L’ouragan Matthew postpose les élections présidentielles et législatives en Haïti

Trois jours de deuil national commencent en Haïti. L’ouragan Matthew a balayé l’île ces derniers jours faisant des centaines de victimes et plus d’un million de sinistrés. Et le cauchemar n’est pas fini, les jours qui viennent s’annoncent difficiles. Dans certaines zones, la plupart des récoltes ont été détruites. Le choléra menace la population, l’UNICEF a déjà tiré la sonnette d’alarme concernant les maladies liées à la qualité de l’eau.

Le pays est à genoux, et dans l’impasse politique... Des élections devaient se tenir ce dimanche, mais le passage de Matthew a changé la donne. Une fois de plus, les élections présidentielles et législatives sont reportées, le Conseil électoral provisoire (Cep) n’a pas encore précisé à quelle date. L’année dernière, le scrutin avait déjà été annulé pour cause de fraudes. Le pays tentait de les réorganiser depuis des mois.

« Ça tombe très mal, explique Frédéric Thomas, chercheur et spécialiste d’Haïti au CETRI, le centre Tricontinental. Nous avons un gouvernement transitoire, nous sommes donc dans une situation juridique fragile. La nouvelle date de ces élections devrait être précisée le 12 octobre. »

« C’est une course contre la montre. Plus on attend, plus il y a des risques d’instabilité. Mais il faut espérer que le processus aboutisse au plus vite et que puisse enfin se mettre en place un gouvernement qui jouisse d’une plus grande légitimité. Il faut savoir que le président précédent était perçu comme quelqu’un qui avait été placée à ce poste par la communauté internationale plutôt que par les Haïtiens.Il y a donc un véritable enjeu de réappropriation du processus électoral par les Haïtiens. »

Il faudra donc organiser des élections au plus vite, pour pouvoir reconstruire le pays, de manière solide. Parce que six ans après le tremblement de terre, on est toujours dans l’aide d’urgence, toujours dans le court terme.

« C’est beaucoup moins la force du cyclone que le manque d’infrastructure, le manque d’accès aux services sociaux, à l’eau potable, le manque de politique de santé qui expliquent les dégâts occasionnés par le tremblement de terre, dégâts qui auraient été bien moindre s’il s’était passé à Cuba ou en Floride. » ajoute le chercheur.

« On est toujours dans une réponse de l’urgence à très court-terme, et on n’arrive pas à mettre en place une réponse structurante pour une reconstruction pour l’accès aux services sociaux, pour la mise en place de politiques de santé, d’éducation et de développement qui supposent forcément de passer par des acteurs locaux. »

Des acteurs locaux jusqu’ici contournés par la communauté internationale.

Voir en ligneEcouter l’interview sur Haïti (9’30-11’45)

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