Gaza : l’ONU exclut des militants islamistes de la reconstruction

Une étrange affaire. Qui n’a pas encore fait beaucoup de bruit parce que la plupart des acteurs concernés ne parlent guère. En deux mots : dans la bande de Gaza, l’Unrwa, l’agence de l’ONU spécialisée dans l’assistance aux réfugiés palestiniens, qui est maintenant chargée d’établir la liste des logements à reconstruire car détruits durant l’offensive israélienne estivale, exclut les logements qui ont été spécifiquement visés par Israël car ils appartenaient à des militants du Hamas et d’autres organisations radicales.

C’est un article du site al-monitor.com rédigé par la journaliste gazaouie Hana Salah qui a divulgué cette information le 4 novembre dernier. Notre jeune consoeur a pris le soin de recueillir plusieurs témoignages dont celui d’un membre de l’Unwra chargé avec d’autres d’établir la liste des futurs bénéficiaires de la reconstruction des immeubles. Deux militants exclus de cette liste figurent également parmi les témoins cités.

Il ressort effectivement de ces interviews que l’Unrwa - l’ONU donc - a décidé de ne pas aider à reconstruire les habitations appartenant à des personnes directement ciblées par Israël durant son offensive cet été. L’Unrwa refuse toutefois de confirmer l’information. Ni à Hana Salah ni au Soir. La seule réponse que nous avons obtenue après 24 heures de réflexion consistait en un lapidaire « No comment ». Ce qui donne à penser, sauf future information en sens contraire, que l’information n’est pas contestée par l’agence onusienne.

L’Unrwa n’est pas une organisation comme une autre. Seule agence des Nations unies dédiée exclusivement à l’assistance d’une catégorie unique de réfugiés - les Palestiniens (et leurs descendants) chassés de leurs terres et de leurs maisons ou ayant fui en 1948 - l’Unrwa porte sur ses épaules depuis 55 ans de lourdes tâches en termes d’assistance humanitaire, sanitaire et éducationnelle. L’écrasante majorité de ses 30.000 employés sont d’ailleurs eux-mêmes des réfugiés palestiniens sélectionnés parmi les 5 millions de personnes qui portent ce titre funeste.

Mais, voilà, selon ce qu’il transparaît, l’Unrwa semble estimer que, dans cette affaire, elle n’a pas le choix : ou elle accède aux demandes israéliennes et bannit donc les militants de la liste en question, ou ce seront tous les travaux de reconstruction, urgents et innombrables, qui seront paralysés par l’occupant israélien, avec l’aval égyptien (Israël n’occupe plus militairement Gaza, mais en contrôle tous les accès, dont la mer et le ciel, à l’exception de 13 kilomètres de frontière avec l’Egypte).

Al-Monitor relaie la réaction de Ismaïl Radwa, un responsable du Hamas, qui fustige « les discriminations dans la reconstruction qui est un projet qui doit bénéficier à tout le peuple palestinien. L’Unrwa prend part au plan sioniste, nous refusons qu’une organisation internationale comme celle-là soit soumise à la politique israélienne ».

Même son de cloche de la part d’un analyste politique à Gaza, Saleh el-Naami, pour qui, « exclure certains noms du processus de reconstruction reflète l’influence israélienne au sein de l’Unrwa, qui admet ainsi la version israélienne à tous les niveaux. Mais sur quelles bases ? L’Unrwa possède-t-elle un service de renseignement qui lui révèle les noms à exclure ? »

Selon des informations disponibles dans la presse israélienne et autre, Israël entend contrôler le processus de reconstruction dans ses moindres détails, jusqu’à savoir qui reçoit combien de sacs de ciment, lesquels viendront d’ailleurs... d’Israël (voir Le Soir du 20 novembre 2014) et n’hésitera sans doute pas à recourir aux drones, une technique parfaitement maîtrisée par son armée, pour observer chaque maison reconstruite.

Jonathan Cook, un journaliste britannique établi depuis 2001 à Nazareth, en Israël, conclut un article à ce propos par des mots très durs : « Dans sa volonté de soulager les familles à Gaza, l’ONU a tristement accepté de conspirer [avec Israël] à cette nouvelle version du blocus, bien qu’il viole le droit international et les droit des Palestiniens »


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.