Les dérives du « volontourisme »

Ces dernières années, les tours opérateurs se sont engouffrés dans le créneau porteur du « volontourisme ». La mode est aux séjours « alternatifs ». De nombreuses agences de voyages proposent désormais à leur clientèle des formules permettant d’aller « donner un coup de main » sur des projets environnementaux ou humanitaires...

« Volontourisme » : un secteur en roue libre

« Pratiquement tous les tours opérateurs ont senti l’aubaine et se sont engouffrés dans ce marché en proposant des offres présentées comme plus respectueuses des populations et de l’environnement », confirme Bernard Duterme, directeur du Centre tricontinental (Cetri), qui suit de très près les enjeux liés au développement et aux rapports Nord-Sud. Une évolution sur laquelle il porte un regard assez critique : « On trouve un éventail très large d’initiatives, qui vont des moins aux plus lucratives. Les intentions peuvent être positives, mais je demeure sceptique sur la manière dont sont pris en compte les intérêts des populations visitées car, bien souvent, il n’y a pas de remise en cause de la logique fondamentale de l’industrie touristique. L’essentiel des profits reste concentré ici. Et, plutôt que de partir des demandes ou des besoins existants sur le terrain, le profil des projets est la plupart du temps défini par le tour-opérateur de ce côté-ci de la frontière Nord-Sud. Cela ne les invalide pas automatiquement, mais cela doit inciter à la prudence ».

Dans ce secteur, l’absence de régulation donne lieu à un phénomène d’autolabellisation « tous azimuts », poursuit Bernard Duterme. « Derrière ces labels, on trouve parfois des pratiques très intéressantes, mais aussi d’autres qui le sont beaucoup moins et qui n’ont d’équitables, de responsables ou de durables que le nom. Au Chiapas, où je me suis rendu récemment, des populations indigènes sont mobilisées contre un projet qui est vendu de ce côté-ci de l’Atlantique comme « écotouristique » et respectueux des populations locales. Mais sur place, on constate que cela se traduit par une appropriation des terres et d’endroits préservés au détriment de celles-ci ». Le secteur du tourisme, conclut-il, a besoin d’une régulation à l’échelle mondiale. Afin notamment de clarifier ces concepts de volontariat et de tourisme alternatif. Mais si l’Organisation mondiale du tourisme de l’ONU se montre consciente des impacts négatifs de ces activités, elle ne dispose pas des moyens d’action pour changer les choses. (G.Toussaint)


P.-S.

Source : extrait d’un dossier de La Libre Belgique (G.Toussaint).


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