Editorial « Palestine : mémoire et perspectives »

Sur le conflit israélo-arabe et son noyau central, le conflit israélo-palestinien, tout a été dit et tout reste à dire. Ainsi, les ouvrages sur l’histoire du conflit se comptent-ils par milliers. Et pourtant, tous les jours, de nouveaux livres sortent de presse, apportant un éclairage inédit, revisitant l’histoire, abordant un aspect insuffisamment exploré. Ce n’est pas le lieu ici d’en faire une recension complète, d’en analyser le bien-fondé ou de les passer au crible de la critique. Je voudrais juste signaler aux lecteurs quelques titres récents qui viennent compléter utilement ce dossier d’Alternatives Sud.

J’épinglerai en tout premier lieu un ouvrage publié par Ilan Pappe  : « Une terre pour les Juifs : histoire de la Palestine moderne » (2004). L’auteur, professeur israélien de l’Université de Haifa, y apporte une moisson d’informations qui battent en brèche l’histoire officielle d’Israël. Dans la même veine, mais couvrant une période plus longue, l’ouvrage « Figures de Palestinien. Identité des origines, identité du devenir » d’Elias Sanbar (2004), directeur de la Revue d’études palestiniennes, explique l’extraordinaire survie du peuple palestinien et sa sortie de l’invisibilité par la culture de la mémoire et de l’idée du retour. Survie et refus de la négation, deux idées maîtresses qui constituent la trame de l’ouvrage désormais classique que Nadine Picaudou actualise périodiquement : « Les Palestiniens, un siècle d’histoire » (2003).

A ces ouvrages s’ajoutent beaucoup d’autres. Court mais décapant, le livre « Tuer l’Espoir - Introduction au conflit israélo-palestinien » de Norman Finkelstein (2003) veut rompre avec cette narration de l’histoire de la Palestine où l’on doit mettre constamment des gants pour ne pas susciter les vagues de protestations. Tandis que l’ouvrage « Israéliens et Palestiniens : la guerre en partage » édité par Alain Dieckhoff et Remy Leveau (2003) se veut une recherche scientifique et froide sur les acteurs de l’Intifada, sur les dynamiques à l’œuvre à l’intérieur, dans chaque camp, et sur la projection à l’extérieur du soulèvement palestinien. Cette approche analytique, on la trouve également dans le numéro spécial « D’une Intifada à l’Autre : les Palestiniens au quotidien » du CEDEJ, Centre français du Caire, sous la direction de Bernard Botiveau et al. (2003).

J’ai été particulièrement intéressé par la lecture d’un autre ouvrage au titre original - « Les frontières du Moyen-Orient » de Jean-Paul Chagnollaud et Sid Ahmad Souiah (2004) - où les cartes géographiques, toujours précises, permettent de visualiser les découpages arbitraires de la région et permettent de comprendre le soubassement géopolitique de la politique israélienne de colonisation. Tout aussi éclairante, l’étude que consacre la Documentation française à l’« Afrique du Nord, Moyen-Orient : espace et conflit » sous la direction de Remy Leveau (2004), où la question palestinienne est largement évoquée à partir de points de vue nuancés et quelquefois contrastés.

Dans la catégorie des livres témoignages, souvent poignants, toujours informatifs, j’épinglerai « Le mur de Sharon » d’Alain Ménargues (2004), « Les palestiniens, un peuple privé de ses droits  » de Françoise Grégoire (2004), « Couvrir le désastre : regards sur l’Intifada » de Luis Lema (2003), « Détruire la Palestine ou comment terminer la guerre de 1948 » de Tanya Reinhart (2002), « A contre-chœurs : les voix dissidentes en Israël » de Michel Warschawski et Michèle Sibony (2003).

Mais je ne pourrai passer en revue les ouvrages récents publiés sur la Palestine et que j’ai éprouvé un immense plaisir à lire, sans mentionner le livre « J’ai vu Ramallah », si beau et si poétique, de Mourid Barghouthi (2004). Récit d’un retour en Palestine après 30 ans d’absence et le constat amer que fait chaque Palestinien, de retour d’un long exil, de voir sa terre maillée par les colonies et les routes de contournement, les paysages familiers défigurés, les routes de l’enfance éventrées et les figuiers disparus.

Enfin, bien qu’Alternatives Sud s’adresse essentiellement à un public francophone, je voudrais néanmoins mentionner deux ouvrages publiés en langue espagnole, mais qui sont de nature différente. Le premier est un ouvrage collectif coordonné par un jeune professeur espagnol de l’Université d’Alicante, Ignacio Alvaro Ossorio et Isaias Barrenada qui vient de défendre avec brio une très intéressante thèse de doctorat sur les « Palestiniens d’Israël » à l’Université de Madrid. L’ouvrage porte sur la politique espagnole face à la question palestinienne : « Espana y la cuestion palestina » (2003). Et le deuxième est plutôt un joli roman très bien accueilli par le public catalan et espagnol, écrit par un médecin palestinien vivant à Barcelone, Jamal Salah, et dans lequel l’auteur raconte, avec un humour tout oriental, son voyage hors de Palestine et son installation définitive en Catalogne : « Lejos del horizonte lejano  » (2004).

Cette brève incursion dans le monde de l’édition révèle l’actualité de la question palestinienne, l’intérêt toujours croissant qu’y portent les chercheurs, les journalistes et les écrivains et les multiples questionnements qu’elle suscite. Quelle valeur ajoutée apporte dès lors ce numéro de la collection Alternatives Sud ? Plus qu’une nouvelle information, ce dossier prétend apporter un nouvel éclairage interdisciplinaire sur un ensemble de questions relevant de l’histoire, du domaine du droit, de la géographie, de la démographie, de l’éducation et de l’économie.

Les auteurs sont pour l’essentiel des chercheurs palestiniens, mais des chercheurs arabes (comme Youssef Courbage), israéliens (comme Ilan Pappe), belges (comme Frédéric Lapeyre) ou suisses (comme Riccardo Bocco ou Matthias Brunner) nous ont apporté leur concours. Je voudrais ici les remercier pour leur contribution. Mes remerciements vont aussi et surtout à François Houtart, ce militant infatigable du droit des peuples à l’autodétermination, et à Bernard Duterme qui travaille à la continuité du Cetri, ce centre louvaniste dont la projection internationale n’est plus à démontrer, à travers le mouvement altermondialiste et par le truchement de la revue Alternatives Sud que l’on trouve aux quatre coins du monde.

Bibliographie

Barghouthi Mourid (2004), J’ai vu Ramallah, Paris, l’Aube.

Botiveau Bernard et al. (2003), « D’une Intifada à l’autre : les Palestiniens au quotidien », CEDEJ - Centre Fançais du Caire, n°6.

Chagnollaud Jean-Paul et Souiah Sid Ahmad (2004), Les frontières du Moyen-Orient, Paris, L’Harmattan.

Dieckhoff Alain et Leveau Remy (2003), Israéliens et Palestiniens : la guerre en partage, Paris, Balland.

Finkelstein Norman (2003), Tuer l’Espoir ; Introduction au conflit israélo-palestinien, Bruxelles, Aden.

Grégoire Françoise (2004), Les Palestiniens, un peuple privé de ses droits, Paris, Lanctôt.

Lema Luis (2003), Couvrir le désastre : regards sur l’Intifada, Genève, Labor et Fides.

Leveau Remy (dir.)(2004), « Afrique du Nord, Moyen-Orient : espace et conflit », Paris, La documentation française.

Ménargues Alain (2004), Le mur de Sharon, Paris, Renaissance.

Ossorio Ignacio Alvaro et Barrenada Isaias (2003), Espana y la cuestion palestina, Madrid, Catarata.

Pappe Ilan (2004), Une terre pour les Juifs : histoire de la Palestine moderne, Paris, Fayard.

Picaudou Nadine (2003), Les Palestiniens, un siècle d’histoire, Bruxelles, Complexe.

Reinhart Tanya (2002), Détruire la Palestine : ou comment terminer la guerre de 1948, Paris, La Fabrique.

Salah Jamal (2004), Lejos del horizonte lejano, Barcelone, Rba libros.

Sanbar Elias (2004), Figures de Palestinien. Identité des origines, identité du devenir, Paris, Gallimard.

Warschawski Michel et Sibony Michèle (2003), A contre-chœurs : les voix dissidentes en Israël, Paris, Textuel.

Palestine : mémoire et perspectives

Palestine : mémoire et perspectives

Cet article a été publié dans notre publication trimestrielle Alternatives Sud

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