De séismes en ouragans

Haïti, l’imposture humanitaire

Avec près de cinq cents morts dénombrés une semaine après son passage en octobre, l’ouragan Matthew a causé davantage de dégâts en Haïti que dans les autres régions traversées. Le pays le plus pauvre des Caraïbes serait-il condamné à rechuter sans fin en dépit de l’aide reçue ? En réalité, les plans de développement qui ont suivi les précédentes catastrophes l’ont conduit dans une impasse.

Onze heures. Les ouvrières de la Factory 4 et leurs rares collègues masculins débauchent et, lentement, s’égrènent sous le soleil de plomb. La plupart portent encore le tablier et le bonnet réglementaires. Celles et ceux qui ne s’engouffrent pas dans la cantine se disputent le peu d’ombre que projettent quelques arbres pour prendre leur repas. Une quarantaine d’Haïtiennes autorisées à pénétrer dans l’enceinte du parc se sont levées plus tôt encore pour préparer les plats qu’elles vendent 50 gourdes (0,70 euro). Comme ses collègues, Johnny ne réglera que dans quelques jours, et d’un bloc, lorsqu’il recevra sa paie bimensuelle.

Il ne travaille ici que depuis quinze jours. Après dix-neuf ans passés en République dominicaine, il est rentré en Haïti «  à cause des problèmes là-bas… ». En septembre 2013, la Cour constitutionnelle de la République dominicaine a en effet privé de citoyenneté entre 100 000 et 200 000 habitants d’ascendance haïtienne, entraînant des expulsions massives et des tensions racistes. Tous les jours, sauf le dimanche, Johnny fait donc le chemin depuis Cap-Haïtien. Lever avant 5 heures, retour après 18 heures, pour toucher le salaire minimum : 300 gourdes (un peu plus de 4 euros) par jour. Difficile ? Tout est relatif à ses yeux : le taux de chômage avoisine les 60 %. Plus de 9 000 ouvriers (dont près de deux tiers de femmes) s’épuisent au cœur du Parc industriel de Caracol (PIC), qui fêtera bientôt sa quatrième année d’existence.

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