Chine, Inde et Brésil : débat sur les changements climatiques

L’Inde, la Chine et le Brésil sont des puissances économiques du Sud à forte croissance. Ces pays « en voie de développement » ne sont toutefois pas contraints, à l’instar des pays riches industrialisés du Nord qui ont signé le Protocole de Kyoto, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2012. Ils contribuent pourtant au réchauffement climatique, comme ils commencent à pâtir de ses effets négatifs sur l’environnement et les populations. A la différence des émissions de la Chine et de l’Inde qui proviennent pour l’essentiel de la combustion d’énergie fossile, les émissions du Brésil sont d’abord le fait de la déforestation. Le niveau de conscience de l’importance du problème tout comme la mise en œuvre de politiques alternatives varient d’un pays à l’autre - l’Inde apparaissant en la matière en retard sur la Chine et surtout le Brésil - et buttent généralement contre les perspectives à court terme, le modèle de développement dominant, la défense des intérêts nationaux et le respect tout relatif et différencié du Protocole de Kyoto par les pays industrialisés du Nord.

Angel Green (Chine)

A l’instar de l’Inde et du Brésil, la Chine est une puissance économique à forte croissance. Elle a connu d’importantes pénuries énergétique ces dernières années, les besoins du pays ayant augmenté de près de 15% par an par rapport à une évolution de la production d’environ 12% seulement. L’économie chinoise, avec une consommation énorme d’acier et de produits chimiques ainsi que toutes les industries associées, est énergétiquement des plus intensives. Plus de 70% des émissions de gaz à effet de serre en Chine proviennent de l’industrie. La production économique du pays par unité d’énergie utilisée n’atteint que 20% de la production des Etats-Unis et que 14% de celle du Japon.

Comme l’avait déjà fait remarquer, à juste titre, Pan Yue, directeur adjoint de l’Administration de l’Etat pour la protection de l’environnement (Sepa), dans une interview publiée sur le site d’openDemocracy, la forte expansion économique que connaît la Chine accroît encore les risques d’une grave crise environnementale. Début 2005, la Sepa a fait arrêter 30 projets, dont 19 centrales électriques alimentées au charbon, qui avaient illégalement entamé les travaux de construction sans évaluation préalable de l’impact sur l’environnement. Confrontés au manque d’énergie, de nombreux gouvernements locaux s’étaient fortement inquiétés de savoir s’ils seraient capables de fournir l’électricité nécessaire aux usines afin de fonctionner pleinement. Si de telles constructions illégales ont encore lieu, toute réduction des émissions de carbone en Chine deviendra « mission impossible ». Ainsi les actions de la Sepa permettent, dans ce cas-ci, de faire de petits pas dans la bonne direction.

Le gouvernement chinois est déjà conscient de l’impact direct de la combustion du charbon, qui pourvoit les deux tiers du pays en électricité. 30% du territoire national a été érodé et 5 villes chinoises figurent parmi les 10 villes les plus polluées au monde. Le gouvernement constate également qu’il fait face à des pressions extérieures croissantes au sujet des émissions engendrées par son économie. Le jour de célébration du Protocole de Kyoto, le directeur général adjoint de la Commission nationale pour le développement et la réforme, Liu Jiang, prédisait que la Chine devrait bien se préparer, tant pour les négociations de l’après Kyoto que pour son propre développement durable.

Des indices de progrès existent toutefois. Le gouvernement a récemment édicté sa première loi sur l’énergie renouvelable. Il allait également publier en 2005 un premier plan d’Etat durable et une évaluation de l’état de l’air. En juin 2005, la première stratégie nationale de la Chine pour aborder la question du changement climatique dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) devait également être formulée.

Lors de la Conférence des parties de 2004 (CP10), le gouvernement chinois a clairement fait comprendre que si les pays industrialisés prévoient de créer des mécanismes de transfert des technologies, il sera prêt à discuter d’un quota d’émissions. On observe que, parmi le groupe des 77 pays en voie de développement (G77), la Chine tient aujourd’hui le rôle principal. Le défi à relever reste de taille. Afin d’éviter de graves changements climatiques, des institutions tout à fait nouvelles sont nécessaires. Et, pour cela, il faudra faire appel à une sagesse d’ordre planétaire, bien au-delà des intérêts nationaux.

Clifford Polycarp (Inde)

En Inde, les dirigeants politiques considèrent la problématique du changement climatique davantage comme une question stratégique que comme un problème fondamental pouvant avoir des retombées socioéconomiques imprévisibles. Ils parlent en termes catastrophiques des impacts du changement climatique quand cela leur est profitable politiquement, sans nécessairement croire à ce qu’ils disent. Certaines des réclamations les plus extrêmes peuvent certes être mises en doute. Néanmoins, l’Inde ne peut pas se permettre de sous-estimer le défi imposé par les changements climatiques. Les communautés d’agriculteurs, de pêcheurs côtiers et forestières - la grande majorité d’une population nationale excédant aujourd’hui un milliard d’individus - sont extrêmement vulnérables aux modifications, dans les variations saisonnières et dans les écosystèmes, provoquées par les changements climatiques.

Une importante proportion de la population pauvre d’Inde lutte déjà pour sa survie menacée et des changements climatiques pourraient bien aggraver la situation. Dans 150 régions parmi les plus pauvres du pays, la sécheresse est une donnée constante (ces régions, surtout habitées par des tribus, englobent environ 40% des ressources sylvicoles de l’Inde). En outre, la longue frontière côtière de l’Inde est menacée par des catastrophes naturelles imprévisibles, telles que le cyclone d’Orissa en 1999 ou encore le tsunami en décembre 2004.

Par le passé, les gouvernements indiens avaient pris une forte position morale sur la question climatique. Plus récemment, cette question a été davantage considérée comme une occasion de faire des affaires. Les deux principales préoccupations du gouvernement semblent être de tirer profit un maximum du Mécanisme de développement propre (MDP) et d’éviter tout contrat limitant ses émissions. Le ministre de l’environnement et des forêts, A Raja, a insisté sur la nécessité pour les pays industrialisés de réduire leurs émissions - en Argentine en décembre 2004 et lors d’un évènement organisé à New Delhi marquant avec force l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto.

A l’égard de la politique du gouvernement des Etats-Unis, l’Inde est en revanche peu critique et a intégré deux initiatives spontanées menées par les Etats-Unis pour lutter contre le réchauffement climatique : le « Carbon Sequestration Leadership Forum » (CSLF) et « Methane to Markets Initiative ». Le plus grand défi pour la société civile indienne n’est pas d’obtenir de son gouvernement une prise de position de pure forme au niveau international, mais bien de le convaincre d’entreprendre davantage de démarches dans le pays.

Rubens Born et Mark Lutes (Brésil)

Dans une perspective brésilienne, le défi du changement climatique prend des formes particulières. Environ 70% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de la déforestation et il y a eu très peu d’avancement pour aborder ce problème au cours des dernières décennies. Par contraste, la matrice énergétique du Brésil - la production d’électricité et les transports - engendre relativement peu de gaz à effet de serre grâce à l’emploi important, comme sources d’énergie, de l’hydroélectricité et de la biomasse, dont l’alcool et le charbon de bois par exemple. Le Brésil a joué un rôle actif et constructif lors des négociations internationales. Le pays est à l’origine de la proposition d’un fonds pour le développement propre qui est devenu le Mécanisme de développement propre (MDP) à Kyoto et il continue à être très actif au sein du Groupe 77 (G77) et ailleurs. Le Brésil joue également un rôle clé dans divers forums des Nations unies et tient la place de leader en Amérique Latine.

Dans le pays, le gouvernement a mis en place un Forum brésilien des changements climatiques (FBMC) pour engager les mondes académique, des affaires, des syndicats et des ONG dans le débat sur les politiques nationales et les critères du MDP. Le ministère des Affaires étrangères a invité des représentants de divers secteurs de la société à des réunions tenues avant chaque négociation internationale. Nous pensons que ces réunions offrent à la société civile une réelle opportunité d’influencer le processus, même si elles représentent in fine les positions du gouvernement. Des représentants de la société civile ont également été inclus dans la délégation brésilienne pour les négociations sur le régime climatique. Vitae Civilis, notre ONG, a participé à la fois au FBMC et à la délégation brésilienne pour plusieurs « Conférences des parties » depuis Kyoto.

Le Brésil possède une société civile riche de multiples réseaux. Les ONG brésiliennes et le Forum des mouvements sociaux pour l’environnement et le développement (FBOMS), une coalition créée en 1990 afin de faciliter la participation des ONG et des mouvements sociaux au Sommet de la Terre de 1992, sont reconnues, même par le gouvernement, comme partenaire clé pour le dialogue. Le FBOMS, qui rassemble plus de 300 organisations, a obtenu le droit d’avoir des représentants dans plusieurs comités nationaux interinstitutionnels, politiques et consultatifs. La participation de la société civile aux processus nationaux et aux délégations brésiliennes dans les forums multilatéraux sert aussi, selon nous, à encourager les autres pays en et au-delà de l’Amérique latine à prendre des mesures similaires.

Le FBOMS comprend des groupes de travail ciblant chacun une problématique touchant au changement climatique, à l’énergie ou aux forêts. Son comité de coordination se compose de représentants de réseaux régionaux ou thématiques tels que le Réseau pour la forêt atlantique (RMA, incluant 230 ONG), le Groupe de travail amazonien (GTA, incluant 400 associations) et la Fédération des syndicats (CUT, comprenant plus de 1000 organisations membres). D’autres réseaux traitent de questions liées soit au changement climatique soit aux processus internationaux, comme l’Observatoire du climat et le Réseau brésilien sur les institutions financières multilatérales.

L’opinion publique et les médias brésiliens sont majoritairement en faveur d’actions de prévention contre les changements climatiques. Les quelques « sceptiques du climat » restants n’ont que très peu d’influence. Pourtant, la forme à donner à d’éventuels engagements de réduction d’émissions n’a été que rarement débattue publiquement et la stratégie du gouvernement lors des négociations - correspondant à la position du G77 - a été d’éviter toute discussion officielle à ce propos. Le rôle écrasant de la déforestation dans les émissions au Brésil en fera un sujet central lors des futures négociations sur le rôle du Brésil dans le nouveau régime mondial de réduction des émissions.

Les négociations sur le changement climatique offrent à la société civile un terrain idéal pour tendre vers une gouvernance mondiale plus démocratique, et un espoir de poser un cadre au débat en termes d’initiatives pour un développement durable. Elles nous permettent d’associer la gouvernance mondiale à des valeurs et des actes pouvant promouvoir l’équité et la justice sociale et environnementale. A partir des réseaux brésiliens, nous entendons collaborer avec d’autres acteurs afin d’étendre la participation de la société civile dans les négociations sur le changement climatique, tant nationales qu’internationales. Cela donnera plus de force politique à la volonté de faire de ces négociations un véritable progrès durable.

Comme activistes, nous avons deux défis liés et se renforçant mutuellement : convaincre nos gouvernements de suivre une voie vers une faible émission de gaz à effet de serre, vers un développement indépendant de l’énergie fossile, et renforcer les règlements internationaux sur le changement climatique. L’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, avec ses objectifs absolus de réduction pour les pays industrialisés, écarte un obstacle important pour une discussion sérieuse sur le rôle des pays en voie de développement dans un règlement global. Il est peu raisonnable de s’attendre à ce que la plupart des pays en voie de développement commencent à limiter leurs émissions dès 2012, mais il est temps pour eux de s’engager dans un débat public sérieux, constructif sur ce à quoi un règlement global juste et efficace devrait ressembler.

Le temps est compté pour limiter le réchauffement climatique moyen mondial sous les 2 degrés centigrades considérés presque unanimement comme la limite à ne pas dépasser pour éviter tout impact qui serait catastrophique. L’intransigeance des Etats-Unis et les difficultés que quelques pays riches rencontrent déjà face à leurs engagements actuels constituent certainement des obstacles pour que ces mêmes pays industrialisés s’engagent pour des réductions plus importantes lors de la phase suivante du Protocole de Kyoto. Ces obstacles sont cependant surmontables si les principaux pays du Sud s’engagent eux aussi dans un débat sérieux au sujet de leur propre rôle futur.

Il y a évidemment de multiples prétextes pour éviter ce débat, comme le fait que les émissions du Sud per capita restent inférieures à celles du Nord, ou qu’il n’y a aucune preuve que les pays industrialisés respecteront leurs actuels engagements Kyoto.

Globalement, les émissions per capita devraient en effet converger. Mais pour les pays en voie de développement, augmenter leurs émissions sans contrôle jusqu’à ce qu’elles soient identiques à celles des pays industrialisés serait une stratégie suicidaire. Et attendre la preuve du respect du Protocole de Kyoto par le Nord signifie remettre les discussions sur la prochaine étape à suivre à 2012, ce qui serait bien trop tard.

Entre la Chine, l’Inde et le Brésil, c’est ce dernier qui aurait probablement le moins de difficultés à limiter et même à réduire sensiblement ses émissions. Environ 70% de ses émissions proviennent du déboisement, elles pourraient donc être contrôlées relativement facilement sans sacrifier les perspectives de développement du pays. Le Brésil est en effet beaucoup moins dépendant des combustibles fossiles pour ses besoins énergétiques, grâce à son hydroélectricité et ses programmes de biocarburants.

Mais les contextes internationaux et nationaux rendent difficile de convaincre les décideurs nationaux d’adopter des politiques de long terme pour contrer le changement climatique. Il semble hélas plus probable que les « politiques » à court terme soient favorisées, c’est-à-dire laisser le Mécanisme de développement propre (MDP) jouer un rôle prédominant dans la construction d’initiatives « nationales », et remettre à plus tard, à la fin de la première période Kyoto (2012), la discussion sur d’éventuels engagements nationaux.

Il est dans les propres intérêts du Brésil que des politiques de réductions d’émissions nationales - par exemple, celles favorisant la croissance des systèmes d’énergie renouvelable et des mesures de reforestation et de protection des forêts - soient rapidement mises en application. Ces initiatives peuvent aider les pays en voie de développement à prendre plus rapidement le chemin du développement durable. Elles réduiront également la difficulté du défi à relever inévitablement par ces pays après 2012, lors la prochaine étape d’engagements à prendre.

Ces politiques devraient d’ailleurs dès à présent être mises en œuvre dans le cadre des principes et des obligations de l’article 4.1 du Protocole de Kyoto, qui oblige tous les signataires à préparer des inventaires nationaux des émissions par sources et des suppressions par « puits » de gaz à effet de serre. Pour y parvenir - ou s’en approcher - nous devrons faire beaucoup plus pour mobiliser les populations et les organisations de la société civile pour mettre en place une pression efficace sur le gouvernement.

Clifford Polycarp (Inde)

De nos trois pays, c’est sans doute la situation de l’Inde qui est la plus mauvaise. D’une part, l’Inde est extrêmement vulnérable aux impacts du changement climatique. D’autre part, nous contribuons de plus en plus au problème lui-même en augmentant nos émissions sans réellement tenter quoi que ce soit à ce propos. Et nos politiciens n’y prêtent guère attention. Comme en Chine, la demande énergétique de l’Inde augmente rapidement. L’essentiel de cette demande accrue continue à être satisfaite grâce aux combustibles fossiles. Ce qui est moins le cas du Brésil où la dépendance à l’égard des combustibles fossiles est relativement petite. Son grand problème, comme le précisent Mark et Rubens, est la déforestation. La situation de l’Inde est plus proche de celle de la Chine.

Il est encourageant de noter qu’en Chine certains membres du gouvernement prennent au sérieux le problème et soulignent la nécessité d’agir dans l’intérêt de leur propre développement durable. Comme l’a noté Angel Green à propos des projets illégaux arrêté par la Sepa, des initiatives intéressantes sont prises. Je vois peu de tels signes en Inde. Et lorsqu’il y a en a, ils sont plus le fait des tribunaux que du gouvernement. Il semble que la seule chose qui importe en Inde soient les profits économiques immédiats.

Il est très difficile pour les militants de changer cette situation. C’est comme se battre contre une marée énorme qui ne fait que grandir. Mes collègues et moi-même nous nous interrogeons si les raisons de l’adoption par la Chine de positions à plus long terme résident d’une certaine manière dans la permanence et la stabilité de leur gouvernance. En Inde en revanche, les gouvernements changent régulièrement et se préoccupent donc d’abord du court terme. Est-ce le prix à payer pour la démocratie ?

Il y a toutefois quelques raisons de rester optimiste, car même ici en Inde les politiciens commencent à parler du changement climatique. Le lien entre ce dernier et l’exacerbation des problèmes immédiats tels que les sécheresses et la pénurie de l’eau apparaît de plus en plus clair. Pour eux, ce sont ces problèmes immédiats qui importent. Le défi principal reste donc pour nous d’aider nos politiciens à comprendre ce lien. Chacun de nos trois pays ont bien sûr trop de problèmes pour espérer être tous traités efficacement. Mais si nous parvenons à convaincre nos dirigeants que les changements climatiques risquent d’empirer rapidement la situation générale, vous recueillerez davantage d’attention. Lorsque la conscience de ce lien entre problèmes immédiats et changement climatique aura atteint une certaine masse critique, des actions seront enfin mises en œuvre.

Angel Green (Chine)

Je suis d’accord avec ce que Cliff indique à propos des liens directs à faire apparaître. Récemment je suis allé à une réunion organisée par le Bureau de protection de l’environnement de Pékin qui traitait du prochain plan quinquennal pour le contrôle de la qualité de l’air de la ville. Pékin accueillera les Jeux olympiques de 2008. Les autorités de la ville ont promis lors de cette réunion qu’elles offriraient des Jeux olympiques « verts ». Pékin risquerait en effet de perdre la face si tous les athlètes du marathon se mettaient à tousser en raison de la mauvaise qualité de l’air !

Dans de nombreux pays en voie de développement, la question de la faible qualité de l’air est souvent l’argument le plus fort et le plus simple pour appréhender le problème plus large qu’est le changement climatique. Mais cela ne suffit pas. En Chine, par exemple, le ministère de l’Environnement qui coordonne les actions visant à améliorer la qualité de l’air a effectivement peu ou pas d’influence sur la politique énergétique dirigée par la Commission nationale de développement et de réforme. C’est aussi cette dernière qui approuve tous les grands projets de construction dans le pays. Établir le lien entre ces deux bureaux - environnement et énergie - est crucial si la Chine entend aborder efficacement, à la fois nationalement et internationalement, la problématique du changement climatiquement.

Un des développements récents les plus significatifs dans la politique énergétique chinoise est l’établissement du nouveau bureau de l’énergie dont le pouvoir d’influence équivaut désormais à celui du vice premier ministre. Ce geste est révélateur de la détermination du gouvernement central à donner toute son importance au déficit d’énergie actuel. Il est cependant trop tôt pour mesurer l’impact de ce nouveau bureau sur les politiques en matière d’énergie renouvelable.

Le chemin est encore long. Par exemple, les représentants des corps environnementaux n’ont pas encore leur place dans la délégation chinoise aux « Conférences des parties » lors des négociations internationales. Mon organisation a commencé sa campagne sur le changement climatique il y’a environ un an. Nous croyons que pour un pays en voie de développement comme la Chine, chercher des solutions au problème énergétique est aussi important que d’éveiller les consciences au changement climatique. Sinon, le gouvernement ne vous écoutera pas ou ne suivra pas vos conseils, et il vous sera difficile de promouvoir vos idées parmi le public.

En Chine nous appelons cela « marcher sur deux jambes » : exposer le problème et fournir des pistes de solution. L’année dernière, le gouvernement nous a consultés sur la première loi de l’énergie renouvelable du pays. Cette année nous travaillons sur le premier scénario de développement de l’énergie éolienne de 2020.

A l’échelle internationale, nous regrettons que les pays de l’annexe 1 (les pays industrialisés riches qui ont signé le Protocole de Kyoto) qui se sont engagés à limiter leurs émissions, continuent à exporter leur technologie énergétique d’ancienne génération vers la Chine, avec l’appui des agences gouvernementales de crédit à l’exportation. Si les pays du Nord sont réellement préoccupés par le futur du Protocole de Kyoto, ils devraient corriger ce paradoxe. Car sans cohérence dans leurs politiques, il sera difficile pour le reste du monde de croire en l’importance et au caractère indispensable du Protocole de Kyoto.

Changements climatiques. Impasses et perspectives

Changements climatiques. Impasses et perspectives

Cet article a été publié dans notre publication trimestrielle Alternatives Sud

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