Êtes-vous prêts à offrir un peu d’espoir pour les fêtes ?

Il est toujours près de vous. Il en sait plus sur vous que votre meilleur ami. Mais vous, savez-vous ce qu’il a dans le ventre ? On y trouve des extraits de métaux résistants à de hautes températures comme l’étain, le tungstène, le coltan et même l’or. Ce que vous ne savez sans doute pas c’est que l’extraction de ces minerais se fait souvent dans des conditions désastreuses pour les populations locales.

Plus de 30 métaux composent nos téléphones portables, c’est dire l’importance de ces éléments dans la fabrication de ces bijoux de technologie présents quotidiennement à nos côtés.

Or, l’extraction de ces minerais se fait bien souvent dans des conditions désastreuses pour la sécurité des populations des pays du Sud de la planète. En République démocratique du Congo (RDC), des groupes armés illégaux n’hésitent pas à taxer les creuseurs artisanaux pour financer leurs activités. Selon une étude d’IPIS, 50 % des creuseurs artisanaux d’or congolais travaillent sur des sites miniers où ils sont taxés illégalement par un groupe armé. Viols, mutilations et déplacements forcés sont ainsi le lot des Congolais depuis 20 ans, qui en viennent à regretter d’avoir la « chance » de posséder un sous-sol riche en minerais.

De la mine à la fabrique

Sorti en 2012, le film Blood in the mobile voit un réalisateur danois, Frank Poulsen, enquêter dans les mines congolaises afin de retracer le parcours des matières premières utilisées par une entreprise pour fabriquer ses téléphones. Résultat : la multinationale a été contrainte d’avouer devant sa caméra qu’il lui était impossible d’être certaine à 100 % que les métaux contenus dans ses appareils n’avaient pas servi à financer des groupes armés. Mais ce n’est hélas pas la seule entreprise à épingler. Même si des initiatives internationales se sont depuis multipliées, trop peu d’entreprises marquent aujourd’hui un intérêt à établir des processus efficaces visant à surveiller leurs fournisseurs.

Il n’y a malheureusement pas que l’extraction qui pose problème. Les conditions de travail des ouvriers asiatiques qui assemblent les composants électroniques sont également régulièrement épinglées : bas salaires, horaires à rallonge, travail des enfants, exposition à des produits toxiques, intimidations, absence de syndicats et aucune opportunité pour la négociation collective ni le dialogue social sont autant de raisons de douter sérieusement du caractère « propre » de nos téléphones portables.

Toutes ces souffrances sont tatouées au cœur de nos téléphones mais aussi dans nos tablettes, ordinateurs, machines à laver, à café, à aspirer, dans nos thermostats, voitures, scooters, etc.

Approvisionnement responsable

Pourtant, un changement est possible ! Les « minerais du sang » font l’objet depuis deux décennies de nombreuses campagnes de sensibilisation de la part de la société civile internationale qui visent à rendre le marché plus transparent. C’est entre autres grâce à cette pression que l’Union européenne étudie actuellement un projet de règlement visant à demander aux entreprises européennes de s’approvisionner de manière responsable lorsque les minerais importés sont issus de zones de conflits armés.

Les parlements fédéral belge et européen se sont récemment exprimés : ils ont demandé que ce règlement soit de nature obligatoire, en d’autres termes, que les entreprises soient légalement tenues de tracer les matériaux servant de base à la fabrication de leurs produits, et de s’assurer que ces derniers ne soient pas entachés de sang.

S’engager

Un message qui ne semble pourtant pas avoir été entendu par les gouvernements des pays européens qui freinent des quatre fers toute tentative de régulation contraignante. La crise économique qui secoue l’Europe paralyse nos décideurs politiques, qui préfèrent ainsi faire passer le business avant l’éthique.

La Belgique, de par son passé historique avec la RD Congo, endosse une responsabilité particulière et devrait pouvoir encourager ses partenaires européens à aller dans la direction d’un règlement obligatoire, seule garantie que les entreprises agiront effectivement.

Les consommateurs peuvent faire pression sur l’Union européenne et ses États membres afin qu’ils adoptent un règlement obligeant les entreprises à surveiller leur chaîne d’approvisionnement. Nous invitons par exemple les consommateurs à soutenir une telle demande via la campagne internationale « Stop Mad Mining ».

Ce n’est pas qu’une question de bonne conscience. Tout en assurant aux consommateurs qu’ils effectuent des achats propres, un règlement ambitieux contribuera à enrayer la spirale des conflits armés à l’œuvre en RD Congo et partout où les ressources naturelles sont utilisées pour financer des conflits. En cette période de fêtes de fin d’année, il est important de se rappeler que nos achats peuvent renforcer des filières mortifères. Dans l’attente d’un règlement européen permettant de garantir aux consommateurs que les achats qu’ils font ne sont pas entachés de sang, les consommateurs peuvent s’informer auprès de sources indépendantes et faire le choix de produits issus d’une chaîne de production plus responsable et transparente. Quoi qu’il en soit, s’informer auprès de son revendeur avant un achat reste le premier geste citoyen à poser !

Delphine Chabbert, Ligue des Familles ; Patrick Develtere, beweging.net ; Jean-Philippe Ducart, Test-Achats ; Bernard Duterme, Cetri ; Axelle Fischer, Commission Justice et Paix ASBL ; José Ignacio Garcia, Jesuit European Social Center ; Marc Goblet, FGTB ; Philippe Hensmans, Amnesty International Belgique francophone ; André Kiekens, Solidarité Mondiale ; Christian Kunsch, MOC ; Jean-Pascal Labille, Solidaris ; Marc Leemans, CSC ; Chika J. Onyejiuwa, Africa Europe Faith Justice Network ; Luc Van Gorp, Mutualité Chrétienne ; Arnaud Zacharie, CNCD-11.11.11.

Voir en ligneL’article dans Le Soir

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