, la violence ne prend pas cette forme systématique, elle n’en est pas moins généralisée, sous une forme plus ou moins diffuse et institutionnalisée. Cette violence se nourrit sur le terrain de la contestation de la légitimité même du syndicalisme, à savoir ses droits et libertés. Le dernier Congrès de la Confédération syndicale internationale (CSI) de mai 2014, rappelait ainsi que trente-trois pays – dont la Chine, l’Inde, la Thaïlande, le Kenya, le Maroc, le Brésil, les États-Unis... – n’avaient toujours pas ratifié la Convention 87 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative à la liberté syndicale et à la protection du droit syndical.

Les vingt-sept articles réunis dans cette livraison, couvrant l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine, témoignent tous, à des degrés divers, de cette violence antisyndicale. Le tableau que dressent ces analyses, écrites par des chercheurs/ses, dirigeant/es syndicaux et autres militants du Sud et centrées sur l’espace urbain, est celui de tensions et conflits multiples, d’une double lutte pour affirmer dans le même temps la légitimité du syndicat et ses revendications. Pas de doute, aujourd’hui encore dans le Sud, le syndicalisme relève du sport de combat. Or, ce combat s’est intensifié et aggravé, au regard du changement de terrain et de règles imposé par la mondialisation néolibérale.

Mondialisation néolibérale et antisyndicalisme

La mondialisation s’est caractérisée entre autres par des politiques - dérégulations, privatisations, libéralisation des échanges commerciaux et financiers - qui ont bouleversé le monde du travail. Le chômage, les inégalités, la précarisation et l’« informalisation » de l’emploi ont explosé, alors même que le travail formel salarié et stable a éclaté en une multitude de formes diverses et fragmentées, souvent d’ailleurs créées de toute pièce. Si bien que, selon la CSI, plus de la moitié des travailleurs au niveau mondial occupent un emploi vulnérable et 40% travaillent dans l’économie informelle, parmi lesquels une majorité de femmes [1].

Ce bouleversement du monde du travail ne constitue pas un phénomène strictement économique ou naturel. Il s’inscrit dans les linéaments du projet néolibéral, qui a d’abord été expérimenté de manière autoritaire sous le Chili de Pinochet, avant de se diffuser et de reconfigurer l’horizon politique, en empruntant la voie des urnes, au point de devenir hégémonique au tournant des années 1980. Dès lors, l’analyse de Gaudichaud et Osorio, selon lesquels le coup d’État de 1973 au Chili avait pour but de « détruire systématiquement les acquis du mouvement ouvrier », peut s’appliquer de manière plus générale au néolibéralisme lui-même, qui s’est imposé au Nord comme au Sud par la répétition des mêmes mesures de restructuration, s’apparentant à autant de coups d’État.

Les politiques néolibérales ont remodelé les relations de travail – flexibilisation, externalisation, sous-traitance, intérim, contrats temporaires et/ou à temps partiels, etc. – en général, et toutes les formes d’organisation des travailleurs en particulier. « L’affaiblissement (...), le contournement (...) ou la destruction violente (comme au Chili) des syndicats est une condition nécessaire à la néolibéralisation » (Harvey, 2014). Elles ont également redéfini le rôle de l’État – en privatisant nombre de ses fonctions, en rééquilibrant son champ d’intervention et en le transformant en garant d’un cadre macroéconomique censé attirer les investissements étrangers. Ce faisant, elles ont renforcé le pouvoir du capital au détriment de celui des travailleurs. Cette tendance n’a pas épargné les pays communistes, comme la Chine et le Vietnam, où les travailleurs se retrouvent « sous la même pression que partout dans le monde », comme l’écrit ici Schweisshelm, du fait de la forte dépendance de ces pays envers les investissements étrangers et le marché occidental.

Si la précarité du travail est de plus en plus présente au Nord, elle constitue un problème structurel au Sud, qui s’est accentué avec les programmes d’ajustement structurel des institutions financières internationales. Les systèmes de protection sociale ont été démantelés, au droit du travail s’est substitué le droit au travail, et les inégalités ont explosé (CETRI, 2014). De plus, la précarisation a partie liée avec la croissante hétérogénéité qui caractérise les relations de travail depuis une trentaine d’années. Cette hétérogénéité est la conséquence logique de la flexibilisation des emplois, voulue et orchestrée par le néolibéralisme.

Économie informelle et plein emploi : dilemmes du syndicalisme

Le chiffre de 40% de travailleurs dans l’économie informelle au niveau mondial prend un relief plus acéré si on le décline en fonction des régions. Ainsi, selon le Bureau international du travail (BIT), en 2008, «  les travailleurs de l’économie informelle composent plus de 90% de la main-d’œuvre en Afrique subsaharienne, plus de 75% en Amérique latine et plus de 50% en Asie de l’Est. Dans certains pays de l’Asie du Sud, on dépasse même les 90%. Il s’agit dans leur majorité de femmes et de jeunes, qui appartiennent de surcroît aux couches les plus pauvres de la société » (BIT, 2008). Certes, il convient de nuancer l’image d’une classe de travailleurs qui aurait constitué un bloc uni et homogène par le passé. Elle était aussi segmentée en fonction du genre et de la vision politique, en fonction de son positionnement (entre une « aristocratie ouvrière » et un « sous-prolétariat »), entre les travailleurs étrangers et les nationaux. Mais, aujourd’hui, force est de constater que « le travail formel salarié et stable fait presque figure de forme atypique » (Maupain, 2012).

Cette affirmation doit même être radicalisée en mettant le curseur sur le Sud, où la majorité de la main-d’œuvre est composée de travailleurs atypiques : celles et ceux à temps partiel et à durée déterminée ; les travailleurs de l’économie informelle ; les migrants – ils sont 90 millions ayant une activité économique dans le monde, représentant 10% de la main-d’œuvre en Europe, mais plus de la moitié dans les pays du Golfe, comme Dahal l’évoque pour le cas des travailleurs népalais – ; les travailleurs et travailleuses domestiques – ils seraient 53 millions à travers le monde – ; ceux des zones franches d’exportation (ZFE) [2] – plus de 50 millions de travailleurs en 2006, dont une grande majorité de femmes (90% en Jamaïque et au Nicaragua, 85% au Bangladesh et 75% à Madagascar (BIT, 2008)). En réalité, le salariat stable est une forme de travail atypique au sein du capitalisme. Même en Occident, celui-ci ne s’est répandu globalement que durant trois décennies, faisant donc plutôt office de parenthèse que de norme dans la longue histoire du capitalisme.

À ce phénomène complexe vient s’ajouter le brouillage des frontières entre la catégorie des employeurs et celle des travailleurs (Maupain, 2012). Ce brouillage s’inscrit dans la logique dominante de l’entrepreneuriat néolibéral et prend diverses formes, comme celle par exemple de la création de « coopératives » en Colombie ou en Bolivie, analysées par Gandarillas. La décristallisation – partielle ou fictive – des rapports entre travailleurs et employeurs constitue le fil conducteur entre ce brouillage des lignes, la flexibilisation de l’emploi et la multiplication des relations de travail. La concentration des travailleurs sur un même lieu, sous un même statut et au service d’un même employeur a toujours été perçue comme une menace par la classe dominante. En divisant, isolant et individualisant la main-d’œuvre – dans l’espace et dans leurs relations aux employeurs, en fonction de statuts et de contrats différents –, cette concentration a été brisée, et les lieux de décision ainsi que les relations de pouvoirs inégaux occultés, rendant par là-même la formation d’un syndicat, l’émergence de revendications et l’institutionnalisation de négociations collectives difficiles ou impossibles.

Pratiquement toutes les contributions à ce numéro évoquent l’économie informelle, tant elle pèse sur les relations de travail et interroge les dynamiques syndicales. Elle pose un défi énorme en termes de stratégie, de représentativité et de revendication. Ainsi, bien que la CSI soit, selon ses propres mots, la plus grande force démocratique mondiale, elle ne représente que 7% des travailleurs. Et ce taux de syndicalisation est encore inférieur en Inde, au Rwanda, au Maroc, en République démocratique du Congo (RDC), en Birmanie, etc. D’où la gageure de parler « au nom des travailleurs », dans un contexte où l’hétérogénéité prévaut et alors que l’écrasante majorité de ceux-ci sont extérieurs aux syndicats.

La question est d’autant plus délicate et malaisée que les syndicats sont en butte aux attaques continues et opportunistes de la part des entrepreneurs et des États sur les terrains de la légitimité et de la représentativité. Celles-ci sont remises en cause du fait que, de manière organique, le néolibéralisme tend à ne pas reconnaître l’unité et les intérêts communs des travailleurs, et que, de manière générale, le taux de syndicalisation tend à être plus bas auprès des travailleurs faiblement rémunérés (OIT, 2010). Les syndiqués sont alors médiatiquement représentés comme des « privilégiés », et mis en concurrence avec les autres travailleurs. Si la manœuvre, grossièrement libérale, participe de l’offensive antisyndicale, elle s’appuie cependant sur des faits sociologiques, mais instrumentalisés dans un but stratégique.

Le problème de la représentation est complexe, car il interroge la forme organisationnelle même du syndicalisme. Comme le rappelle le document adopté à l’occasion du centenaire de l’OIT, l’institution «  se référait à ses débuts au modèle du travailleur de sexe masculin, employé dans l’industrie de façon régulière, salarié à plein temps – même si cela n’a jamais été le type d’emploi le plus fréquent –, en partie parce que c’était le groupe le plus facile à organiser ; le concept du travail et de l’emploi s’est élargi depuis » (OIT, 2009). Jusqu’à quel point cette identité originelle pèse-t-elle également sur le syndicat ? À quelles conditions l’organisation syndicale, correspondant principalement à une frange des travailleurs masculins, « blancs », peut-elle s’élargir, embrasser la multitude de relations de travail et intégrer l’ensemble des travailleurs, et plus particulièrement ceux plus vulnérables de l’économie informelle, les jeunes, les femmes et les migrants ?

L’informalisation du travail et le plein emploi constituent deux des principales tensions de l’équation que les syndicats entendent résoudre. Ceux-ci semblent avoir pris, partiellement au moins, la mesure du défi que représentent les travailleurs « atypiques », et tentent de les intégrer en s’ouvrant à ces nouvelles dynamiques. Deux exemples. En septembre 2013, entrait en vigueur la Convention 189 de l’OIT concernant le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques, et quelques semaines plus tard se formalisait le Réseau international des travailleuses domestiques (IDWN) regroupant des organisations de quarante-trois pays. De même, selon le BIT, il y aurait eu un tournant ces dernières années par rapport aux travailleurs migrants. La majorité des organisations syndicales des pays industrialisés se sont quelque peu dégagées des politiques d’immigration restrictives, qu’elles soutenaient auparavant, entraînant la défiance des travailleurs migrants (BIT, 2008).

Le risque cependant pour les syndicats est de simplifier la solution, en posant le problème en fonction de la relation de travail typique et normale que constituerait le salariat stable – et donc aussi en fonction de ses organes de représentation « normaux » : les syndicats –, et en affirmant dès lors « qu’il suffit » de formaliser les travailleurs de l’économie informelle en vue du plein emploi. Comme déjà évoqué, le plein emploi et le salariat stable constituent un compromis arraché au capitalisme, grâce à un rapport de force un temps favorable aux travailleurs, plutôt qu’une constance de celui-ci. Cela ne disqualifie pas pour autant les revendications syndicales ni la référence positive au compromis keynésien, mais cela les situe et cerne leurs enjeux et conditions. Cela oblige en tous les cas à ne pas se leurrer sur la forme ponctuelle et circonscrite dans le champ social qu’a prise la relation du travail à un moment donné, et à relativiser les caractères « typiques » ou « normaux » des relations de travail ; ceux-ci changent en fonction des transformations continues du capitalisme et des rapports antagonistes entre travail et capital.

Mais le danger est de glisser de la dénonciation des conditions plus précaires de l’économie informelle vers une posture de dénonciation des travailleurs de l’économie informelle eux-mêmes, comme aliénés, « jaunes », et opposés aux travailleurs conscients et syndiqués de l’économie formelle, dont ils mettraient en péril les droits et les conquêtes, acquis de longue lutte. Ce glissement se lit d’ailleurs au revers de la formule du BIT (2008) à propos des travailleurs migrants : «  il faut les organiser ». Comme si n’existaient pas déjà des formes organisationnelles parmi ces travailleurs, comme si ceux-ci ne pouvaient pas s’organiser par eux-mêmes et attendaient passivement l’action extérieure des syndicats. Dans ces pages, le regard porté sur les organisations des travailleurs domestiques au Mozambique et ceux de l’économie informelle au Guatemala montre tout à la fois les différences organisationnelles, de méthode et de revendication par rapport aux syndicats « traditionnels », et les enjeux et tensions dans leurs relations avec ces mêmes syndicats.

Heureusement, dans plusieurs pays, les syndicats ont pris la mesure de ce risque, des liens entre économies formelle et informelle et de l’impossibilité de poser le problème uniquement en termes de formalisation. En Inde, par exemple, des syndicats se sont associés à des réseaux de travailleurs de l’économie informelle. En Guinée, le Pacte de convergence et de stabilité sociale, présenté en 2013 par le Conseil national de transition (CNT) affirme : «  il ne s’agit pas de formalisation du secteur, mais de l’accompagner par des mesures appropriées pour son développement ». Au Ghana, en Zambie, des syndicats ont modifié leurs statuts pour pouvoir accueillir directement les travailleurs de l’économie informelle.

Demeurent entières les questions stratégiques – longuement abordées ici – tant en termes de revendications que d’organisations. Dans quelle mesure la forme organisationnelle des syndicats est-elle adaptable, élastique, à même de rallier des travailleurs œuvrant sous divers statuts et dans des situations différentes ? Est-ce la configuration la plus adéquate que peuvent prendre les organisations des travailleurs migrants, domestiques et ceux de l’économie informelle ? Qu’est-ce que cette ouverture et intégration supposent pour les syndicats comme reconfiguration organisationnelle, stratégique et politique, au-delà d’un simple changement de statut ? Ceux-ci doivent-ils penser prioritairement le problème des travailleurs de l’économie informelle en termes d’élargissement du champ syndical ou d’alliances ?

Des syndicats sur la défensive ?


Entre union et fragmentation

La CSI, qui s’est constituée en 2006, avec ses 176 millions de membres provenant de 161 pays, s’affirme comme la force démocratique la plus vaste au monde. Elle entend bien incarner un véritable contre-pouvoir et se donne pour objectif de changer fondamentalement la mondialisation. Cette force mondiale n’en repose pas moins, en partie, sur des faiblesses locales. Ainsi, à l’unité internationale correspondent dans nombre de pays la fragmentation et la division des syndicats. Le problème est particulièrement important en Afrique subsaharienne – en RDC, il y aurait autour de 500 organisations syndicales enregistrées –, mais il est également présent sur les autres continents. Comme le note le Rapport mondial sur les salaires de 2011, « paradoxalement, il semble que le renforcement de la liberté syndicale et la fin du syndicat unitaire soutenu par l’État aient été souvent suivis d’une prolifération des syndicats et d’une fragmentation de la structure syndicale, puis, en définitive, d’un affaiblissement du pouvoir de négociation des syndicats » (OIT, 2010).

Si la prolifération des syndicats exprime une tendance effective du pluralisme, elle est souvent catalysée et instrumentalisée par les ingérences étatiques, comme nombre d’articles le démontrent. Les syndicats indépendants doivent dès lors se prémunir des manœuvres de l’État. Celui-ci peut être enclin à forger un syndicat unique, étroitement contrôlé par le parti-État, comme dans les pays communistes et le Maghreb avant le « printemps arabe » par exemple. L’État et/ou les dirigeants d’entreprises peuvent également créer de toutes pièces des syndicats – comme au Mexique avec le syndicalisme « de protection » – ou provoquer des scissions en leur sein, afin de diviser les organisations et réduire leur puissance.

Un autre paradoxe de cette unification internationale tient à ses contours. L’union fait la force, certes. Cependant, réunir, au niveau international, des syndicats de différentes familles politiques qui, au niveau national, sont en concurrence voire, ponctuellement, en conflit, risque de circonscrire l’action aux objectifs consensuels, eux-mêmes réduits alors au plus petit dénominateur commun. Or, ce risque tend à se reproduire à un niveau plus général au sein de l’OIT (voir plus loin).

Cependant, dans plusieurs pays du Sud, sur des questions spécifiques ou globales, comme au Népal, en Inde, en Indonésie, au Brésil, en RDC ou en Guinée, afin de dépasser les divisions, se mettent en place des espaces de convergences entre syndicats, mais aussi parfois plus larges, regroupant d’autres mouvements sociaux et des organisations de travailleurs de l’économie informelle. De manière générale, par-delà leurs divergences, nombre de syndicats au Sud semblent converger dans la défense de bannières communes, dont la protection sociale, le travail décent, le salaire minimum, la négociation collective, etc. Tirant le bilan de l’échec du néolibéralisme, ils en appellent à ce que les gouvernements mettent en place des programmes qui ne cèdent pas à l’austérité afin d’arriver au plein emploi, affirmant qu’il existe des alternatives. Et la CSI de réclamer lors de son Congrès de mai 2014 « un nouveau contrat social ».

La crise contre les syndicats ?

Il n’en demeure pas moins que les syndicats sont sous forte pression. Le taux de chômage élevé, la pauvreté, l’endettement et la crise sont autant d’arguments utilisés (fallacieusement) contre eux, dans le but de disqualifier leurs revendications et d’imposer des mesures, présentées comme scientifiques ou évidentes. Les politiques déployées par les instances financières internationales – Banque mondiale (BM) et Fonds monétaire international (FMI) au premier chef –, et par des organisations supranationales, telle que l’Union européenne, sont hégémoniques. Elles heurtent de front les alternatives proposées par les syndicats pour sortir de la crise, en promouvant ce que la CSI qualifie de « modèle entrepreneurial états-unien ».

Maupain a mis en évidence la contorsion qui s’est opérée avec la nouvelle doxa néolibérale. Alors que l’OIT et les syndicats avaient fait de l’emploi un objectif en soi, une finalité qu’il revenait principalement à l’État de garantir et qui devait donc servir de boussole pour opérer des choix politiques, l’emploi n’est plus aujourd’hui que le fruit censé découler d’une politique macroéconomique déterminée. Il en va de même pour les droits collectifs des travailleurs, dont le soutien est subordonné par la BM et le FMI, entre autres, à leur impact sur la croissance économique (Maupain, 2012). En réalité, comme ne cesse de le dénoncer l’OIT, l’idée que le respect des droits des travailleurs et des emplois de qualité constitueraient des freins ou des obstacles à la croissance et à la compétitivité ne repose pas sur des études quelconques, mais sur des croyances et a priori idéologiques qui, à force d’être répétés, ne sont plus interrogés et apparaissent, au contraire, comme des évidences.

Cette tension se répercute au niveau de la revendication du plein emploi. Celui-ci est au cœur des demandes syndicales et revient comme un leitmotiv dans les déclarations des congrès de la CSI. Mais le difficile équilibre entre des politiques offrant des emplois en quantité suffisante et le refus d’y sacrifier des emplois de qualité est de plus en plus mis à mal, suite aux « tentatives ou tendances visant à déplacer le curseur vers le quantitatif » (Maupain, 2012). Par ailleurs, le chômage et la revendication du plein emploi tendent à écarter une critique plus qualitative du travail comme du modèle productiviste, qui demeurent, dans le chef des syndicats, un impensé politique. De plus, la survalorisation de la courte période où le plein emploi a effectivement existé dans certaines régions du monde – oubliant par exemple qu’en Europe, il bénéficiait indirectement de l’exploitation des colonies – tend à circonscrire les solutions alternatives à un retour au passé (qui plus est idéalisé). Retour alors facilement récusé comme passéiste.

Enfin, à l’heure de l’hégémonie néolibérale et au vu de l’actuel rapport de forces, il conviendrait de se demander si les slogans de croissance et de plein emploi, censés réunir dans un même consensus, les employeurs, l’État et les syndicats, ne constituent pas tout à la fois un commode prétexte pour faire passer des mesures impopulaires, un écran empêchant d’interroger de façon plus radicale la question du travail, et le ciment idéologique agrégeant des acteurs antagonistes. L’affirmation du dernier Congrès de la CSI selon laquelle il y aurait des millions d’emplois dans « l’économie verte », sans s’interroger sur les contours et contradictions réels de cette nouvelle panacée, est un signe de cette ambivalence (CETRI, 2013).

Loin de disparaître, les syndicats dans le Sud présentent donc un tableau paradoxal de forces et de faiblesses, de divisions et de convergence, d’immobilisme et de renouvellement. En butte à une offensive généralisée contre le monde du travail et toutes les organisations des travailleurs, ils interviennent dans un contexte globalement hostile et modifié. Dans nombre de pays du Sud, les syndicats, manquant de moyens, de capacités et de formations, doivent lutter d’abord pour exister – au Rwanda, seule la syndicalisation des travailleurs du secteur privé est autorisée ; en Birmanie, la légalisation des syndicats est toute récente, etc. –, ensuite pour être reconnus, enfin, pour avancer des revendications et faire en sorte que les conventions internationales sur les droits des travailleurs soient ratifiées, mais surtout contrôlées et appliquées. Une part importante de la puissance des syndicats dépend dès lors des conflits, convergences et alliances qu’ils arrivent ou non à institutionnaliser.

La paix sociale, mais à quel prix ?

L’OIT se base sur un mécanisme original et unique au sein des institutions internationales : le tripartisme. Celui-ci réunit autour de la table les trois parties prenantes, représentatives des employeurs, de l’État et des travailleurs, afin de négocier en vue d’arriver à des accords conjoints. Cette forme de négociation collective, basée sur une institutionnalisation du conflit, participe plus largement du modèle keynésien, qui s’est développé de la fin de la Seconde guerre mondiale aux années 1970. Celui-ci mettait en avant la nécessité d’un relatif équilibre, garanti et régulé par l’intervention étatique, et d’un compromis de classe entre capital et travail. Dans un contexte de croissance continue et de plein emploi, marqué par de puissantes organisations syndicales et politiques de gauche, et sous la pression du monde communiste, la négociation était valorisée et les acteurs s’autorisaient des accommodements, en raison des avantages qu’ils en tiraient en dernière instance. Mais ce modèle est remis en cause.

La crise du tripartisme renvoie à celle plus générale des politiques économiques keynésiennes. La formule imagée que Harvey donne du compromis keynésien met en évidence la logique du modèle... puis de sa remise en cause. Tant que la classe dominante était assurée « d’avoir toujours la même part d’un gâteau qui ne cesse de grossir », quitte à ce que les travailleurs aient ponctuellement une part plus importante de celui-ci, elle pouvait accepter le principe de la négociation collective et des accommodements. Mais il n’en allait plus de même dès lors qu’elle sentait ses intérêts menacés (Harvey, 2014). C’est ce qui est arrivé dans la seconde moitié des années 1970.

La CSI accorde un rôle central à la négociation collective et au tripartisme. Mais ceux-ci sont de plus en plus mis à mal. D’une part, le rapport de forces s’est profondément altéré au profit des employeurs. D’autre part, le néolibéralisme, en mettant en avant les indicateurs macroéconomiques et les intérêts de la classe dominante, auxquels doivent être subordonnés les politiques et les autres acteurs, se désintéresse des compromis et de l’équilibre des forces. Enfin, il y a une collusion entre l’État et le monde des affaires – ancrée dans le consensus néolibéral –, qui laisse de côté les travailleurs. Là aussi s’opère le même type de distorsion que celle repérée par rapport à l’emploi. Ainsi, c’est moins le processus de négociation collective qui est valorisé, que le résultat : la paix sociale. Cela tend à reconfigurer le rôle et la place des syndicats.

Il ne faut pas opposer trop abstraitement un syndicalisme combatif à un syndicalisme institutionnel, car tout syndicat cherche, d’une manière ou d’une autre, à instituer le conflit et à le faire reconnaître par les acteurs en présence, et surtout par les institutions publiques, comme le montrent nombre de contributions rassemblées ici. C’est donc moins, l’institutionnalisation des syndicats – phénomène toujours ambivalent : à la fois intégration et acceptation de l’antagonisme de classe – que les formes diverses que peuvent prendre cette institutionnalisation qui posent question (Béroud, Yon, 2013). En bref, comment négocier avec les employeurs et les pouvoirs publics tout en participant activement aux luttes sociales ? Tiraillés entre leurs rôles de représentants des travailleurs et celui de « partenaires sociaux », les syndicats sont parfois enrôlés – ou choisissent de s’enrôler – dans des politiques d’accompagnement et de gestion de crise, en canalisant le mécontentement, au nom du « sérieux » et du « sens des responsabilités », hypothéquant toute perspective de changement.

Mais quel sens y a-t-il à revendiquer le tripartisme et la négociation collective dans un rapport de forces défavorable et alors que les deux autres acteurs – l’État et les employeurs – sont pour le moins réticents ? Les limites d’une telle situation apparaissent avec évidence au sein des instances de l’OIT où les parties prenantes n’arrivent pas à s’entendre sur le droit de grève. Plus fondamentalement, c’est le sens même de la négociation qui est affecté. En effet, celle-ci semble être défendue par l’OIT autant sinon plus, car elle favorise «  la performance économique, la compétitivité et la croissance » (BIT, 2008), qu’au nom du respect de la voix et des droits des travailleurs. Cela témoigne d’un déplacement des rapports de forces et de la porosité des organisations – y compris celles des travailleurs – à l’hégémonie néolibérale. Quelle place dès lors cette paix sociale laisse-t-elle au désaccord et aux alternatives ?

La double question de l’autonomie et de la politisation des syndicats

L’indépendance des syndicats est niée en Chine et au Vietnam, récemment autorisée en Birmanie, en Égypte, en Indonésie, au Rwanda, au Népal, ... reconnue formellement, mais bousculée, contournée, confrontée aux tentatives de cooptation et de contrôle, un peu partout ailleurs. L’indépendance syndicale est donc une question majeure. Mais elle revêt des significations différentes, voire contradictoires. La généalogie, l’histoire et les visions politiques en circonscrivent les limites et le sens. Les pratiques et l’institutionnalisation du syndicalisme ne cessent de reposer cette question à la lumière des stratégies adoptées et d’une dépolitisation généralisée.

Les syndicats ne sont pas nés sur un terrain vierge. Ils participent de réseaux d’organisations – mutuelles, coopératives, partis – qui structurent des blocs politiques : sociaux-chrétiens, socialistes, nationalistes, communistes. L’indépendance des syndicats se pose dès lors d’abord dans ce contexte, en fonction des liens et des rôles spécifiques des organisations partenaires à l’intérieur de ces réseaux. Ensuite, dans la conception communiste, les syndicats ne sont pas censés être indépendants, mais bien subordonnés aux partis. C’est la théorie «  de la courroie de transmission » ; les organisations syndicales doivent relayer les décisions et pratiques partidaires et/ou étatiques. En Chine et au Vietnam, alors que le système communiste a été largement restructuré, cette subordination des syndicats est toujours à l’œuvre, au point que Chan et Hui affirment que « dans la Chine d’aujourd’hui, c’est surtout le pouvoir politique de l’État-Parti, et non la puissance collective des travailleurs, qui pousse les employeurs à la table de négociation ».

Par ailleurs, dans le cadre des luttes de libération nationale en Afrique et dans le monde arabe, des connexions durables ont été établies entre syndicats et partis politiques. Les syndicats ont souvent joué un rôle important dans le combat anticolonial, constituant des fronts avec les partis et mouvements, qui ont perduré au-delà de l’indépendance. L’enjeu qui se posait alors pour les syndicats était de voir «  comment concilier la liberté syndicale avec les exigences de la construction et du renforcement de l’indépendance politique, économique et culturelle ». S’en est suivi pendant trois décennies, de 1960 à 1990, une période durant laquelle le syndicalisme est resté «  captif du politique » (Fonteneau, Madounga, Linard, 2004).

Aujourd’hui, l’indépendance syndicale prend des contours plus souples, mais d’autant plus complexes. Elle est, selon les situations, à géométrie variable, et prend une signification différente selon qu’elle est mise en avant par les syndicats ou l’État et le patronat. Car dans la bouche des représentants de ces derniers, « indépendance » est un prête-nom pour « apolitisme ». Celui-ci équivaut au rejet non seulement des liens entre partis et syndicats, mais aussi de l’expression syndicale sur des questions plus larges touchant aux choix de politique économique, au modèle de développement, etc., qui éloignerait le syndicat de son rôle « naturel » : représenter et défendre les travailleurs. C’est faire à bon compte l’économie de la généalogie, de l’histoire et de la vision des syndicats. C’est aussi occulter le fait que ceux-ci sont dans le même temps des agents économiques et politiques.

Comme en témoignent nombre d’articles dans cet ouvrage, les syndicats ont joué et continuent à jouer un rôle politique important : que cela soit au Népal, où ils sont partie prenante de la phase de transition post-monarchique, en République démocratique du Congo, où ils ont largement contribué à la démocratisation du pays, en Égypte et en Tunisie, où ils participèrent activement au « printemps arabe »... L’exemple le plus probant est peut-être celui de la Guinée, où les syndicats ont eu un rôle fédérateur et se sont engagés dans une dynamique de convergence afin de prévenir et de gérer les conflits d’une part, et de reconstruire l’État d’autre part.

Dans l’exercice même de leur pratique, les syndicats buttent sur les limites du cadre national, désormais inadapté, et d’une action qui se cantonnerait à la défense des travailleurs, sans affronter également les politiques internationales et leurs déclinaisons au niveau national, qui surdéterminent les relations de travail. Ainsi, Kwavena Otoo retrace l’évolution du Congrès des syndicats du Ghana (TUC), qui s’est vu obligé d’élargir le champ de sa lutte en remettant en cause le cadre de la politique économique nationale. La politisation permet alors de renforcer l’indépendance par rapport aux employeurs – de ne pas devenir un syndicalisme « captif du marché » – et de prendre à bras le corps le problème de la restructuration néolibérale des relations de travail.

Par ailleurs l’indépendance entendue comme absence de relais politique pose également problème. Les revendications syndicales, pour se réaliser, ont besoin d’alliés au sein de la sphère politique. Or, ceux-ci font souvent défaut, du fait de l’hégémonie néolibérale dans la majorité des gouvernements. Cela se traduit par un « vide politico-idéologique des politiques en faveur des classes populaires » comme le dit Surendra Patrap à propos de l’Inde. Ce vide agit en retour sur le pouvoir des syndicats et les alternatives mises en avant.

Il n’empêche que l’indépendance des syndicats par rapport aux gouvernements pose des problèmes complexes. Il existe globalement deux cas de figure. L’ingérence de l’État, directement ou indirectement comme au Rwanda, au Sénégal, en Égypte, etc. représente un phénomène récurrent dans le Sud, où la liberté syndicale demeure un enjeu toujours d’actualité. Mais il existe également des liens plus volontaristes et horizontaux, à double sens, qui se manifestent par des chassés-croisés entre partis, syndicats et gouvernements, et des mécanismes de cooptation. Or, la distance adéquate à maintenir avec les gouvernements varie en fonction des situations, des alliances et des stratégies.

Au Maroc, selon Chawqui Lotfi, les syndicats seraient confrontés à une double impasse ; celle de l’apolitisme et celle de la dépendance envers des partis. En Afrique du Sud, dans un contexte de politique néolibérale et de recomposition de la classe ouvrière et des luttes sociales, l’alliance paradoxale du Congrès des syndicats d’Afrique du Sud (Cosatu) et du Parti communiste d’Afrique du Sud (SAPC), structurée autour du Congrès national africain (ANC), qui domine la vie politique sud-africaine depuis la fin de l’apartheid, marque, selon Leonard Gentle, le déphasage et le déclin du Cosatu.

Mais c’est en Amérique du Sud, suite au tournant à gauche du continent, que le phénomène se pose avec le plus d’acuité. Le débat est particulièrement vif en Équateur, en Bolivie, au Venezuela, au Brésil et, dans une moindre mesure, en Argentine, où des gouvernements « alliés » des syndicats sont arrivés au pouvoir en mettant en avant des revendications post-néolibérales. Le dilemme du syndicalisme vénézuélien, étudié en détail par Posado, est partagé dans d’autres pays : « appuyer les revendications des travailleurs ou des politiques d’appui à l’emploi ? ». Ainsi, au Brésil, ce n’est pas seulement la Centrale unique des travailleurs (CUT), mais l’ensemble du mouvement social qui éprouve des difficultés à «  maintenir son indépendance en relation avec ‘son gouvernement’ ».

Ce dilemme est aggravé du fait qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de majorité alternative de gauche à ces gouvernements. Les syndicats peuvent alors être amenés à des calculs, à une certaine retenue afin de ne pas déstabiliser un gouvernement qui, s’il tombait, risquerait d’ouvrir la voie à un retour au pouvoir des forces néolibérales. De plus, ces gouvernements mènent d’importantes politiques sociales, appréciées par les syndicats, mais largement financées par un modèle de développement « extractiviste », générant des conflits sociaux-environnementaux qui divisent la société et opposent régulièrement les syndicats aux autres mouvements sociaux (CETRI, 2013b).

Une recomposition des forces sociales et des luttes syndicales ?

Nombreuses sont les contributions réunies dans cette nouvelle édition d’« État des résistances dans le Sud » qui font état d’une recomposition des forces sociales et des luttes en cours. Cette évolution est indissociable des transformations en profondeur du monde du travail sous le néolibéralisme. Des formes originales d’organisation, de nouvelles dynamiques de protestation, un nouveau cycle de luttes émergent dans plusieurs pays.

Mais l’impression d’une rupture nette entre la conflictualité syndicale et les autres luttes sociales doit être nuancée, comme nous y invite l’article sur le cas argentin. Cependant, il est vrai que nombre de luttes sociales importantes ces dernières années dans le Sud sont nées en dehors ou à la marge du champ syndical. D’une part, ces luttes marquent l’entrée en scène d’une base sociale différente : jeunes, femmes, indigènes, travailleurs précarisés de l’économie informelle, etc. D’autre part, la mobilisation se réalise autour d’enjeux non directement liés à la relation de travail – l’accès à la terre et à l’eau, aux services sociaux de base, etc. Enfin, le rapport aux gouvernements est parfois plus sévère et critique, en fonction du positionnement sur d’autres enjeux. Ainsi, en Amérique latine, les luttes qualifiées de « socio-environnementales » sont devenues prépondérantes, mais mobilisent rarement les syndicats... ou alors aux côtés des États et en opposition à ces manifestations, au nom de la défense de l’emploi.

Les liens et articulations – ou leur absence – entre ces divers registres de luttes et de revendications déterminent largement leur durée, portée et radicalité... et les chances de changement structurel. La méfiance qui sévit de part et d’autre, entre « anciens » et « nouveaux » mouvements sociaux s’explique en partie par des choix stratégiques, des positionnements politiques et des compositions sociales différentes. Mais ces divisions sont aussi catalysées, instrumentalisées, mises en spectacle par la classe dominante. L’enjeu des convergences intègre et dépasse celui du champ syndical. La question se pose dès lors pour les syndicats moins en termes d’intégration et d’agrégation – de nouveaux travailleurs, de nouvelles forces –, qu’en termes de transformation du syndicalisme.


Notes

[1« L’expression ‘économie informelle’ a été utilisée à la session de 2002 de la Conférence internationale du travail de préférence à l’expression ‘secteur informel’, parce qu’elle inclut tous les travailleurs et entreprises exerçant des activités économiques non couvertes, ou insuffisamment couvertes – en droit ou en pratique – par des dispositions formelles. Soit ils échappent au cadre de la loi, soit, pour une raison quelconque, la loi n’est pas appliquée pour les protéger » (BIT, 2008).

[2« Le BIT définit les zones franches d’exportation comme suit : ‘zones industrielles disposant d’avantages spéciaux, qui ont été créées pour attirer les investisseurs étrangers et dans lesquelles des produits importés subissent une transformation avant d’être réexportés’. Les ZFE sont par nature des centres de transformation à forte intensité de main-d’œuvre qui abritent des entreprises privées » (BIT, 2008).


bibliographie

Béroud S. et Yon K. (2013), « Institutionnalisation et bureaucratisation du syndicalisme : pour une lecture dialectique », in Mezzi D. (dir.), Nouveau siècle. Nouveau syndicalisme, Paris, Syllepse.

BIT (2008), Liberté d’association : enseignements tirés de la pratique, www.ilo.org.

CSI (2014), 3rd ITUC Congress Record, http://www.ituc-csi.org/3rd-ituc-congress-record.

CETRI (2013), Économie verte : marchandiser la planète pour la sauver ?, Alternatives Sud, Vol. XX – 2013/1, Louvain-la-Neuve/Paris, Syllepse.

CETRI (2013b), Industries minières - Extraire à tout prix ?, Alternatives Sud, Vol. XX – 2013/2, Louvain-la-Neuve/Paris, Syllepse.

CETRI (2014), Protection sociale au Sud : les défis d’un nouvel élan, Alternatives Sud, Vol. XXI – 2014/1, Louvain-la-Neuve/Paris, Syllepse.

Fonteneau G., Madounga N. et Linard A. (2004), Histoire du syndicalisme en Afrique, Bruxelles, Couleur Livres/Karthala.

Harvey D. (2014), Brève histoire du néo-libéralisme, Paris, Les prairies ordinaires.

Maupain F. (2012), L’OIT à l’épreuve de la mondialisation financière. Peut-on réguler sans contraindre ?, www.ilo.org.

OIT (2009), L’Organisation internationale du Travail et la quête de justice sociale, 1919-2009, www.ilo.org.

OIT (2010), Rapport mondial sur les salaires de 2011. Note d’information sur l’Afrique 2010/11, www.ilo.org.

État des résistances dans le Sud. Luttes syndicales

État des résistances dans le Sud. Luttes syndicales

Cet article a été publié dans notre publication trimestrielle Alternatives Sud

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