Etat des résistances dans le Sud

Les dynamiques contestataires dans le monde rural au Sud

Le monde rural dans le Sud est traversé par des dynamiques soutenues de mobilisations. Réponses aux mutations qui affectent les campagnes et érodent les conditions de vie, ces luttes pointent les menaces qui pèsent sur la souveraineté alimentaire et les équilibres naturels. Pour surmonter les obstacles et incarner une réelle force de changement, ces mouvements sociaux devront poursuivre leurs convergences et construire de nouvelles alliances sociales et politiques.

À mille lieues de l’image souvent véhiculée d’un monde socialement, politiquement, culturellement inerte, statique ou conservateur, les campagnes des pays du Sud sont traversées par des dynamiques soutenues de résistances, aux formes, identités et revendications renouvelées. Peu médiatisées, mais non moins significatives que les récentes vagues de mobilisations urbaines qui ont ébranlé les pays du « printemps arabe », le Brésil et la Turquie, ces luttes des pauvres parmi les pauvres méritent toute notre attention. Car, puissants révélateurs des impasses du modèle néolibéral, elles pointent les menaces qui pèsent sur le devenir de nos systèmes agroalimentaires et les grands équilibres environnementaux. Quels sont les profils de ces acteurs contestataires ? Sur quels enjeux se mobilisent-ils ? Quelle est la portée concrète de leurs luttes et quelles sont les contraintes à la fois internes et externes qui pèsent sur leur développement ? Telles sont les questions auxquelles s’efforcent de répondre les contributions nationales rassemblées dans cette livraison d’État des résistances dans le Sud.

Des luttes des campesinos paraguayens contre la généralisation des monocultures de soja à celles des ex-migrants burundais pour récupérer leur parcelle familiale ; des mobilisations des travailleurs agricoles saisonniers des townships de la province sud-africaine du Cap pour de meilleures conditions de travail à celles des producteurs agricoles colombiens contre la signature de l’accord de libre-échange entre leur pays et les États-Unis ; des luttes des éleveurs sénégalais contre les projets fonciers à grande échelle à celles des paysans égyptiens pour l’accès à l’eau, en passant par le combat des communautés indigènes en Inde ou au Guatemala pour défendre leur territoire et dénoncer les dégâts environnementaux liés à l’expansion industrielle... Reconnaissons-le d’emblée, la diversité des situations, la pluralité des acteurs ruraux en lutte et la multiplicité des enjeux s’imposent à l’observateur, rendant difficile, sinon illusoire, la tenue d’un discours général sur les dynamiques du « mouvement paysan » dans le Sud [1]. Plurielles, ces luttes et résistances ne peuvent être analysées indépendamment des contextes qui les ont vues naître et dans lesquels elles s’enracinent.

Reste qu’il est possible de relever des traits communs, de repérer des évolutions convergentes. À de rares exceptions près, ces mobilisations peuvent être considérées comme autant de réponses des communautés rurales pauvres aux bouleversements qui ont caractérisé les campagnes ces trente dernières années, sous l’effet notamment d’une double tendance : l’intégration croissante des marchés et des systèmes agroalimentaires nationaux et l’expansion territoriale du modèle agroexportateur. Avec les pressions en hausse qui pèsent aujourd’hui sur la terre et les ressources, cette double tendance forme en quelque sorte la toile de fond dans laquelle s’insèrent ces multiples dynamiques contestataires.

Un monde rural sacrifié sur l’hôtel de la modernisation

Qu’ils prophétisent la disparition prochaine de la paysannerie - jugée anachronique - face à l’essor des villes et l’industrialisation ou promeuvent, pour résoudre le problème de la faim, une nouvelle « révolution verte », version réactualisée du programme de transformation capitaliste des campagnes, les récits modernisateurs en matière de développement agricole occultent un fait incontestable. En dépit de l’explosion urbaine, l’espace rural demeure le cadre de vie de plus de la moitié de la population dans le Sud, et l’agriculture sa principale source de revenus. Aussi, sur les sept milliards d’êtres humains qui peuplent la planète, près de 3 milliards vivent toujours à la campagne. Et 83% d’entre eux - mais plus de 90 % si l’on se limite à l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine - dépendent de l’exploitation de la terre et de ses ressources pour leur survie (FAO, 2013).

Et même dans les pays où l’agriculture occupe une place moindre aujourd’hui dans la structure du PIB, les activités agricoles demeurent la seule source de revenu de très nombreuses familles pauvres, sinon un complément indispensable à leur survie. En Inde notamment, où le monde rural abrite toujours 69% de la population et où près de la moitié des actifs travaillent dans l’agriculture (Lutringer, 2012). Louée pour son dynamisme économique, l’Inde est aussi, rappelons-le, le pays où vivent, en chiffres absolus, le plus de personnes en situation de sous-alimentation et de malnutrition (Leroy, 2011).

On touche ici à une caractéristique majeure du monde rural au Sud : alors qu’elles sont productrices de nourriture – et pourvoient généralement à l’essentiel des besoins locaux –, les populations rurales comptent dans leurs rangs le plus grand nombre d’affamés. Sur les quelque 867 millions de personnes qui souffrent aujourd’hui de manière chronique de la faim dans le monde, les trois quarts sont en effet des ruraux, principalement des travailleurs agricoles sans terre, des journaliers, des métayers et des petits propriétaires sous-équipés ne pouvant assurer leur survie et celle de leur famille (FAO, 2013) [2] .

Révélateur de l’étroite imbrication entre villes et campagnes dans le Sud, les problèmes des premières trouvant le plus souvent leur source dans les impasses des secondes, le dernier quart – on l’oublie trop souvent – se compose essentiellement d’ex-ruraux. De nouveaux « urbains » donc, que la pauvreté ou celle de leurs parents, associée souvent à d’autres facteurs (guerres, catastrophes climatiques, pression démographique, etc.), a chassé des campagnes et poussé vers les ceintures des bidonvilles et les banlieues engorgées et sous-équipées de Delhi, Port-au-Prince ou Addis Abeba.

Or, cette pauvreté rurale qui alimente celle des villes ne peut être considérée comme un phénomène résiduel appelé à se résorber, comme l’affirme le discours dominant [3]. D’abord parce que le nombre de pauvres est resté « remarquablement » stable dans les campagnes, ce qui signifie que l’exode des pauvres vers les villes est compensé année après année par l’apparition d’un nombre à peu près égal de pauvres et d’affamés dans les campagnes. Ensuite, parce que ce nombre élevé de pauvres ruraux, expliquent Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, « n’est pas un simple héritage du passé, mais le résultat d’un processus, très actuel, d’appauvrissement extrême de centaines de millions de paysans démunis » (2003). Un processus d’appauvrissement dans lequel les politiques d’ajustement libéral des campagnes ont joué, et jouent toujours, un rôle majeur.

Ajustement sectoriel des campagnes et intégration des marchés agroalimentaires

Début des années 1980, l’agriculture des pays du Sud se trouve, comme les autres secteurs économiques, dans la ligne de mire de l’ajustement libéral. Réduction drastique des subsides gouvernementaux à la production ou à la commercialisation ; libéralisation des prix agricoles et déréglementation du marché foncier ; élimination progressive des droits de douane et autres barrières protectrices ; mise en œuvre de politiques favorables aux investissements étrangers et privatisation des filières, entreprises publiques et fermes d’État ; abolition des stocks alimentaires et recentrages des activités agricoles sur des productions plus rentables sur les marchés internationaux... bien peu de pays échapperont à cette recette imposée, ou préconisée avec insistance, par les organismes financiers internationaux et autres bailleurs.

Mises en œuvre avec plus ou moins de zèle d’un pays à l’autre, ces réformes constitueront la pierre angulaire d’un vaste mouvement de restructuration des économies rurales, marqué par l’intrusion du marché et le retrait concomitant de l’État. Un mouvement qui se poursuivra ensuite avec l’inclusion de l’agriculture dans le dernier cycle de négociations du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), la création en 1994-1995 de l’Organisation mondiale du commerce et la multiplication des traités bilatéraux de libre-échange.

Supposées améliorer la productivité et la compétitivité de secteurs agricoles que leurs promoteurs jugeaient amorphes et coûteux, ces réformes n’ont atteint que marginalement leurs objectifs économiques. En revanche, elles se sont révélées catastrophiques pour les petits et moyens producteurs familiaux, sur lesquels elles ont fait peser une pression commerciale insupportable (Moyo et Yeros, 2005). Combinée au retrait des mécanismes d’appui publics, l’invasion de denrées alimentaires à bas prix suite à l’ouverture des marchés a en effet entraîné une chute brutale des revenus locaux, conduisant bientôt des millions de producteurs ruraux dits « non compétitifs » à la faillite. Acculés par cette concurrence nouvelle, beaucoup n’ont eu d’autres choix que l’exode vers les villes, sans la moindre garantie d’emploi, ou la vente de leur force de travail aux gros exploitants agricoles, venant ainsi grossir la masse croissante des journaliers et autres salariés agricoles sous-rémunérés, peu protégés et non syndiqués, presque toujours soumis à des cadences de travail infernales (McMichael, 2008 ; Alternatives Sud, 2010 ; 2011).

Expansion des monocultures d’exportation et montée en puissance de l’agrobusiness

Parallèlement, sur recommandation des organismes financiers internationaux, la plupart des gouvernements du Sud se lancent dans des politiques de spécialisation agricole dans le but d’accumuler les devises nécessaires au remboursement de leur dette ou à la relance de leur économie. Mise en œuvre dès la deuxième moitié des années 1960 par une poignée de pays, dans le cadre de leur « révolution verte », cette spécialisation entraînera à son tour un vaste mouvement de (re)conversion des terres au profit d’une poignée de cultures commerciales (soja en Argentine, au Paraguay et au Brésil, palmier à huile en Indonésie et au Cameroun, coton en Inde, etc.) pour lesquels existait une demande solvable sur les marchés internationaux.

Or, intensives en capitaux et en intrants industriels coûteux, ces (mono)cultures excluaient d’emblée les petits producteurs, lesquels ne pouvaient consentir aux investissements requis, si ce n’est en prenant le risque de sombrer dans une nouvelle spirale d’endettement, tels ces milliers de paysans indiens que les dettes accumulées pour adapter leur exploitation au coton ont conduits au suicide. Qui plus est, l’essor de ces cultures a très largement stimulé les dynamiques d’appropriation à grande échelle des terres, augmenté la concentration foncière et poussé plus avant la frontière agricole, renforçant les inégalités et ouvrant la voie à d’immenses « déserts verts » qui détruisent, sinon déstabilisent les écosystèmes (Ibid.).

Principaux bénéficiaires de cette dynamique, les gros opérateurs agricoles nationaux et, surtout, les grandes firmes de l’agrobusiness. Bénéficiant d’un régime commercial taillé sur mesure, de plus en plus concentrées au niveau international, ces firmes n’ont cessé depuis les années 1990 d’étendre leur mainmise sur les secteurs agricoles nationaux et le système agroalimentaire mondial. Avec la complicité des gouvernements locaux et le soutien des institutions internationales, Banque mondiale en tête, soucieuses de confier aux opérateurs privés la tâche d’accroître la production alimentaire (Delcourt, 2012). Édictant désormais les termes de la production et des échanges agricoles, ces grandes firmes de l’agrobusiness, national et international, sont aux premiers rangs de la nouvelle « ruée sur la terre ».

Nouvelles pressions sur les terres

Placées depuis peu sous le feu des projecteurs médiatiques, les dynamiques d’« accaparement des terres » n’ont pourtant rien d’original. Depuis la période coloniale, la spoliation des communautés rurales est une pratique généralisée dans le cadre de l’implantation de grands projets d’infrastructure (routes, barrages, etc.), de monocultures à grande échelle, d’exploitations industrielles ou extractives (mines, pétroles, etc.), de stations touristiques, ou encore de plans d’urbanisation, bref pour faire la place à des projets associés au développement économique « moderne ». Sans parler des formes d’appropriation privée par les élites locales, le plus souvent illégales, qui ont toujours eu cours dans le Sud, en particulier là où les droits sur la terre ne sont pas juridiquement reconnus ou garantis.

Ce qui est nouveau en revanche, c’est la nature et l’ampleur du récent mouvement d’accaparement. Dans sa forme récente en effet, cette nouvelle ruée sur la terre est, comme le souligne Gérard Chouquer, la « conjonction d’un accaparement ou un transfert des terres, à la limite plutôt classique, avec des aspects complètement inédits : l’industrialisation, la financiarisation, la délocalisation et la mondialisation du contrôle de la production agricole » (2012).

À l’origine de cet intérêt renouvelé pour le foncier agricole, la crise alimentaire de 2007/2008, qui a réactivé la peur malthusienne d’une « pénurie généralisée de nourriture » et dessiné de nouvelles perspectives de profit dans un climat économique morose suite à l’effondrement du système financier international. D’une part, la hausse soudaine des prix des denrées de base sur les marchés internationaux a incité quelques États riches financièrement, mais pauvres en ressources ou à la limite de leurs capacités productives (pays du Golfe, Inde, Chine, Corée du Sud, etc.) à délocaliser leur production alimentaire.

D’autre part, elle a poussé un large spectre d’opérateurs privés, anciens et nouveaux venus dans le secteur agroalimentaire (banques d’affaires, fonds de pension, fonds spéculatifs, etc.), à la fois échaudés par la dépréciation des actifs financiers et alléchés par les perspectives de retour sur investissement que représentent désormais le foncier agricole, à suivre le mouvement. Et tous ces acteurs de faire l’acquisition de vastes domaines, là où la terre est abondante et bon marché, pour y produire des aliments, quand il ne s’agit pas plutôt de cultiver des agrocarburants ou de profiter des avantages offerts par le marché international du carbone (Alternatives Sud, 2013).

Réputée disposer de vastes superficies foncières « vacantes », « disponibles » ou « sous-utilisées », l’Afrique s’est naturellement imposée comme la cible privilégiée de ces investissements, suivie de loin par l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine. En tout et pour tout, elle représenterait d’ores et déjà près de soixante pour cent des surfaces accaparées dans le monde depuis 2008, soit près de 25 millions d’hectares d’après la « matrice des transactions foncières » [4]. Un chiffre certainement bien en deçà de la réalité – certains avançant le chiffre de plus de 100 millions d’hectares – et qui ne tient pas compte des contrats en cours de négociation, de ceux portant sur des surfaces inférieures à 200 hectares, ni des « accaparements internes » par les élites locales, lesquels ont pris également de l’ampleur ces dernières années.

Encouragés par les gouvernements locaux, voire par les organisations internationales et régionales, au prétexte qu’ils favorisent la relance de la production agricole, sont créateurs d’emplois et, donc, renforcent la « sécurité alimentaire », ce mouvement d’accaparement constitue sans nul doute l’une des premières menaces qui pèsent sur les populations rurales et leur environnement. En particulier dans les pays où l’agriculture et les activités agricoles constituent la principale source de revenus des populations les plus pauvres ou les plus vulnérables économiquement.

Il n’est pas inutile de rappeler que, tout en étant l’« usine du pauvre »D’après l’expression d’un leader paysan paraguayen, [5] , la terre détermine largement le statut social et économique des populations. Elle est donc aussi, comme l’indiquent bien Praveen Jah et Avinash Kumar dans cet État des résistances dans le Sud, «  un facteur de démocratie, de justice sociale et d’équité ». C’est dire combien elle demeure l’enjeu central pour les mouvements sociaux ruraux. Un enjeu d’autant plus décisif aujourd’hui que cette nouvelle ruée sur la terre éloigne d’autant la perspective de réformes agraires dignes de ce nom [6].

Reconfiguration du paysage contestataire dans le monde rural et renaissance du « mouvement paysan »

Face à cette évolution qui sape leurs conditions d’existence et menace leur mode de vie, les populations rurales ne sont pas demeurées passives ou résignées. Les observateurs sont unanimes sur ce point : depuis une quinzaine d’années, on assiste à une croissance exponentielle des conflits dans le monde rural, lesquels se concentrent dans les régions où la terre et les ressources font l’objet d’une convoitise croissante. Reflets et conséquences de la « modernisation conservatrice » des campagnes, ces conflits semblent dans le même temps avoir changé de nature. Davantage qu’autrefois, ils placent les petits producteurs ruraux, mais aussi des communautés jusqu’à présent relativement épargnées par cette modernisation, dans un rapport de confrontation directe avec de puissants opérateurs privés, nationaux et transnationaux (Moyo et Yeros, 2005 ; Fernandes 2008, 2010, Via Campesina 2012, 2013).

Pour autant, les pressions accrues sur les terres et les communautés rurales ne peuvent expliquer seules la montée en puissance concomitante de la protestation sur les trois continents. Si elle donne généralement lieu à un large panel de réactions, allant des « formes quotidiennes de résistance » à des explosions soudaines de violence, la dégradation multiforme des conditions de vie n’évolue pas mécaniquement, comme le suggère une lecture simpliste des rapports sociaux, vers une contestation sociopolitique ouverte et revendicative. À plus forte raison dans les campagnes appauvries du Sud, où « ... la lutte pour la survie quotidienne ne prédispose pas naturellement à s’engager dans des luttes sociales dont les bénéfices peuvent paraître lointains ou aléatoires  » (Polet, 2008) et où les structures clientélistes, les rapports de patronage et le respect voué aux élites, aux anciens et/ou aux notables locaux tendent à étouffer toute velléité explicite de révolte.

L’existence de dispositifs ou de relais organisationnels susceptibles de porter, canaliser et amplifier les revendications de ces populations rurales marginalisées politiquement est un facteur décisif. « Si les paysans ont généralement un sens profond de l’injustice, soulignait Éric Wolf, celui-ci, pour devenir actif sur la scène politique, doit recevoir forme et expression dans une organisation... » (1974). Autrement dit, l’émergence et la portée des mobilisations collectives dans les campagnes dépendent étroitement de l’existence d’organisations autonomes vis-à-vis des pouvoirs publics, capables de mobiliser le consensus et l’action, soit de convertir des « causes objectives » en « raisons d’action » (Lutringer, 2012).

Or, précisément, le paysage organisationnel de la protestation dans le Sud s’est lui aussi profondément transformé depuis une trentaine d’années, dans la foulée de la vague de démocratisation qui a successivement touché l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique et touche désormais le monde arabe. Partout ou presque, le tissu organisationnel s’est diversifié, étendu et densifié à mesure que s’ouvraient de nouveaux espaces politiques. Dans de nombreux pays sont apparues, aux côtés des structures historiques de représentation du monde rural et paysan, en perte de vitesse, une nouvelle génération d’acteurs collectifs de base, ainsi qu’une myriade d’organisations créées à l’initiative d’ONG, nationales ou internationales, d’églises ou d’autres acteurs engagés dans la prise en charge de groupes très diversifiés et la défense d’intérêts très concrets (Borras, 2004 ; Polet, 2006).

Bref, cette recomposition organisationnelle est l’une des clés de la réactivation récente des luttes sociales dans les campagnes, lesquelles avaient souvent été brutalement interrompues par des régimes militaires ou autoritaires, obsédés par le potentiel révolutionnaire – fantasmé ou non – que représentaient à leurs yeux les campagnes, là où elles n’avaient pas été tout simplement canalisées et affaiblies par les stratégies clientélistes du pouvoir.

Entre reterritorialisation et transnationalisation

De ce point de vue, les réformes libérales ont eu des effets paradoxaux. Il en va ainsi des mesures de décentralisation partielle des pouvoirs politiques, fiscaux et administratifs. D’une part, cette décentralisation a participé à l’affaiblissement généralisé des États qui jouaient jusque-là un rôle central dans le maintien des systèmes agraires, tout en apportant une relative protection aux populations rurales. Mais, d’autre part, elle a créé les conditions d’une remobilisation et d’une repolitisation de ces mêmes populations, en encourageant les communautés locales, premières victimes de ces réformes, à s’organiser localement pour défendre leur droit et leur territoire (Borras, 2004).

Ce processus de « reterritorialisation » des luttes sociales dans les campagnes s’accompagne d’un phénomène de « transnationalisation » de la mobilisation. L’éloignement des centres de décision, la mondialisation des enjeux agraires ou encore le déséquilibre croissant des forces en présence - de puissants opérateurs privés, nationaux et transnationaux, ayant pris peu à peu le relais des « ennemis d’hier » (fazendeiros brésiliens, grands propriétaires sud-africains, bullock capitalists indiens, etc.) - ont poussé des mouvements sociaux ruraux à opérer des rapprochements, à adopter des stratégies de convergences et à mieux coordonner leurs luttes, pour peser plus efficacement sur l’orientation du développement agricole et des politiques alimentaires.

De nombreuses coalitions nationales, régionales et internationales ont ainsi fleuri ces vingt dernières années. Si leurs résultats politiques concrets sont variables, ces stratégies de convergences n’en ont pas moins contribué à réduire la distance géographique et institutionnelle entre paysans, de même qu’entre eux et les lieux du pouvoir (États, institutions internationales, etc.). En donnant une nouvelle visibilité à leurs luttes, elles permettront aussi de diminuer l’exposition et la vulnérabilité des acteurs sociaux sur le terrain local (Borras, Edelman et Key, 2008).

Parmi ces coordinations, la Via Campesina mérite bien sûr un développement particulier. Créée à Mons (Belgique) en 1993 sur l’initiative d’organisations paysannes du Sud marginalisées au sein des fédérations internationales de producteurs agricoles, elle regroupe aujourd’hui pas moins de 150 organisations et prétend représenter quelque 200 millions de ruraux dans près de 70 pays d’Asie, d’Afrique, d’Europe et des Amériques. Devenue en quelques années l’un des principaux mouvements sociaux de type transnational, cette nouvelle « internationale paysanne » jouera un rôle majeur dans la redéfinition et la réaffirmation d’une identité paysanne positive et mobilisatrice, la construction de nouvelles solidarités au-delà des frontières et la prise de conscience d’une nécessaire articulation des luttes sociales dans les campagnes pour gagner en résonance politique et en visibilité médiatique.

Permettant une montée en généralité de la question agraire et des problématiques rurales, le concept de « souveraineté alimentaire » forgé par la Via Campesina va considérablement favoriser cette dynamique de convergences. De fait, explique Eric Holt-Giménez, il est venu combler un grand vide, à savoir l’absence de programme novateur et « universel » pour la paysannerie et ses alliés. « Il y a à peine dix, les sociologues ruraux se lamentaient de l’absence de principe sous-jacent...qui agirait comme force unificatrice d’un mouvement pour une agriculture durable, et soulignaient la nécessité de former des coalitions et de développer des mouvements progressistes dans le domaine de l’agroalimentaire, capables de faire contrepoids à la dérégulation, la globalisation et la dégradation des écosystèmes. Avec la crise actuelle, la revendication paysanne de la souveraineté alimentaire – littéralement l’autogouvernement des peuples sur le système alimentaire – pourrait désormais fort bien remplir cette fonction politique » (2010).

Au bout du compte, la grande réussite de la Via Campesina est d’avoir rouvert le débat sur le développement, redéfini les termes mêmes de ce débat, de même que la place et le rôle des paysans comme agents de développement dans ce processus (Borras, Edelman et Key, 2008 ; McMichael, 2008), tout en portant le conflit sur le terrain des idées [7].

Faiblesses, obstacles et défis

Déficit de ressources militantes

Ne nous y trompons pas cependant. Si la création de la Via Campesina a constitué une étape cruciale dans la redéfinition d’une identité offensive, la constitution d’un pôle agraire anti-néolibéral et l’émergence d’un projet politique original pour la paysannerie, les mouvements, réseaux et organisations qui constituent cette « nouvelle internationale » ne représentent encore qu’une fraction très minoritaire du monde rural. La grande majorité des près de trois milliards de ruraux que compte la planète demeure en dehors ou à la marge de toute organisation formelle offensive. Une situation qui explique l’apparent « vide » d’acteurs contestataires dans certains pays.

De ce point de vue, les contrastes sont bien sûr frappants d’un pays, voire d’un continent, à l’autre, comme le montrent les différents textes rassemblés dans ce panorama des résistances paysannes. Difficile, par exemple, de mesurer plus grand contraste entre l’Amérique latine, terreau de nombreuses et puissantes organisations paysannes (à l’instar du MST- Mouvement des paysans sans terre - au Brésil), et la plupart des pays africains, où les paysans, qui constituent parfois plus des trois quarts de la population, sont encore peu encadrés, organisés et impliqués dans des structures de mobilisation effectives et autonomes par rapport aux pouvoirs politiques. Manquant de ressources financières et organisationnelles, de leadership ou d’alliés, nombreuses sont ainsi les communautés rurales, paysannes, agroforestières et pastorales qui ne peuvent que difficilement assurer la défense de leurs droits ou de leur territoire. Un déficit qui, combiné à leur isolement, les rend particulièrement vulnérables aux pressions externes et aux stratégies des pouvoirs pour canaliser et neutraliser toute revendication.

Tensions multiformes

Ne l’oublions pas non plus, le monde paysan est loin d’être idéologiquement et socialement homogène. Il s’apparente, on l’a vu, à une vaste mosaïque d’acteurs, d’intérêts, de causes et de revendications fortement dispersés et peu articulés. Il y a plus de quarante ans déjà, Éric Wolf mettait en garde contre l’utilisation abusive et indifférenciée de la paysannerie comme « concept global » pour analyser les mobilisations collectives dans les campagnes : « (...), par sa manière de penser et son comportement, le tenancier se distingue du propriétaire, le paysan pauvre du paysan riche, le cultivateur-artisan du simple laboureur, le paysan responsable de toutes les opérations agricoles dans la ferme, louée ou achetée, de l’ouvrier salarié travaillant sous la surveillance d’autrui (...) il convient de distinguer entre le paysan qui vit près d’une ville et participe aux affaires et au marché urbain et celui qui vit dans un village isolé ; entre le paysan qui commence à envoyer ses filles et ses fils à l’usine et celui qui continue à travailler dans les limites de son petit univers rural. Les distinctions entre propriété et participation à la propriété en relation avec les marchés et avec les systèmes de communication, tout cela (...) paraît important... » (1974).

Autant de dimensions cruciales en effet pour analyser les ressorts et les moteurs de l’action collective paysanne, mais aussi pour rendre compte des logiques concurrentielles, voire conflictuelles, qui animent les différentes organisations représentatives du monde rural. Tensions entre colons venus de l’Altiplano et indigènes des basses terres en Bolivie, entre travailleurs agricoles migrants et/ou saisonniers sud-africains et la confédération syndicale Cosatu (Congress of South Africain Trade Union), entre petits propriétaires dans l’Afrique des Grands Lacs, hostilités à caractère ethno-nationaliste entre paysans cinghalais et tamouls au Sri Lanka, etc. Bref, comme le montrent les analyses contextualisées, les intérêts des différents groupes sociaux dans les campagnes - ou leurs visions de leurs intérêts - ne sont pas nécessairement convergents et peuvent même déboucher, par l’entremise d’instrumentalisations politiques et identitaires, sur de violents conflits, rendant difficile la constitution d’un mouvement paysan fort.

Derrière son apparente unité, la Via Campesina elle-même n’est pas épargnée par ces divisions. S’enracinant généralement dans des contextes nationaux, elles sont à l’origine d’importantes divergences sur les plans stratégique et politique. Relations tendues entre le MST (Mouvement des sans terre) brésilien et le KRSS (Karnataka Rajya Ryota Sanghanata) indien sur la question de la réforme agraire (que la Via Campesina a pourtant contribué à réactualiser). Rejet par cette dernière organisation, constituée essentiellement de fermiers et d’agriculteurs relativement aisés, de la candidature de Ekta Parishad, qui milite dans le même pays en faveur d’une vaste redistribution des terres (Lutringer, 2012). Franche rivalité entre deux organisations philippines (Unorka et KMP), toutes deux membres à part entière du mouvement (Borras, 2004). Et frictions ponctuelles entre organisations continentales sur la définition des stratégies et des priorités politiques à suivre (Borras, Edelman et Key, 2008).

Rapport de force défavorable

Reste que l’une des principales faiblesses des mouvements paysans est à chercher dans la disparition de ses traditionnels relais politiques, dans un contexte international marqué par la diminution du poids démographique – et donc électoral – des populations rurales. Grisés par la « réussite » agricole de certains pays, à la recherche de nouvelles stratégies de croissance et cherchant à maximiser leurs « avantages comparatifs », la plupart des gouvernements du Sud, indépendamment de leur couleur politique, ont fait le choix de sacrifier leur paysannerie en privilégiant la modernisation industrielle de l’agriculture et l’exploitation intensive des ressources.

Même, là où des partis de gauche sont arrivés au pouvoir, cette option productiviste a contre toute attente été confirmée, sinon renforcée. Au Brésil notamment, où le Parti des travailleurs (PT), autrefois proche allié du mouvement paysan, a pratiquement abandonné ses ambitions de réforme agraire et appuie davantage les différents secteurs de l’agrobusiness que l’agriculture familiale, pourtant décisive en termes de préservation de l’emploi rural, de production alimentaire et de « services environnementaux ».

Et pourtant, notons-le, peu de pays au monde abritent un mouvement paysan aussi organisé et combatif que le Brésil (Delcourt, 2013). En fait, le cas brésilien montre combien, en dépit de sa « recomposition » et de son « internationalisation », le mouvement paysan demeure politiquement très faible ou affaibli ; combien, dans un contexte marqué par la course à la production et à la productivité, la mondialisation des marchés, la prééminence de la ville sur la campagne et le croissant désintérêt des gouvernements pour la réforme agraire, un temps considérée comme la clé du développement, le rapport de force est des plus défavorables aux organisations paysannes.

C’est pourquoi, conscient de ces faiblesses et de son incapacité croissante à peser sur le politique, le charismatique porte-parole du MST, Jõao Pedro Stédile, en appelle à un changement de stratégie politique, incitant les mouvements paysans à se concentrer davantage sur la construction de nouvelles alliances et coalitions en dehors du monde rural (Dirceu, 2010). Tel est en effet certainement le grand défi à relever pour les mouvements paysans : non seulement poursuivre leurs propres stratégies de convergence, mais aussi s’atteler à la construction de nouvelles alliances avec d’autres acteurs sociaux en lutte - syndicats ouvriers, mouvements indigènes, écologistes, de migrants, associations de consommateurs, réseaux de producteurs agroécologiques, instituts de recherche, bref l’ensemble des acteurs désireux d’en finir avec ce modèle agroalimentaire socialement excluant et écologiquement destructeur.

Seule une telle convergence autour d’un projet commun intégrant toutes les dimensions (sociale, économique, environnementale et culturelle) permettra d’établir un réel rapport de force, de rompre le consensus national et international autour de l’agriculture industrielle et de la « révolution verte » comme solutions au problème de la faim, et de faire pencher la balance en faveur de la souveraineté alimentaire et de l’agroécologie.

Bibliographie

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Alternatives Sud (2011), « Agrocarburants : impacts au Sud ? », Cetri-Syllepse, Louvain-la-Neuve-Paris, vol. 18-1

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Notes

[1La notion de paysannerie est elle-même problématique et sujette à controverse dans la mesure où elle est généralement utilisée pour désigner indistinctement des catégories multiples et mouvantes. Conscient du caractère évolutif, flou et fourre-tout des concepts de « paysans » et « paysannerie », nous utiliserons ici le terme « mouvement paysan » dans un sens très large, en nous référant, à l’instar de Catherine Lutringer (2012), non pas à des identités particulières, mais à l’objet des mobilisations, à savoir l’agriculture.

[2La FAO note également que sur dix actifs percevant un revenu net de moins de 1,25 dollar, soit un revenu insuffisant pour faire vivre leur famille, 8 sont des ruraux (2013).

[3En particulier celui de la théorie économique classique qui comme l’explique McMichael envisage la disparition de la paysannerie comme la conséquence de la loi de l’accroissement de la productivité. Renforcée par la faible élasticité de la demande en nourriture, elle entraînerait l’irrémédiable déclin en chiffres absolus et relatifs de la population rurale (2008).

[5Cf. « Les semences de la colère » (2011), documentaire, Arte.

[6Ainsi au Brésil notamment. Comme le note Hiba El Dahr : « L’envolée des prix sur les marchés internationaux qui a renforcé, sous l’effet de la spéculation, la pression inflationniste sur le foncier ne fait que compliquer la redistribution des terres au Brésil par l’impact du coût des désappropriations. En même temps, elle favorise l’expansion des activités agricoles dans les territoires où les prix des terres sont plus attractifs (Amazonie et Cerrado) » (2012).

[7Selon Bernardo Mançano Fernandes, ces conflits se joueraient en effet non plus seulement sur le terrain concret, mais aussi sur le terrain immatériel des idées et du discours. Ils seraient la manifestation d’une nouvelle opposition radicale entre deux modèles, deux paradigmes, deux visions du développement agricole situées aux antipodes l’une de l’autre : d’un côté le modèle de l’agrobusiness, les gouvernements, les médias et les nombreux experts, qui mobilisent le langage du marché, de la productivité, des économies d’échelle et de l’intensification industrielle et technologique comme seul moyen d’accroître la production, de dynamiser l’économie rurale et de venir à bout de la faim. Et de l’autre, défendu par les mouvements paysans progressistes à l’instar de la Via Campesina et leurs alliés, un modèle d’agriculture diversifié, basé sur de petites exploitations familiales intensives en main-d’œuvre, des pratiques agroécologiques et l’utilisation raisonnée des sols, bien plus à même selon eux de garantir l’emploi rural, un revenu décent, la souveraineté alimentaire et les « écosystèmes locaux » (2008).

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Cet article a été publié dans notre publication trimestrielle Alternatives Sud

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