Brésil

Brésil : la moitié de la population fait partie de la classe moyenne

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva peut être satisfait ; la pauvreté régresse dans son pays. Une étude récente, menée par la Fondation privée Getulio Vargas, révèle, en effet, que la moitié de la population brésilienne appartient désormais à la classe moyenne. Un fameux pas en avant pour un pays jusque-là largement caractérisé par ses très importantes inégalités sociales.

Alors que les Brésiliens de classe moyenne représentaient 42,5 pc de la population au début du premier mandat du président Lula, ils sont aujourd’hui 52 pc sur les 187 millions d’habitants que compte le pays. La proportion de pauvres reculant quant à elle de 46 pc à 32, 6 pc de la population totale. Le nombre des très riches progresse également, passant de 11,6 pc à 15 pc de la population totale. Selon l’étude, la moitié d’entre eux vivent à Sao Paulo. L’enquête porte sur la population active de 15 à 60 ans et considère comme appartenant à la classe moyenne les familles aux revenus allant de 685 à 2 960 dollars par mois.

Pour la première fois de l’histoire de ce pays, le nombre de pauvres est donc inférieur au nombre de membres de la classe moyenne. Un progrès que l’étude attribue à l’importante croissance économique qu’a connue le Brésil ces dernières années ainsi qu’aux différents programmes sociaux mis en place par le gouvernement.

Parmi eux, le programme « Bolsa Familia », considéré comme l’un des plus importants instruments de lutte contre la pauvreté mis en place dans un pays du tiers-monde. Mis en place par Lula dès son arrivée au pouvoir en 2003, près de 11 millions de familles ont pu bénéficier de ce programme d’allocations versées par le gouvernement.

Mais si la pauvreté régresse bel et bien, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se reposer sur ces lauriers. Chercheur au Centre Tricontinental de Louvain-la-Neuve, Laurent Delcourt s’étonne, en effet, des chiffres présentés par l’étude pour qualifier la classe moyenne. « Entre 685 et 2 960 dollars par mois, il y a vraiment de la marge, explique-t-il ainsi. Même au Brésil, il me semble difficile de boucler une fin de mois d’une famille avec 685 dollars. »

L’apport positif du président Lula dans cette évolution ne fait pourtant pas de doute pour lui. « Vu d’Europe, on a souvent tendance à croire que Lula est vendu au libéralisme, tandis que Chavéz ou Morales représenteraient la vraie gauche immaculée. Force est pourtant de constater que le bilan de Lula en matière de lutte contre la pauvreté est bien plus important que celui des autres chefs d’Etat dans la région » , poursuit Laurent Delcourt.

Un bilan positif sur lequel il convient toutefois de rester prudent. « Le gouvernement Lula réduit la pauvreté mais continue de défendre farouchement le modèle agroexportateur sur la scène internationale. Il ne faut pas oublier que dans les négociations du cycle de Doha, une des contreparties à la baisse des subventions agricoles était l’ouverture du marché brésilien aux denrées alimentaires occidentales. Or cette ouverture pourrait frapper de plein fouet de nombreux petits agriculteurs, largement représentés dans la frange de la population la plus pauvre du pays. »


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