La « gestion humanitaire » des camps de réfugiés au Kenya

Au cours des années 1990, le Kenya a été confronté à un tel afflux de réfugiés qu’il a dû faire appel à l’aide internationale. Les organismes d’assistance se sont alors employés à gérer la masse anonyme de ces nouveaux venus en la triant par ethnies, clans ou sexes. Les réfugiés ont réagi en réécrivant leur histoire de façon à entrer dans les catégories du système humanitaire, adoptant des stratégies de survie pour s’adapter à leur nouvel environnement « culturel ». Il semble que les « humanitaires » aient eux mêmes joué sur une prétendue « tradition africaine » pour maintenir l’ordre dans les camps de Kakuma et de Dadaab, quitte à égratigner les règles internationales de protection des réfugiés. La majorité des occupants de ces camps sont des jeunes sans qualifications et des dépendants écartés des ressources économiques, sociales et politiques de la ville. Si l’administration kenyane a souvent fermé les yeux sur la présence, en milieu urbain, d’une « élite » d’exilés - intellectuels, politiciens, entrepreneurs, ingénieurs ou médecins - du moment que celle ci s’intégrait bien dans le jeu d’une économie formelle, les autorités ont en revanche « diabolisé » la « classe dangereuse » des immigrés clandestins, accusés de se faire passer pour des réfugiés et régulièrement victimes de rafles policières, d’arrestations prolongées et d’extorsions variées, quand il ne s’agissait pas, tout simplement, de les renvoyer dans les camps.

Genèse et enjeux des migrations internationales

Genèse et enjeux des migrations internationales

Cet article a été publié dans notre publication trimestrielle Alternatives Sud

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