La gauche uruguayenne : de l’hégémonie culturelle à l’hégémonie politique

L’hégémonie politique de la gauche uruguayenne qui s’est concrétisée dans les urnes en 2004 en portant à la tête de l’Etat le Frente Amplio a été précédée d’une hégémonie culturelle construite au cours des trois dernières décennies. Celle-ci doit beaucoup au battlismo (du nom de José Battle, président au début du 20e siècle), cet imaginaire social-démocrate de « progrès dans la paix et l’égalité des chances » qui a imprégné la culture « classe moyenne » de ce petit pays homogène ethniquement. La dictature renforça dans l’adversité et la répression l’unité d’une gauche plurielle et partant, sa légitimité au-delà des frontières politiques, sa présence dans les espaces socioculturels et son réseau de base. L’ampleur de l’opposition à la loi d’impunité des militaires de 1986, et aux privatisations dans les années 1990, dépassa de loin l’électorat de la gauche de l’époque. La crise du néolibéralisme et la récession de ces dernières années a accéléré la fin des gouvernements de droite. Le Frente Amplio au pouvoir transformera-t-il ce petit pays endetté ? Beaucoup dépendra des rapports de force régionaux, en particulier de la capacité du Brésil et de l’Argentine à changer de cap.

Mouvements et pouvoirs de gauche en Amérique latine

Mouvements et pouvoirs de gauche en Amérique latine

Cet article a été publié dans notre publication trimestrielle Alternatives Sud

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